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ACTUALITÉS

Les perceptions des employeurs nuisent aux perspectives d’emploi des titulaires de doctorat

Les diplômés eux-mêmes sont incertains des possibilités d’emploi qui existent hors du milieu universitaire,

par BECKY RYNOR | 11 janvier 2016

Valerie Walker admet qu’il n’y a pas si longtemps, elle-même se demandait ce qu’elle pourrait bien faire hors du milieu universitaire. En 2009, après avoir obtenu son doctorat en physiologie de l’Université McGill, elle était ouverte à toutes les possibilités. Cependant, elle ne savait pas quelles étaient ces possibilités.

« J’aimais vraiment la recherche et l’enseignement, communiquer des connaissances, que ce soit à des étudiants en classe, ou à d’autres universitaires lors de conférences, se rappelle Mme  Walker, maintenant directrice des politiques pour Mitacs, une organisation à but non lucratif. Si on m’avait dit, lorsque je faisais mon doctorat, que j’allais devenir directrice des politiques, je me serais exclamée “mais qu’est-ce que c’est?” »

La plupart des titulaires de doctorat se destinent à la vie universitaire, et près de 40 pour cent d’entre eux travaillent effectivement dans le milieu de l’éducation postsecondaire, révèle un récent rapport du Conference Board du Canada intitulé Carrières universitaires et non universitaires : Valoriser et préparer les titulaires d’un doctorat pour le marché du travail. Toutefois, le rapport indique que moins d’un titulaire de doctorat sur cinq (18,6 pour cent) occupent un emploi de professeur d’université à temps plein, menant ou non à la permanence. Les autres occupent des postes de professeurs à temps partiel, d’adjoints ou d’assistants de recherche, d’enseignants au collège, d’administration ou de soutien (comme conseiller d’orientation professionnelle), ou entreprennent des études postdoctorales.

Il y a donc plus de 60 pour cent des titulaires de doctorat qui travaillent dans d’autres secteurs (dans l’industrie, au gouvernement ou pour des organisations non gouvernementales), mais leur transition hors du milieu universitaire est souvent difficile et ils ne savent pas où chercher. Plusieurs affirment aussi percevoir une attitude négative de la part des employeurs potentiels par rapport à la pertinence d’embaucher d’un titulaire de doctorat.

Les employeurs qui embauchent des titulaires de doctorat « sont très positifs à leur égard et reconnaissent leur grande valeur pour l’organisation, explique Jessica Edge, coauteure du rapport et titulaire d’un doctorat en science politique. Le problème se situe chez les employeurs qui n’ont jamais embauché de titulaires de doctorat et qui ne savent pas les avantages qu’ils pourraient en retirer. Il faut donc corriger cette perception erronée et informer ces employeurs. »

On compte au nombre des avantages les grandes compétences en recherche et en gestion de projet, précise Mme Edge. Les titulaires de doctorat peuvent faciliter l’interaction entre une entreprise et le milieu universitaire. « De manière générale, ils sont aussi extrêmement travaillants; ils sont orientés vers les résultats. Ils savent comment décomposer un énorme problème en étapes faciles à gérer et comment le régler. »

Mme Walker, qui a été interviewée dans le cadre de la récente étude du Conference Board du Canada, a finalement présenté une demande au programme de recrutement des responsables des politiques du gouvernement fédéral et a travaillé trois ans à l’Agence de la santé publique du Canada. Elle est ensuite entrée chez Mitacs, une organisation nationale qui offre des possibilités de formation et de recherche aux étudiants aux cycles supérieurs.

« Au Canada, contrairement aux États-Unis ou à la plupart des pays européens, nous comprenons mal l’ampleur et la diversité des capacités et des compétences que possèdent les titulaires de doctorat, précise Mme Walker. C’est pourquoi l’industrie et le secteur à but non lucratif d’ici en embauchent moins qu’en Europe. »

Non seulement les employeurs canadiens en embauchons moins, mais le pays en forme moins. Le rapport révèle que, malgré le fait que le nombre doctorats décernés par les universités canadiennes ait augmenté de 68 pour cent entre 2002 et 2011, et que le nombre d’étudiants inscrits au doctorat ait lui aussi augmenté de près de 73 pour cent, nous accusons encore un retard par rapport aux pays européens comparables, ce qui, selon Mme Walker pose problème.

