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Financement de la recherche : Alain Beaudet se dit optimiste

Le président des IRSC croit que le monde de la recherche se porte mieux que l’on pense.

par MARIE LAMBERT-CHAN | 19 JUIN 13

Au cours des dernières semaines, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer les orientations scientifiques du gouvernement canadien qui favoriseraient la recherche industrielle au détriment de la recherche fondamentale. Le président des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Dr Alain Beaudet, ne voit pas les choses du même œil. « Contrairement à ce que vous avez pu lire dans les journaux, il est inexact de dire que les organismes subventionnaires de recherche consacrent de moins en moins d’argent à la recherche fondamentale », a-t-il déclaré lors d’une allocution prononcée devant le Conseil des relations internationales de Montréal le 5 juin dernier.

Bon an mal an, les IRSC consacrent plus de la moitié de leur budget annuel d’un milliard de dollars à la recherche libre. « C’est simple : sans recherche fondamentale en amont, pas d’application, ni donc de valorisation en aval, a-t-il ajouté. C’est la recherche de base qui nourrit le pipeline de l’innovation. Est-ce à dire qu’il faut pour autant bouder la recherche appliquée? Je pense qu’il faut se méfier de cette dichotomie simpliste. On parle ici d’un continuum aux contours flous. En fait, ce sont souvent les mêmes chercheurs qui développent les applications de leur recherche fondamentale. »

En entrevue avec Affaires universitaires, le Dr Beaudet s’est dit optimiste au regard des investissements publics en recherche pour l’année en cours : « On en veut toujours plus, mais compte tenu du contexte économique actuel, il est encourageant de constater que le gouvernement a maintenu nos budgets. »

Selon lui, le Canada est un joueur important dans le monde de la recherche et réussit à attirer et à retenir les meilleurs chercheurs, notamment grâce à des programmes comme ceux des chaires de recherche, des chaires d’excellence en recherche et des bourses Vanier et Banting.

« Certains parlent de l’exode des cerveaux, a reconnu le président des IRSC. Pour ma part, je trouve cela normal. C’est l’effet de la mondialisation de la recherche : on gagne et on perd des chercheurs. Si personne ne s’intéressait à nos vedettes scientifiques, on ne jouerait pas vraiment dans la cour des grands, non? »

Briser les silos

L’argent est peut-être le nerf de la guerre en recherche, mais il ne garantit pas à lui seul son bon fonctionnement et sa croissance, a indiqué le Dr Beaudet aux 200 personnes qui s’étaient déplacées pour l’entendre. « Dans la recherche en santé, il faut casser les silos disciplinaires, professionnels et juridictionnels, surtout entre le fédéral et le provincial. Ah, le sujet tabou! Comment diable peut-on espérer que la recherche ait un impact sur les soins de santé si les autorités provinciales et territoriales qui en ont la responsabilité n’embrassent pas l’agenda de recherche? »

Les provinces et les territoires subissent une croissance exponentielle de leurs coûts de santé. La recherche ne leur apparaît alors que comme une dépense additionnelle. Pourtant, « la qualité des soins est inéluctablement liées à notre capacité à conduire une recherche de qualité », a affirmé le Dr Beaudet. Preuve à l’appui : selon les dernières études, les taux de morbidité et de mortalité sont 15 pour cent moins élevés dans les hôpitaux où se pratique une recherche de pointe. Le modèle actuel d’intégration de la recherche aux soins a cependant besoin d’améliorations substantielles. « Il faut développer une culture d’évaluation, afin de mieux mesurer ce que nous faisons déjà, mais aussi l’impact et le rapport coût-efficacité des nouveaux traitements et des nouvelles pratiques et technologies, a-t-il signalé. C’est une question de reddition de compte et c’est garant de la qualité et de la standardisation des soins à travers le pays. »

Depuis plus d’un an, ces objectifs se cristallisent dans la Stratégie de recherche axée sur le patient (SRAP) du Canada qui réunit les IRSC, les ministères provinciaux de la santé, des organisations caritatives, le secteur pharmaceutique, les chercheurs, les praticiens et les patients.

Le Dr Beaudet est très satisfait de la réponse de ses partenaires qui, dans plusieurs cas, se parlent pour la première fois. « Les gens dans les différents ministères de la santé se découvrent. On peut enfin mettre à profit l’expertise de chacun dans des projets qui auront des retombées partout au Canada et pas seulement dans quelques villes. » Une telle initiative est essentielle pour affronter les défis que représentent le vieillissement de la population, les problèmes en santé mentale et la résistance bactérienne aux antibiotiques, a-t-il conclu.

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