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Gain à long terme : la promesse de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement

L’étude suivra 50 000 hommes et femmes, âgés de 45 à 85 ans, jusqu’en 2033.

par BECKY RYNOR | 11 JAN 17

De portée colossale, elle présente de grands défis logistiques et durera jusqu’en 2033, mais l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement (ÉLCV) permet déjà selon son chercheur principal de déchiffrer le processus du vieillissement.

« Partout dans le monde, les gens vivent plus longtemps, mais il existe très peu de données qui permettent de faire progresser la science du vieillissement ou d’orienter les politiques et les programmes aux niveaux fédéral, provincial et municipal, explique le Dr Parminder Raina, épidémiologiste spécialisé en gériatrie et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en géroscience de l’Université McMaster. Nous avons grandement besoin de données longitudinales qui permettront de mieux comprendre les facteurs qui font en sorte que certaines personnes vieillissent en santé, et d’autres non. »

C’est en observant ses propres grandsparents que le Dr Raina s’est d’abord intéressé au processus du vieillissement. « Les parents de ma mère sont morts assez jeunes, et leur état de santé n’était pas particulièrement bon. La famille de ma mère était beaucoup plus riche que celle de mon père, et pourtant, tous les membres de la famille de mon père ont vécu très vieux. Je me suis toujours demandé pourquoi. Était-ce pour des raisons environnementales, sociales, alimentaires ou génétiques? »

« Nous examinons le vieillissement sous l’angle du vieillissement plutôt que sous l’angle de la maladie »

L’ÉLCV, qui serait selon le Dr Raina l’étude la plus complète sur le vieillissement jamais entreprise au Canada, fournira des pistes de réponse. Elle se distingue des autres études du genre menées ailleurs par sa démarche : « Nous examinons le vieillissement sous l’angle du vieillissement plutôt que sous l’angle de la maladie, explique-t-il. La personne est au coeur de notre démarche, et la question centrale est la suivante : pourquoi certaines personnes vieillissent en santé, et d’autres pas? »

De 2010 à 2015, les chercheurs ont recruté plus de 50 000 hommes et femmes âgés de 45 à 85 ans et recueilli des données de référence d’ordre biologique, médical, psychologique, social, économique et sur les habitudes de vie. L’étude vient d’entrer dans sa deuxième phase, au cours de laquelle les participants sont de nouveau contactés pour faire un suivi, un processus qui s’étendra jusqu’en 2018.

Au total 20 000 participants font l’objet d’un suivi sous forme d’entrevues téléphoniques en profondeur, tandis que 30 000 seront évalués au moyen d’entrevues à domicile et de visites à l’un des 11 sites de collecte de données de l’ÉLCV. Ils se soumettront à des examens médicaux, à des exercices cognitifs, à des analyses de la densité osseuse, de sang et d’urine, en plus de répondre à des questions sur des sujets aussi variés que la nutrition et la maltraitance des aînés. Ce type de renseignements sera recueilli tous les trois ans jusqu’en 2033 ou jusqu’au décès.

Le centre de soins de longue durée Elizabeth Bruyère est un des sites de collecte de données en partenariat avec l’Université d’Ottawa. « Les chercheurs sont impatients de mettre la main sur ces données, indique Helen Niezgoda, coordonnatrice du site. Elles permettront de répondre à des questions de première importance sur le vieillissement. L’ÉLCV créera une banque de données qui sera consultée pendant des décennies. »

Les données sur les participants seront conservées et utilisées aux fins de recherche pendant 25 ans après 2033. Par la suite, un comité d’éthique sera consulté pour déterminer le sort réservé aux échantillons restants et aux données.

les données de l’ÉLCV seront immédiatement accessibles

Olive Bryanton est une des participantes à l’étude, bien qu’elle ne soit pas représentative de sa cohorte. À 79 ans, elle est inscrite au doctorat en éducation à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, où elle étudie les femmes de 85 ans et plus. Mme Bryanton se réjouit de savoir que les données de l’ÉLCV seront immédiatement accessibles. « Les données seront là pour les générations futures, mais les chercheurs n’auront pas besoin d’attendre : ils pourront les utiliser pour apprendre au sujet du vieillissement pendant le déroulement de l’étude. »

Même si l’étude n’est pas encore très avancée, des dizaines de chercheurs ont rempli des demandes d’accès aux données. « Nous avons créé un indice de la fragilité à partir des données de l’ÉLCV et avons été en mesure de mener une évaluation préliminaire de sa validité en examinant la relation entre l’indice et d’autres variables associées à la fragilité », explique Lauren Griffith, directrice scientifique associée de l’ÉLCV et professeure agrégée au département d’épidémiologie clinique et de biostatistique de l’Université McMaster. La prochaine étape, dit-elle, consistera à vérifier si cette mesure permet de prédire les résultats pour la santé au fil du temps.

Plus de 160 chercheurs et spécialistes de domaines comme la biologie, la génétique, l’économie, la psychologie et l’épidémiologie, rattachés à 26 universités canadiennes, participent à l’étude. Les chercheuses principales associées sont Susan Kirkland, directrice associée de l’Unité de recherche en gériatrie de l’Université Dalhousie, et Christina Wolfson, chercheuse principale au sein du programme en réparation du cerveau et en neurosciences intégratives au Centre universitaire de santé McGill. L’étude jouit d’une subvention de 65,1 millions de dollars des Instituts de recherche en santé du Canada et d’une autre de 10 millions de dollars de la Fondation canadienne pour l’innovation.

En 2015, Statistique Canada a déclaré que le nombre de Canadiens âgés de 65 ans et plus dépassait pour la première fois le nombre de Canadiens de moins de 15 ans. L’organisme a également prédit qu’un Canadien sur cinq serait âgé de plus 65 ans en 2030.

Pour sa part, le Dr Raina – qui a 54 ans – ne considère pas qu’il est en train de « devenir vieux». « Je crois plutôt que le processus du vieillissement commence dès le jour de notre naissance. Seulement, les premières années de vie sont caractérisées par des gains importants sur le plan du développement, et les dernières, par des pertes importantes. J’envisage le vieillissement comme un processus de développement, et c’est pourquoi ça me fascine autant.»

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