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Un nouveau centre étudiant aux lignes emblématiques de Douglas Cardinal

L’Université de la Saskatchewan s’ajoute aux campus dotés d’un immeuble conçu par l’architecte de renommée mondiale.

par JENNY GREEN | 13 JAN 16
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Un rendu architectural du Gordon Oakes Red Bear Student Centre.

Lorsque l’architecte douglas cardinal a dévoilé les plans du nouveau centre pour étudiants autochtones de l’Université de la Saskatchewan, en mai 2012, les aînés ont accueilli son projet avec un silence retentissant. « Je m’attendais à ce que nous soyons accueillis en héros, reconnaît Paul Blaser de RBM Architecture à Saskatoon, partenaire de M. Cardinal pour ce projet. Or, les quelque six aînés présents sont restés cois. Puis, chacun d’eux a raconté une histoire. Ces récits s’imbriquaient les uns dans les autres, faisant valoir qu’il ne fallait pas creuser pour construire un sous-sol. Mais ils ne sont pas allés droit au but; ils n’ont fait que raconter des histoires. »

L’immeuble prévu au départ aurait rompu avec l’histoire et les symboles qu’il devait honorer, ce qui l’aurait coupé des gens auxquels il était destiné. MM. Cardinal et Blaser l’ont donc redessiné en entier.

Les étudiants autochtones, indique M. Blaser, doivent s’y sentir chez eux. « Nous voulons que les aînés reconnaissent que cet endroit dénote une compréhension et un respect du savoir autochtone. Nous voulons qu’ils incitent les étudiants à le considérer comme un milieu de vie agréable. »

Les travaux sont presque terminés (la date d’ouverture officielle demeure inconnue). MM. Cardinal et Blazer auront remué ciel et terre pour en arriver là. Le nouveau centre est orienté vers le sud; sa paroi courbe donne l’impression d’une couverture qui le protège des vents nordiques. « Les Cris du nord orientent leurs constructions vers le sud, précise M. Cardinal, pour respecter l’orientation des flux migratoires – des oies et de bien d’autres oiseaux sur la route nord-sud. L’endroit est aussi très lumi-neux, surtout l’hiver. »

La pièce maîtresse de cet immeuble de 1 880 mètres carrés est l’aire scénique située en son centre, où auront lieu des cérémonies, des allocutions et des danses. Au rez-de-chaussée, repose une plateforme cylindri-que remplie de terre extraite au cours de la construction afin que les céré-monies demeurent en osmose avec le sol. Au-dessus de cette plateforme, deux étages surplombent une mezzanine, et au-dessus, un puits de cheminée baigné de lumière. La cheminée est entourée d’un système de ventilation complexe visant à permettre l’évacuation des vapeurs de tabac et d’autres plantes séchées dans le cadre des cérémonies quotidiennes du calumet et de purification.

Cardinal a conçu ce projet de 17 millions de dollars comme il en a l’habitude : en se basant sur la vision qu’ont les gens de l’immeuble et non en imposant une vision. À tous ses clients, il pose 16 questions sur leurs sensations lorsqu’ils sont dans un immeuble, sur leurs interactions, sur la lumière naturelle qui devrait inonder la pièce. « Lorsque les gens m’expliquent, dit-il, leurs mots se transforment en images dans mon esprit.

Cardinal croit que le milieu de vie a une influence sur une personne. M. Blaser aussi; il remarque l’inspiration divine dans l’œuvre de M. Cardinal. « Ce n’est pas qu’une question de contours et de formes. La valeur symbolique est importante. C’est une excellente façon de saisir la démarche de Douglas. »

Le centre porte le nom de Gordon Oakes, aussi connu sous le nom de Redbear. Cet aîné, hautement respecté en Saskatchewan, est décédé en 2002 sans avoir jamais été scolarisé. Redbear – et la bande de Nekaneet – vivait dans une petite réserve des collines Cypress et rejetait la société dominante. Néanmoins, son influence rayonnait dans tout l’Ouest canadien. Selon sa fille, Irene Oakes, qui enseigne maintenant à l’université, la famille était d’abord réticente à ce que le centre porte le nom du patriar-che; il fallait qu’on y accueille toutes les cérémonies et les danses qui lui étaient si chères.

Né en Alberta de parents européens et autochtones, M. Cardinal est âgé de 81 ans, et son père, qui était garde forestier, avait du sang pied-noir. Sa mère était infirmière; ses ancêtres étaient allemands et métis. Avec 10 bouches à nourrir, la famille manquait souvent d’argent. Lorsque leur mère est tombée malade, M. Cardinal et deux de ses frères ont dû aller vivre en pensionnat.

Cardinal vit et travaille maintenant à Ottawa. Ses réalisations les plus connues sont le Musée canadien de l’histoire de Gatineau (Québec), et le Musée national des Indiens d’Amérique de Washington (D.C.). Il a cependant réalisé de nombreux autres projets de moindre envergure au cours des 40 dernières années, dont la construction d’au moins 25 écoles primaires et secondaires. Sa vision de l’éducation, dit-il, se résume « à un tambour dans une main et à un ordinateur dans l’autre. […] On ne devrait pas enfermer les enfants dans des rangées de salles de classe. Pourquoi confiner les enfants à un si petit univers? Pendant leurs 12 années d’école, ils devraient être entourés de beauté, bon sang. » On compte aussi parmi les projets de M. Cardinal l’Université des Premières nations du Canada,à Regina, et le Collège régional de Grande Prairie, en Alberta.

 

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