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ARTICLES DE FOND

L’Expérience des cours en ligne ouverts à tous

Qu’ils soient considérés comme un agent de changement ou une simple mode, les MOOC sont fondamentalement différents des autres expériences d’apprentissage en ligne.

par ROSANNA TAMBURRI | 07 NOV 12

Les cours et les programmes en ligne existent depuis une vingtaine d’années et de plus en plus d’universités font l’expérience de l’apprentis-sage mixte. Les nouveaux cours qu’on appelle « Massive Open Online Courses » (MOOC), ou cours en ligne ouverts à tous, font cependant partie d’une classe à part. Un même cours peut être suivi par des dizaines et même des centaines de milliers d’étudiants. Aucun préalable n’est exigé et les participants n’obtiennent ni crédits, ni diplôme. Enfin, ces cours sont tout à fait gratuits.

Au cours de la dernière année, des dizaines d’établissements d’enver-gure, dont deux universités canadiennes, se sont joints au mouvement. « Nous pouvons officiellement déclarer que “MOOC” est l’expression à la mode dans le milieu de l’enseignement supérieur en 2012 », affirme George Siemens, professeur au Centre for Distance Education de l’Université Athabasca. Il estime que 100 millions de dollars ont été investis dans les MOOC au cours des derniers mois. Près de deux millions d’étudiants se sont inscrits auprès des trois plus importants fournisseurs, soit Coursera, edX et Udacity.

Avec quelques autres Canadiens, M. Siemens a fait partie des pionniers de ce modèle. En 2008, de concert avec Stephen Downes, chercheur principal au Conseil national de recherches du Canada, il a lancé un cours sur la théorie de l’apprentissage offert par l’Université du Manitoba avec 25 étu-diants payants et 2 300 étudiants libres en ligne. Ce cours a été surnommé « massive open online course ». Cet automne, l’Université de Toronto offre trois cours par l’intermédiaire de Coursera et compte en offrir deux autres l’an prochain. L’Université de la Colombie-Britannique a emboîté le pas et offrira trois cours par l’intermédiaire de Coursera à partir de mai prochain.

L’engouement que suscitent les MOOC est facile à comprendre. Andrew Ng, cofondateur de Coursera, affirme que la plupart des gens ne pourront jamais suivre un cours dans un établissement élite. Il adorerait « voir un jour l’Université de Toronto offrir des cours non plus à des milliers, mais bien à des millions d’étudiants. » Selon certains, le mouvement est un agent de changement, qui répond au désir de trouver des solutions abordables pour accéder à l’enseignement supérieur.

En revanche, certains analystes font état d’obstacles importants à surmonter. Premièrement, les taux d’abandon des MOOC sont exceptionnellement élevés. Des 104 000 étudiants qui se sont inscrits au cours en ligne de M. Ng sur l’apprentissage automatique, seulement 13 000 l’ont réussi, soit 12,5 pour cent. Les lacunes que présente la technologie de diffusion des MOOC posent également problème. Récemment, des dizaines de cas de plagiat ont été découverts parmi les participants à certains cours de Coursera. La plus importante pierre d’achoppement pour les MOOC demeure toutefois l’absence d’un système d’agrément. Bien que les principaux fournisseurs décernent un certificat aux participants qui ont suivi un cours, aucun n’offre de crédits menant à l’obtention d’un diplôme. De tels cours sont donc impossibles à évaluer sur le marché du travail. De plus, aucun des fournisseurs n’a trouvé de moyen de dégager des revenus des MOOC.

Les universités traditionnelles peuvent intégrer un consortium de MOOC pour d’autres raisons, par exemple pour attirer les étudiants des cyberétablissements à but lucratif. Maintenant que certains des grands établissements américains sont entrés dans la course, les autres devront faire de même, affirme M. Siemens.

Selon Alec Couros, professeur de technologie éducative à l’Université de Regina, actuellement, les MOOC ne constituent pas une menace sérieuse pour les universités traditionnelles. Toutefois, si les cours s’améliorent et si des universités comme Harvard commencent à offrir des diplômes à faible coût, les établissements canadiens de petite et de moyenne tailles pourraient s’en ressentir. Un gros joueur pourrait ainsi concevoir un cours de première année d’aussi bonne ou de meilleure qualité que les cours offerts localement.

Certains croient que l’aspect le plus révolutionnaire des MOOC se situe sur le plan commercial. Si les grands consortiums se mettent à offrir des diplômes selon un système payant, un nouveau modèle d’affaires permettant l’agrément massif verra alors le jour dans le milieu de l’enseignement.

M. Siemens estime que les MOOC conviennent aux apprenants extrêmement motivés, soit 10 pour cent des étudiants, qui sont susceptibles de réussir peu importe les circonstances, mais pour les 90 pour cent des étudiants qui ont besoin de supervision, les structures de soutien universitaires demeureront nécessaires. Entre-temps, faire l’essai de l’apprentissage en ligne grâce aux MOOC constitue un pari peu coûteux puisque les universités profitent ainsi d’un partage rationnel des coûts tout en minimi-sant le risque d’atteinte à leur réputation découlant de la pratique de cette forme d’enseignement.

Rosanna Tamburri, qui signe fréquemment des articles pour Affaires universitaires, est lauréate du prix d’excellence en journalisme dans le domaine de l’enseignement postsecondaire, 2012-2013, remis par l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université.

COMMENTAIRES
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  1. Annie Saint-Jacques / 13 November 2012 at 9:38 am

    Tour d’horizon intéressant. Je constate avec grand plaisir que madame Tamburri a rendu “massive open online courses” par “cours en ligne ouverts à tous”. Chapeau et merci. Je trouve vraiment déplorable la traduction fautive “cours en ligne ouverts et massifs” qui s’est répandue comme une traînée de poudre et qui ne correspond à rien.

    Annie Saint-Jacques, Ph.D. en technologie éducative et traductrice agréée

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