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Incubateurs de l’esprit d’entreprise sur les campus

Les étudiants des université canadiennes démarrent des entreprises à un rythme si effréné que le principal défi à relever pour les universités qui accueillent des incubateurs consiste à suivre le rythme du talent et de l’énergie auxquels elles ont permis le déploiement.

par DIANE PETERS | 05 DÉC 11

À l’Université Ryerson, la nouvelle Digital Media Zone a vu le jour en avril 2010. Le recteur Sheldon Levy avait promis deux ans auparavant que l’Université participerait activement à faire de son campus et de la ville de Toronto une plaque tournante du numérique. Il avait parlé de créer sur le campus un « incubateur de médias numériques » afin d’aider les étudiants à lancer des entreprises axées sur la technologie.

L’une des premières entreprises a vu le jour grâce à Brennan McEachran, étudiant en administration des affaires. SoapBox, le portail en ligne qu’il a créé, est une sorte de boîte à suggestions virtuelle qui permet aux organisations de recueillir les commentaires de leurs membres et employés et de les classer pour informer les dirigeants des suggestions les plus populaires. L’équipe de M. McEachran compte quatre collaborateurs. Six clients payent pour un portail SoapBox personnalisé. L’entreprise a récemment effectué un lancement public et l’application est utilisée par la bibliothèque de l’Université Ryerson.

La Digital Media Zone, surnommée DMZ, est tout aussi effervescente. Elle occupe deux étages d’un édifice et emploie six personnes qui organisent des ateliers et recrutent des experts en mentorat. Elle accueille au moins 25 entreprises en démarrage qui créent des jeux pour Facebook, de la technologie 3D et du matériel informatique pour les enfants handicapés. Six des entreprises qui en sont issues volent de leurs propres ailes; parmi elles un site Web d’achats groupés dont la technologie est maintenant utilisée par Kijiji, du groupe eBay.

La DMZ se joint au nombre croissant d’incubateurs d’entreprises créées par des étudiants sur les campus canadiens. Les incubateurs d’entreprises traditionnels existent depuis des décennies. Ils offrent aux entreprises locales des locaux abordables près du campus, ainsi que des services de soutien comme le mentorat, en échange d’intérêts dans la société et de la promesse d’embaucher des étudiants. Depuis que Facebook a vu le jour dans une résidence de l’Université Harvard, les universités tentent d’innover dans leur façon de stimuler l’esprit d’entreprise de la nouvelle génération de jeunes entrepreneurs.

Les nouveaux incubateurs constituent le mariage parfait car les entreprises novatrices reposent sur le savoir, la spécialité des universités, et l’entrepreneuriat s’enseigne difficilement en classe. Les universités stimulent l’économie locale en soutenant des entreprises naissantes, tout en gagnant en influence et en prestige. Elles profitent aussi de revenus lorsque les gros joueurs du domaine des affaires « redonnent » à l’université qui les a aidées à se lancer.

La résidence VeloCity de l’Université de Waterloo, destinée aux étudiants qui souhaite démarrer leur propre entreprise, a ouvert ses portes officiellement en 2008. Depuis, elle a déjà permis l’émergence des développeurs NeverBored Studios et du site Web Giftah, où les consommateurs peuvent transformer leurs cartes-cadeaux inutilisées en argent comptant. En 2009, Ted Livingston, étudiant en génie, y a inventé l’application de messagerie texte Kik Messenger, qui compte maintenant plus de trois millions d’utilisateurs.

M. Livingston a remercié son alma mater en mars dernier en donnant un million de dollars en appui à VeloCity. L’incubateur compte maintenant trois employés à temps plein et deux stagiaires, en plus d’un nouveau bureau en espace ouvert au centre-ville de Waterloo qui accueille les entreprises ayant atteint un stade plus avancé.

Venture Connection, de l’Université Simon Fraser (SFU), a vu le jour à la même période que VeloCity. Le bureau de l’innovation de la SFU, qui avait lancé un incubateur d’entreprises à Vancouver il y a dix ans, avait remarqué un nombre croissant d’entreprises étudiantes inscrites sur sa liste d’attente. Il a donc démarré Venture Connection avec deux bureaux et une équipe de mentors, rémunérés ou bénévoles, en plus d’un programme des plus chargés. Les étudiants qui ont un projet d’entreprise embryonnaire peuvent travailler avec un mentor, puis obtenir un espace de travail si leur projet est viable. Le programme appuie à présent 40 équipes.

Cependant, la demande sur les campus croît si rapidement que les équipes des incubateurs peinent à obtenir suffisamment d’espace et de personnel pour y satisfaire. Jusqu’à maintenant, les incubateurs ont connu beaucoup de succès avec les entreprises des médias électroniques, mais moins avec d’autres types d’industries, bien que cette tendance commence à changer. Le financement demeure un défi. Puisqu’aucun de ces incubateurs ne demande de parts dans les entreprises des étudiants, l’argent devient une préoccupation majeure. Mais selon le recteur de l’Université Ryerson, la DMZ vaut le coût et les efforts qui y sont investis. « Nous prenons à cœur la carrière de nos étudiants, et cet aspect fait partie de l’évolution de notre mission », affirme M. Levy.

Diane Peters écrit sur une variété d’enjeux sociaux pour des publications nationales. Elle enseigne aussi la rédaction journalistique à l’Université Ryerson.

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