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Les compétences essentielles doivent être plus transparentes, selon le personnel des services aux étudiants

Les universités ont fait d’importants progrès pour faciliter l’accès aux étudiants handicapés au cours de la dernière décennie. Une fois sur le terrain, les étudiants se heurtent toutefois à des obstacles.

par PEGGY BERKOWITZ | 08 JUILLET 13

Certains bureaux responsables des services de soutien aux étudiants handicapés encouragent les directeurs de programme d’études à énoncer plus explicitement les compétences dont les étudiants auront besoin s’ils souhaitent poursuivre une carrière dans le domaine. En favorisant une plus grande transparence, ils veulent permettre aux étudiants de déterminer s’ils auront la capacité de réussir avant de s’inscrire au programme.

Même si l’initiative vise à aider les étudiants handicapés, elle pourrait être utile à tous les futurs étudiants, qui sont soumis à d’importantes décisions quand vient le temps de choisir un programme d’études à l’université.

Lors d’une conférence nationale tenue récemment à l’intention des professionnels des services aux étudiants, une table ronde formée de professeurs et d’employés de l’Université McGill a examiné les difficultés qui émergent souvent pendant les stages des étudiants handicapés inscrits à un programme d’études professionnelles. La conférence annuelle, organisée par l’Association des services aux étudiants des universités et collèges du Canada, a attiré plus de 600 participants.

Comme le fait remarquer Tara Flanagan, professeure adjointe au département de psychologie de l’éducation et de l’orientation de l’Université McGill, on s’attend aujourd’hui à ce que les étudiants possèdent déjà une expérience pratique au moment de l’obtention de leur diplôme, et leur C.V. doit être plus axé sur les compétences qu’auparavant. Dans beaucoup de programmes d’études, les étudiants sont tenus d’effectuer des stages ou du travail sur le terrain, et ces activités pratiques peuvent avoir une grande influence sur leur future carrière.

Mme Flanagan rappelle que les étudiants sont évalués par des professeurs qui baignent dans une culture qui appuie la diversité, « mais cette culture n’existe pas nécessairement » dans le monde du travail. De plus, les étudiants handicapés sont souvent mal préparés aux obstacles qu’ils risquent de rencontrer pendant leurs stages, et s’attendent à ce que la situation soit similaire à celle sur le campus.

« Nous avons constaté que des problèmes qui ont été réglés dans le contexte universitaire existent encore dans le monde du travail, explique-t-elle. Ainsi, des étudiants qui réussissent bien sur le campus font face à l’échec pendant leurs stages. » Même dans le domaine de l’éducation, où le milieu est sans doute propice aux accommodements, les étudiants handicapés qui avaient de bonnes notes dans leurs cours obtenaient de mauvaises évaluations une fois en salle de classe.

Ces situations problématiques ont donné lieu à une collaboration tripartite entre Mme Flanagan du département de psychologie de l’éducation et de l’orientation, Fiona Benson, directrice du bureau de l’enseignement aux étudiants de la faculté de l’éducation et Frédéric Fovet, directeur du Bureau de soutien aux étudiants en situation de handicap de l’Université McGill.

Les partenaires ont notamment sondé trois groupes, soit les étudiants handicapés, les superviseurs de stage et les directeurs de programmes d’études, pour connaître les difficultés que rencontrent les étudiants handicapés sur le terrain. Le sondage auprès des étudiants a révélé que 17 pour cent d’entre eux avaient changé de cours en raison des obstacles rencontrés pendant leurs stages, et 4,5 pour cent avaient opté pour un programme d’études différent pour les mêmes raisons.

Dans certaines situations, des accommodements sont possibles pour répondre aux besoins des étudiants, mais dans d’autres, les obstacles sont insurmontables, constate M. Fovet du Bureau de soutien aux étudiants en situation de handicap. Les responsables des programmes d’études devraient être tenus de rendre publiques leurs exigences de base, ajoute-t-il, « parce que nous sommes actuellement témoins d’histoires tragiques ».

Une membre de l’assistance a justement raconté l’histoire d’un étudiant de première année en médecine à son université. Celui-ci était complètement dépassé, parce qu’il n’avait pas réalisé qu’il devrait mémoriser des termes latins et travailler avec plus de 500 espèces biologiques, puisque ces exigences ne sont pas clairement énoncées. L’étudiant, qui souffrait d’un trouble de l’apprentissage, devait décider s’il abandonnait ou s’il continuait. L’abandon entraînait également des conséquences fâcheuses pour l’école de médecine, puisqu’un étudiant représente un financement de 500 000 $, et qu’il ne peut être remplacé en cours de programme.

L’école a « finalement compris que les handicaps ne se limitent pas aux fauteuils roulants », a-t-elle ajouté, l’air visiblement frustré. Le problème, selon elle, ne se limite pas à une meilleure sensibilisation des écoles et des programmes, puisque les organismes d’agrément professionnels souhaitent souvent rester vagues quant aux compétences exigées. « C’est parce qu’ils se perçoivent comme des gardiens, et non comme des éducateurs ».

La table ronde a également permis le partage d’expériences positives. Par exemple, un directeur de programme d’études avait de la difficulté à définir clairement les compétences nécessaires pour suivre un cours en particulier. Le bureau des services de soutien aux étudiants handicapés de l’université, en collaboration avec le professeur et l’étudiant, a donc fait appel à un ergothérapeute pour observer l’enseignant en classe et produire un rapport factuel.

À l’Université Carleton, le Centre Paul Menton, qui offre du soutien aux étudiants handicapés, a fait ajouter la définition des exigences de base aux lignes directrices en matière d’élaboration de programmes d’études. Lorsque les départements mettent au point de nouveaux programmes, ils consultent le Centre. Boris Vucovic, coordonnateur au Centre Menton, raconte que le département des sciences de la Terre discutait récemment avec son équipe des exigences de base d’un stage sur le terrain en géologie. De prime abord, il a été jugé essentiel qu’un étudiant en géologie puisse grimper sur les roches pour les examiner. En cours de route, le chef du département et les professeurs se sont toutefois rendu compte que la présence dans l’environnement physique n’était pas essentielle pour certaines professions dans le domaine des sciences de la Terre. C’est le cas de la conception de cartes spatiales, qui nécessite de grandes capacités cognitives et des logiciels sophistiqués.

« Au bout du compte, conclut M. Vucovic, la définition des exigences de base leur a permis d’améliorer leur programme d’études tout en ouvrant la porte à des étudiants qui ne pouvaient s’y inscrire auparavant. »

Les participants de l’Université McGill à la table ronde ont discuté du partage des responsabilités en vue d’assurer la réussite des stages pour les étudiants handicapés.

« Souvent, on se sent entièrement responsable du bien-être des étudiants, alors que cette responsabilité devrait être l’affaire de plusieurs partenaires, dont les employeurs, surtout dans le domaine de l’éducation, croit Mme Flanagan. Les directeurs de programme ont une part de responsabilité, tout comme les étudiants et les entreprises qui offrent les stages. »

Le sondage mené à l’Université McGill a révélé que les étudiants ne sont pas adéquatement préparés en vue de la transition vers un environnement de travail, et ne savent pas toujours jusqu’à quel point ils doivent parler de leur handicap. L’équipe tripartite a donc commencé à offrir des ateliers aux étudiants qui se dirigent vers un stage, et le nombre de participants est toujours élevé. « Nous avons choisi de remettre l’accent sur l’étudiant et de l’amener à réfléchir à ses forces et à la place qui lui convient le mieux dans l’environnement [de travail] », conclut M. Fovet.

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