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Andrew Pelling défie les conventions des milieux scientifique et universitaire

Pour ce jeune biophysicien dont les audacieux travaux de recherche ont attiré l’attention du monde entier, la créativité compte plus que tout.

par PAT RICH | 09 AOÛT 17

Malgré sa renommée sur le campus, Andrew Pelling n’a pas été facile à trouver, car il a dû déménager dans un bureau temporaire en raison de la construction du nouveau complexe de l’Université d’Ottawa consacré aux sciences, aux technologies, au génie et aux mathématiques. À proximité de son bureau temporaire est affiché un grand portrait de lui-même – il est l’un des professeurs mis en avant dans la campagne de financement de l’établissement intitulée « Défier les conventions ».

Dr. Pelling. Photo par Daniel Ehrenworth.

Professeur de physique et de biologie à l’Université d’Ottawa , où il est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada en mécanique cellulaire expérimentale, M. Pelling est souvent qualifié de « biopirate », c’est-à-dire une personne qui exploite les outils de la biologie moléculaire et du génie génétique pour modifier une cellule ou un organisme végétal ou animal. Son laboratoire, le Pelling Laboratory for Biophysical Manipulation, regroupe des scientifiques, des ingénieurs et des artistes qui aspirent à créer de nouveaux objets vivants.

M. Pelling a également cofondé une entreprise et un laboratoire ouvert à tous en lien avec ses travaux de recherche. Dans le cadre de ses nombreuses fonctions, il est réputé pour son aptitude à expliquer aux profanes des notions complexes. Dans la vie, il est un homme à l’humour contagieux, curieux de tout ce qui l’entoure.

Après l’obtention de son diplôme de premier cycle en biochimie, à l’Université de Toronto, M. Pelling s’est dirigé en 2001 vers l’Université de la Californie, à Los Angeles, où il a obtenu un doctorat en chimie physique en 2005. Ses travaux postdoctoraux l’ont ensuite conduit au Collège universitaire de Londres où il a été, de 2005 à 2008, chercheur principal au Centre londonien des nanotechnologies. C’est là qu’il a découvert la frustration d’être un chercheur avide de découvertes pures dans un monde en quête de résultats.

« Chaque fois que je faisais une découverte en laboratoire et que j’en parlais à mes collègues avec enthousiasme, ils me demandaient avec un regard vide quelle en serait l’application. J’ai compris que les gens n’attachaient de valeur à mes recherches que si elles étaient susceptibles de générer un profit ou de conduire à une application quelconque. »

En 2008, M. Pelling a soumis avec succès sa candidature pour un poste au département de physique de l’Université d’Ottawa. Toujours en 2008, il s’est vu accorder sa Chaire de recherche du Canada de niveau 2, renouvelée en 2013, et a fondé son propre laboratoire de manipulation biophysique.

M. Pelling concrétise depuis son ambition dans ce laboratoire : regrouper des gens créatifs pour stimuler leur curiosité au profit de la découverte.

Le site Web du laboratoire de M. Pelling présente le lieu comme un « espace consacré à la curiosité et à l’exploration, où des chercheurs, des ingénieurs et des artistes collaborent étroitement à la création d’objets biologiques fonctionnels vivants, inexistants dans la
nature ». Parmi ces objets figure déjà, comme l’a rapporté The Ottawa Citizen dans un article paru l’an dernier, une peau luminescente faite de cellules humaines modifiées au moyen d’un gène de méduse, que l’équipe a réussi à faire pousser sur des figurines LEGO.

Les figurines LEGO avec une peau luminescente. Photo de Andrew Pelling & TED.

Bien que M. Pelling ait apparemment tout d’un universitaire de re-nom aujourd’hui, il se voit davantage comme un influenceur déterminé à réformer le système de l’intérieur. « Je suis convaincu que le milieu universitaire a besoin d’être bousculé. Il repose sur un modèle très ancien, et je ne suis pas sûr qu’il soit encore pertinent. »

M. Pelling précise qu’il s’est « volontairement employé à mener des travaux inutiles », jusqu’au jour où son équipe et lui ont « accidentellement commencé à en mener qui étaient utiles ». L’une de leurs découvertes les plus susceptibles d’entraîner des applications concrètes repose sur l’utilisation de la cellulose pour produire des cellules humaines. L’expérience la plus célèbre de M. Pelling a consisté à utiliser la structure cellulosique d’une pomme pour produire du cartilage, et précisément une oreille humaine. En 2016, le chercheur a donné une conférence TED (Technology, Entertainment and Design) sur le sujet, visionnée plus d’un million de fois.

Bien que M. Pelling et son équipe ne soient pas les seuls à mener ce type de travaux, ils se démarquent totalement des autres chercheurs par leur souci d’utiliser des biomatériaux bon marché afin de produire de potentiels « organes de remplacement » pour l’espèce humaine. L’aptitude de M. Pelling à décrire ses travaux au grand public de façon divertissante est également unique. Signalons qu’il fait partie cette année des 10 chercheurs de renom retenus par TEDTalks, parmi 400, pour prononcer une allocution.

Quant à savoir jusqu’où sa curiosité le mènera? Il assure n’avoir aucune idée de ce qu’il fera dans 10 ans, mais tient à ce que ce soit quelque chose qu’il ne peut encore imaginer.

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