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En attendant l’apocalypse

Les prophéties apocalyptiques peuvent sembler ridicules, mais elles sous-tendent une vision du monde troublante, selon un chercheur de l’Université Concordia.

par LÉO CHARBONNEAU | 03 OCT 12

Spécialiste canadien du jugement dernier, Lorenzo DiTommaso, professeur agrégé et directeur du département des sciences des religions à l’Université Concordia, est un expert reconnu des scénarios apocalyptiques.

M. DiTommaso s’est d’abord intéressé à l’apocalypse dans le cadre de sa thèse de doctorat, qui portait sur un manuscrit de la mer Morte où est décrite la descente des cieux d’une nouvelle Jérusalem. Après l’Antiquité, il s’est ensuite penché sur l’époque du Moyen-Âge. Puis, dit-il, « tout naturellement, j’ai commencé à réfléchir à l’apocalyptisme dans une perspective historique et mondiale ». Il a beaucoup publié sur le sujet; son prochain livre, The Architecture of Apocalypticism (Oxford University Press), est d’ailleurs le premier volume d’un projet de trilogie.

Selon M. DiTommaso, l’apocalyptisme revient de façon cyclique. « En étudiant l’histoire mondiale, on constate que, selon les époques et les régions, un pourcentage différent de gens envisage le monde sous cet angle — et, depuis 40 ou 50 ans, nous vivons une période de recrudescence de l’apocalyptisme. »

Presque tous les scénarios apocalyptiques présentent des fondements bibliques. Il existe des références à l’apocalypse dans d’autres religions, « mais presque exclusivement, elles résultent d’influences occidentales », selon M. DiTommaso, qui ajoute que l’absence d’apocalyptisme dans les religions orientales n’est pas étonnante. « On ne peut pas envisager une véritable fin du monde si notre vision du temps est cyclique. »

Pour qu’une prophétie apocalyptique soit significative et pertinente aux yeux des croyants, trois éléments principaux doivent être présents. Premièrement, le monde doit être organisé selon un dualisme omniprésent — traditionnellement le bien et le mal. Deuxièmement, il doit exister « une réalité qui transcende le monde actuel », normalement vue comme un paradis. Troisièmement, le monde actuel doit être perçu comme irrémédiablement mauvais.

Les médias aiment se moquer des prophéties apocalyptiques, comme celle du pasteur américain et animateur de radio Harold Camping qui, l’an dernier, annonçait que l’enlèvement de l’Église aurait lieu le 21 mai 2011. Bien qu’on l’ait interprétée à tort comme annonçant la fin du monde, la même chose se produira probablement dans le cas de « l’apocalypse maya », prévue pour le 21 décembre prochain.

Toutefois, prévient M. DiTommaso, mis à part les bouffons comme le pasteur Camping, les croyances apocalyptiques ne sont pas inoffensives. « Il existe encore des gens qui dirigent des avions contre des immeubles. Il existe toujours des groupes qui jugent les autres selon un prisme apocalyptique et qui agissent en conséquence. Il existe des partis politiques, même dans les pays industrialisés, qui, jusqu’à un certain point, adoptent une perspective apocalyptique du monde. »

Surtout — et c’est là le point de départ d’une grande partie des recherches de M. DiTommaso —, la vision apocalyptique du monde peut être qualifiée d’immature. « Il s’agit d’une réponse simpliste à des problèmes complexes, où l’on rejette sur autrui la responsabilité de résoudre les problèmes mondiaux. À notre époque, une telle vision est potentiellement catastrophique. »

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