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ACTUALITÉS

L’alcool est devenu un problème sur la plupart des campus canadiens

Un rapport indique que les universités prennent des mesures pour contrer les beuveries d’étudiants.

par ROSANNA TAMBURRI | 29 AOÛT 12

C’est devenu un rite de passage chez les étudiants. Chaque année, le début des classes s’accompagne inévitablement de sorties dans les bars et d’abus d’alcool parallèlement aux activités d’orientation. Cet automne, un grand nombre d’universités ont décidé de sévir contre ces comportements et instituent des politiques visant à bannir les beuveries.

L’abus d’alcool est un problème qui concerne la plupart des collèges et des universités et provoque parfois des incidents qui défraient même les manchettes dans tout le pays. En 2010, deux décès liés à l’alcool à l’Université Queen’s ont mené à une enquête du coroner. L’automne dernier, un étudiant de l’Université Acadia est mort d’une intoxication à l’alcool au cours de la semaine d’orientation.

Un rapport a été réalisé à la suite de ce décès survenu à Acadia. « L’abus d’alcool par les étudiants est un problème qui touche la plupart des universités, sinon toutes, indique le rapport du ministère de la Santé et du Bien-être de la Nouvelle-Écosse, récemment rendu public en ligne. Puisque l’environnement universitaire joue un rôle significatif dans les comportements étudiants, il est important d’en modifier la culture afin qu’il ne favorise pas l’abus d’alcool. »

On estime que près de 90 pour cent des étudiants universitaires au Canada consomment de l’alcool. Parmi ceux-ci, 32 pour cent affirment consommer abondamment environ une fois par mois, et en Nouvelle-Écosse ce taux grimpe à 51 pour cent. Les hommes consomment plus que les femmes, mais l’écart rétrécit, signale le rapport. Une nouvelle tendance parmi les jeunes consiste à mélanger alcool et boissons caféinées, ce qui peut augmenter les risques pour la santé.

L’étude recommande que les universités adoptent une démarche globale pour lutter contre l’abus d’alcool. Une intervention isolée, comme une campagne de sensibilisation, ne peut à elle seule réussir à modifier les habitudes de consommation des étudiants, affirme l’auteure du rapport, Lisa Jacobs. Bien qu’elles soient importantes, ces campagnes n’ont qu’un impact limité explique-t-elle, « car l’environnement appuie et favorise même souvent les beuveries. »

Les universités doivent de plus mettre en œuvre des politiques et des mesures de contrôle s’appliquant aux résidences et aux bars sur les campus, ainsi que collaborer avec les gouvernements et les partenaires de la collectivité afin de parvenir à des changements significatifs. Une étude américaine montre que les universités qui sont aux prises avec un taux de consommation d’alcool élevé se trouvent souvent dans des collectivités aux prises avec le même problème. Bien qu’aucune donnée comparable n’existe au Canada, Mme Jacobs soupçonne que la situation soit assez semblable ici. « Il est très difficile pour les administrateurs universitaires de modifier cette culture tout seuls », signale-t-elle.

Le rapport met en évidence certaines des pratiques exemplaires utilisées dans des établissements au Canada et aux États-Unis pour contrer le problème. L’Université Acadia s’est d’ailleurs associée à la collectivité de Wolfville, Nouvelle-Écosse, pour trouver une stratégie communautaire et enrayer l’abus d’alcool sur le campus et hors campus. Elle collabore d’ailleurs avec une trentaine d’universités et de collèges à une initiative, lancée par le Collège Dartmouth du New Hampshire, qui consiste à cibler et à mettre en œuvre des pratiques fondées sur des données probantes afin de réduire la consommation à risque.

Beaucoup d’universités ont pris des mesures pour restreindre la consommation d’alcool dans les résidences étudiantes. Au Canada, il y a une tendance croissante à interdire l’alcool dans les résidences au cours de la semaine d’orientation, et il semble que ce genre de mesure fonctionne, affirme le rapport. L’an dernier, l’Université Queen’s a banni l’alcool de ses résidences pendant la semaine d’orientation, réduit la quantité permise d’alcool en résidence et banni la consommation d’alcool dans les aires communes des résidences. L’Université révise actuellement ses politiques relatives à l’alcool sur le campus et élabore de nouvelles mesures disciplinaires afin de sanctionner les infractions. Pour sa part, l’Université de l’Alberta a récemment annoncé qu’à compter de septembre, et pendant toute l’année, l’alcool sera interdit dans les aires communes des résidences pour étudiants au premier cycle.

L’an dernier à l’Université de la Saskatchewan, les étudiants ont lancé un projet de recherche qui recrute des étudiants volontaires pour effectuer des sondages et animer des groupes de discussion. On prévoit utiliser les données ainsi recueillies dans une campagne publicitaire et sur les medias sociaux afin de dissuader les étudiants à participer à des beuveries et de créer un guide pratique destiné aux autres universités.

L’Université Carleton contrôle maintenant les admissions au bar des étudiants au premier cycle et ce qui peut y être servi. « Les jeudis étaient devenus des soirs de bagarre, raconte Ryan Flannagan, directeur des affaires étudiantes de cet établissement. Un grand nombre de clients, non étudiants à l’Université, s’attroupaient régulièrement au bar. Lorsque quelqu’un a été poignardé, il y a six ans, ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ».

Depuis, les étudiants de l’Université Carleton doivent signer pour laisser entrer au bar leurs invités non étudiants et un seul invité à la fois est permis. Les « shots » sont désormais interdits, un seul pichet de bière par personne est autorisé et il n’est plus possible d’acheter la bière au pichet après minuit. L’université tient régulièrement des rencontres avec les représentants des syndicats étudiants et les gérants de bars sur les campus afin d’examiner les incidents qui se produisent et déterminer ce qui a mal tourné. Ces changements, auxquels les étudiants se sont d’abord opposés, ont grandement contribué à améliorer la situation, conclut M. Flannagan. L’Université s’affaire maintenant à élaborer une stratégie globale intégrant des mesures de responsabilité en matière d’alcool afin d’en arriver à une consommation responsable sur le campus.

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