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Les chercheurs saluent les 20 ans de la Fondation canadienne pour l’innovation

Nul doute que la Fondation canadienne pour l’innovation a permis au Canada de se tailler une place sur la scène internationale de la recherche.

par PATRICIA HLUCHY | 12 OCT 16

Il y a six ans encore, Sonia Lupien, scientifique spécialiste du stress, se heurtait aux limites de son laboratoire. Les échantillons essentiels aux travaux de recherche de son équipe du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal devaient être analysés en Allemagne. Les travaux du groupe consistent souvent à provoquer un stress chez des sujets humains, puis à mesurer le niveau d’hormones de stress dans leur sang, leur salive et, depuis peu, leurs cheveux. « Lors d’une étude importante, nous avons perdu tous nos échantillons de sang à la frontière. C’était à l’époque de la maladie de la vache folle, se souvient Mme Lupien, aussi professeure de psychiatrie à l’Université de Montréal. Nous avons tout perdu. Je dois dire que nous avons été très embêtés. »

Puis, en 2010, Mme Lupien et son équipe ont reçu 81 000 de dollars de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) pour mettre sur pied leurs propres installations d’analyse du stress (la Fondation leur avait précédemment versé des fonds pour la construction de salles d’induction du stress). « Nous pouvons désormais mieux faire concurrence à l’Allemagne, pays d’origine de certains des plus grands scientifiques du monde, affirme-t-elle. Nous sommes maintenant autosuffisants. Nous offrons aussi nos services à d’autres laboratoires canadiens, pour leur éviter de devoir envoyer leurs échantillons à l’étranger. Ma capacité à mener mes travaux de recherche à ma manière et selon mon échéancier s’est grandement améliorée. Vous savez, nous sommes aussi intelligents que les chercheurs étrangers. L’excellence de notre recherche dépend des moyens dont nous disposons. »

la Fondation se prépare à célébrer un anniversaire

Février 2017 marquera le 20e anniversaire de l’annonce de la création de la FCI par le gouvernement fédéral dans son budget de 1997. Alors que la Fondation se prépare à célébrer cet anniversaire, Mme Lupien se joint à de nombreux chercheurs et établissements pour en vanter les retombées positives sur l’excellence de la recherche au Canada. La Fondation fournit aux universités, collèges et hôpitaux de recherche les fonds nécessaires à la création d’infrastructures (laboratoires, immeubles, machines, équipements) et, de plus en plus, à leur fonctionnement et à leur entretien. À ce jour, la FCI a financé environ 9 400 projets et distribué près de 6,7 milliards de dollars.

Les subventions vont de quelques dizaines de milliers de dollars à des dizaines de millions, et les projets financés, choisis dans le cadre d’un rigoureux processus d’évaluation au mérite, peuvent aussi bien toucher la recherche dans le domaine de la perception de la musique que dans celui du traitement de l’information quantique. Arthur McDonald, lauréat d’un prix Nobel de physique et directeur de SNOLAB (une installation souterraine de renommée mondiale qui, située près de Sudbury, en Ontario, permet d’étudier la physique des neutrinos et de la matière noire), compte également parmi les bénéficiaires de la FCI. M. McDonald, professeur émérite à l’Université Queen’s, affirme que les 44,5 millions de dollars que la Fondation a versés à son établissement en 2002 lui ont permis d’agrandir son installation et de demeurer à l’avant-garde de ce domaine de l’astrophysique des particules, et que des subventions subséquentes de la FCI lui ont permis de rester à la fine pointe de l’innovation.

Sortir le secteur canadien des sciences de son marasme et d’endiguer un important exode des cerveaux

Gilles Patry, ancien recteur de l’Université d’Ottawa, est président-directeur général de la FCI depuis 2010. Selon lui, la Fondation faisait partie d’une initiative fédérale de la fin des années 1990 visant à sortir le secteur canadien des sciences de son marasme et d’endiguer un important exode des cerveaux. Entité indépendante financée par le gouvernement fédéral, la FCI a reçu le mandat de soutenir la recherche de calibre mondial, d’attirer au Canada les meilleurs chercheurs, de former des scientifiques prometteurs dans des installations de pointe et de stimuler l’innovation.

