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Ouverture de la nouvelle station canadienne de recherche dans l’Arctique

Les chercheurs en poste à Cambridge Bay, au Nunavut, se pencheront sur des enjeux liés à l’Arctique, comme le changement climatique.

par HANNAH HOAG | 20 SEP 17

En octobre prochain, sous un soleil déclinant, lorsque la neige commencera à s’accumuler sur le village d’Ikaluktutiak (Cambridge Bay), au Nunavut, le gouvernement canadien inaugurera sa nouvelle station de recherche dans l’Arctique, érigée au coût de 250 millions de dollars. Ce complexe appelé Station canadienne de recherche dans l’Extrême-Arctique (SCREA), dont le bâtiment principal aux tons cuivrés abrite à la fois des laboratoires et un centre du savoir ancestral, vise à attirer des chercheurs de partout au Canada et du monde entier dans le but de générer de nouvelles données sur le Nord à l’intention des décideurs.

Les chercheurs en poste à la SCREA se pencheront sur des enjeux liés à l’Arctique, comme l’incidence du changement climatique sur les terres, l’océan et les lacs voisins de Cambridge Bay. Les énergies renouvelables, les infrastructures nordiques et la cryosphère (pergélisol, neige et glace) compteront également parmi les thèmes prioritaires.

La station se dresse en bordure du passage du Nord-Ouest, un corridor maritime emprunté de plus en plus par les cargos et les navires de croisière, mais qui n’a pas encore été étudié à fond, explique le professeur de biologie et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études des écosystèmes aquatiques à l’Université Laval, Warwick Vincent. « Le choix du lieu témoigne d’un engagement réel et durable au profit de la recherche dans l’Arctique », affirme M. Vincent.

Dans cette photo prise en mai 2017, la structure du bâtiment principal aux tons cuivrés est terminée, mais les travaux se poursuivent à l’intérieur. Photo par Affaires autochtones et du Nord Canada.

Les chercheurs canadiens s’inquiètent toutefois du recul du financement de la recherche sur l’Arctique. Ayant reçu 113 millions de dollars depuis sa création en 2003 dans le cadre du programme fédéral Réseaux de centres d’excellence, le réseau ArcticNet verra en effet son financement prendre fin en 2018. Les chercheurs craignent également que la SCREA, du fait de son coût élevé, relègue dans l’ombre les projets et stations de moindre importance. D’autres estiment que cette infrastructure fixe contribuera peu à stimuler la recherche sur le terrain dans les régions éloignées du vaste Arctique canadien.

« Comme tous les chercheurs universitaires qui travaillent dans le Nord, je suis inquiet. Les possibilités de financement se raréfient, les ressources se concentrent sur la SCREA », confie M. Vincent qui estime néanmoins que la SCREA est un atout.

Sa création a d’abord été évoquée lors du discours du Trône de 2007, dans lequel le gouvernement conservateur de l’époque annonçait son intention de créer dans l’Arctique une station de recherche « de calibre mondial ». Après avoir envisagé divers sites, le gouvernement a finalement opté pour celui de Cambridge Bay.

Composée de multiples bâtiments, la SCREA est en mesure d’accueillir des chercheurs tout au long de l’année et de leur proposer des installations de recherche « de calibre mondial ». Le bâtiment principal abrite une salle d’autopsie équipée d’une grue permettant de hisser sur la table de dissection bœufs musqués, phoques et autres gros animaux. Il possède aussi un laboratoire froid pour l’étude des insectes, des graines et des carottes glaciaires, un laboratoire ultrastérile pour l’examen des contaminants environnementaux et un phytotron pour l’étude des effets du bioxyde de carbone et du réchauffement sur la croissance des plantes.

« C’est vraiment super de disposer d’une salle de dissection », souligne Susan Kutz, professeure à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Calgary, qui étudie l’incidence du changement climatique sur la santé des bœufs musqués, caribous et autres animaux sauvages. La Dre Kutz explique que certains spécimens anormaux devaient jusqu’à présent résister au long transport jusqu’à Saskatoon, Calgary ou Guelph (Ontario) pour une analyse approfondie. « Certaines des analyses les plus pointues qui soient pourront désormais être effectuées sur place. »

La SCREA comporte également des bureaux, ainsi que des locaux permettant d’héberger 48 chercheurs. L’hébergement au sein des collectivités nordiques n’est pas idéal et son coût élevé restreint le nombre de jours que les chercheurs et les étudiants peuvent passer sur place. En cas de tempête et d’annulation de vol, les plafonds budgétaires sont vite atteints.

La SCREA est gérée par Savoir polaire Canada, un organisme dont le conseil d’administration fait rapport à Carolyn Bennett, ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord (ministère né de la récente scission d’Affaires autochtones et du Nord Canada en deux). La station fait aussi partie du Réseau canadien d’opérateurs de recherche nordique, qui regroupe des dizaines d’instituts, d’observatoires et de navires océanographiques situés dans l’Arctique canadien et dans des zones subarctiques.

À compter du prochain exercice, Savoir polaire Canada disposera d’un budget de 29 millions de dollars consacré au financement de ses frais de fonctionnement, des salaires du personnel et des subventions de recherche. Le président de l’organisme, David Scott, précise que le dernier appel de propositions a conduit à la sélection de 43 projets financés sur deux ans, parmi les 197 soumis.

Savoir polaire Canada accorde entre autres la priorité aux projets axés sur une thématique pertinente aux yeux des collectivités nordiques du Canada. L’un de ces projets, dirigé par Trevor Bell de l’Université Memorial, vise à cartographier l’évolution de la glace de mer dans la zone côtière dans le but d’assurer la sécurité des motoneigistes. Un autre vise à mesurer les effets des incendies de forêt sur les écosystèmes aquatiques nordiques. Selon M. Scott, deux types de financement, soit de courte et de longue durée, pourraient être accessibles à l’avenir.

« Il faudra, précise-t-il, veiller à ce que les populations nordiques participent aux travaux de recherche. Elles attendent des réponses à leurs questions et possèdent un savoir précieux, en particulier dans le domaine environnemental. »

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