« Des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la Finlande, la Suède, qui se classent premiers au monde pour la compétitivité et la productivité, forment deux fois plus de titulaires de doctorat par habitant que le Canada. Nous devons donc continuer d’en former à un rythme accéléré […] et les aider à faire la transition de l’université au milieu du travail en leur offrant des ouvertures et en sensibilisant les employeurs à la valeur que peuvent représenter les titulaires de doctorat.

D’un côté positif, après leur transition vers marché du travail, que ce soit dans le milieu universitaire ou ailleurs, la plupart des titulaires de doctorat se trouvent en situation avantageuse. Le rapport du Conference Board du Canda montre qu’ils gagnent davantage que les diplômés des autres niveaux, explique Mme Edge. « Nous avons calculé environ 13 000 $ de plus annuellement que les titulaires de maîtrise. Ils connaissent aussi des taux de chômage plus bas que les autres types de diplômés. »

Le rapport indique toutefois que, comme les études doctorales sont longues, il faut du temps pour combler l’écart salarial. Les salaires sont aussi plus bas au Canada qu’aux États-Unis, et il demeure un écart étonnant entre les salaires des hommes et ceux des femmes titulaires de doctorat.

Susie Colbourn affirme avoir entrepris des études doctorales (en histoire à l’Université de Toronto) avec passion et une bonne dose de lucidité. Maintenant à mi-parcours, elle est déçue de la perception des employeurs et du fait que les médias remettent en question la valeur d’un doctorat. « Beaucoup d’étudiants décident de faire des études aux cycles supérieurs parce qu’ils aiment ce qu’ils font et parce qu’ils sont heureux de recevoir du financement pour faire exactement ce qu’ils souhaitent faire », dit-elle.

« Je pense qu’il est bon d’être honnête et ouvert et qu’il convient de modérer les attentes de certaines personnes avant qu’elles n’entreprennent des études aux cycles supérieurs. Il faut se demander sérieusement s’il vaut la peine de former un si grand nombre de titulaires de doctorats lorsqu’on sait qu’il y a si peu de postes de professeurs menant à la permanence. C’est une prémisse qui laisse toutefois entendre que la seule voie de la réussite lorsqu’on possède un doctorat serait d’obtenir un poste menant à la permanence. Et je ne pense pas que ce soit vrai. »

Mme Colbourn croit aussi qu’on peut faire davantage pour changer les perceptions. « Il faut parvenir à convaincre les employeurs hors du milieu universitaire du fait qu’un diplôme aux cycles supérieurs, que ce soit en histoire, en littérature, en physique ou en génie, permet d’acquérir des compétences pertinentes pour le milieu du travail et non seulement à préparer à devenir professeur. »

Selon Brenda Brouwer, présidente de l’Association canadienne pour les études supérieures et vice-provost et doyenne des études supérieures à l’Université Queen’s, le défi consiste maintenant à aider les étudiants à voir comment leurs connaissances, leurs capacités intellectuelles et leurs compétences peuvent être utilisées dans de multiples secteurs et milieux. « Nous devons leur donner une base solide (un savoir et une expertise ciblés dans le domaine qu’ils ont choisi), et la possibilité de travailler de manière collaborative, non seulement entre eux, mais aussi au sein de la collectivité, dit-elle. Accroître le nombre de partenariats locaux et régionaux; voilà ce que veulent les étudiants : toucher à tout, vivre des expériences interdisciplinaires et concrètes. »

Mme Colbourn ne sait pas encore quel sera son cheminement de carrière, mais elle se dit très heureuse d’avoir décidé de faire des études doctorales. « Il se peut que je n’obtienne jamais de poste de professeur menant à la permanence, quoique je le souhaite, et je suis ouverte à cette possibilité. Je crois que des études en histoire peuvent ouvrir beaucoup de portes, et j’ai bien l’intention de ne pas les refermer. »

COMMENTAIRES
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  1. maafi foued / 29 janvier 2016 at 7:02

    Bonjour,

    En tant qu’étudiant au doctorat, je tiens à vous remercier pour cet article avec lequel je suis 100 % d’accord. Il me semble qu’aujourd’hui, pour espérer décrocher un poste de professeur permanent il est impératif de poursuivre des études postdoctorales (de préférence dans un pays différent à celui où le PhD a été fait), ce qui n’est pas toujours évident, notamment à cause du coût salarial du postdoc que doit absorber l’institut ou le laboratoire d’accueil. Les doctorants ont grand besoin d’informations et de directives pour les aider à prendre les meilleures décisions quant aux choix d’orientation professionnel possible à la fin de leur diplomation.

    Merci encore pour votre travail et vos conseils.

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