Les chercheurs canadiens semblent s’entendre pour dire que la FCI, et une poignée d’autres agences créées à la même période, ont permis au Canada de se tailler une place sur la scène internationale de la recherche. La mise sur pied de la Fondation, en plus de la création du programme des Chaires de recherche du Canada, de Génome Canada et des Instituts de recherche en santé du Canada, ont démontré avec succès que « notre pays accorde une grande importance au financement de la recherche et peut jouer dans la cour des grands en ce qui a trait à l’innovation », explique Paul Dufour. Selon ce professeur auxiliaire à l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l’Université d’Ottawa, la FCI fait l’envie des autres pays. Certains ont même envisagé d’en créer leur propre version.

Selon Helen Burt, vice-rectrice par intérim à la recherche et aux relations internationales à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), la Fondation a eu d’importantes retombées pour son établissement. « Il s’agit d’un programme clé dans l’importante intensification de la recherche dans notre université, explique-t-elle. Notre financement externe pour la recherche, auparavant de 137 millions de dollars, a atteint 600 millions de dollars au cours du dernier exercice financier. »

Mme Burt, également professeure Angiotech en délivrance de médicaments à la faculté des sciences pharmaceutiques de la UBC, se dit émerveillée par les installations de calibre mondial partiellement attribuables à la FCI, et par les chercheurs de premier plan qu’elles ont attirés. « De toute évidence, pour séduire les meilleurs au monde, on ne peut pas se contenter d’infrastructures de second ordre. »

Mme Burt a elle-même bénéficié du financement de la FCI en 2006, alors qu’elle et ses collègues ont reçu 8 millions de dollars pour fonder le Centre for Drug Research and Development, voué au développement préclinique de médicaments potentiels, « jusqu’au stade où ils peuvent être repris par les grandes entreprises pharmaceutiques pour les essais cliniques et les étapes suivantes », explique-t-elle.

La FCI finance 40 pour cent des coûts d’infrastructure d’un projet de recherche. Les établissements sont tenus d’obtenir le reste des fonds auprès des secteurs public, privé et à but non lucratif. Les gouvernements provinciaux consentent souvent une contribution équivalente de 40 pour cent.

un avenir très brillant nous attend

Alors que la FCI amorcera sa troisième décennie d’existence, M. Patry indique qu’on prend conscience qu’une plus grande part des fonds doit être consacrée aux coûts de fonctionnement. Il affirme que 44 pour cent des 1,33 milliard de dollars alloués à la FCI dans le budget fédéral de 2015 (un montant record selon M. Patry) couvriront ce type de frais et prédit que, d’ici cinq ans, la moitié des fonds serviront au fonctionnement et à l’entretien.

En parallèle, même si le financement accordé à la FCI et aux trois organismes subventionnaires (les Instituts de recherche en santé du Canada, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie et le Conseil de recherches en sciences humaines) a augmenté au cours des 10 dernières années, M. Patry soutient qu’il n’a pas suivi le même rythme que l’inflation et les besoins grandissants du milieu de la recherche. Entre 2000 et 2010, le nombre d’étudiants aux cycles supérieurs à temps plein a doublé. En outre, le financement de la FCI est imprévisible et varie d’un budget à l’autre.

Universités Canada et d’autres groupes d’intervenants pressent Ottawa, qui a entamé un examen indépendant du financement fédéral de la science fondamentale en juin, de fournir un financement durable et prévisible à la Fondation.

« Compte tenu des résultats obtenus dans les dernières années et de notre impact sur le milieu de la recherche, je suis persuadé qu’un avenir très brillant nous attend », conclut M. Patry.

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