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ARTICLES DE FOND

Tout ce que j’aurais aimé savoir lorsque j’étais jeune professeur

Vous entamez votre carrière? Préoccupé de vos cours magistraux, des étudiants, de votre capacité à gérer votre temps, et quoi d’autre encore? Lisez les conseils de ces professeurs.

par ANQI SHEN | 4 janvier 2017

Au début de notre carrière universitaire, nous faisons tous des erreurs, que ce soit devant une classe ou en coulisse. Quoi qu’il en soit, c’est en prenant du recul que nous apprenons à mieux faire. Voici des anecdotes et des conseils de professeurs qui sont passés par là et souhaitent nous faire profiter de leur expérience.


Acquérir une riche expérience pédagogique

Anaïs Tatossian
Professeure adjointe au département d’études françaises, Université Concordia

Récemment, certaines universités ont instauré des postes de professeur adjoint à durée limitée axés essentiellement sur l’enseignement (six ou sept cours par année) avec parfois des tâches administratives, mais sans obligation de recherche. Depuis la fin de mes études doctorales, j’occupe ce type de poste. En quatre ans, j’ai eu la chance de donner 27 cours en français langue maternelle et langue seconde et en linguistique française dans deux universités différentes, à des groupes allant de 15 à 120 étudiants. Malgré l’ampleur de la tâche, ces postes m’ont non seulement permis de relever le défi de l’enseignement, mais aussi d’acquérir une riche expérience pédagogique. Voici quelques conseils pour ceux qui viennent d’accepter un poste de professeur enseignant.

Formation : Assistez à la journée d’accueil des nouveaux professeurs et/ou aux séances de perfectionnement du centre de pédagogie de votre université, car elles sont bénéfiques. Vous discuterez avec des collègues qui vous livreront de précieux conseils, par exemple sur les stratégies efficaces pour concevoir un cours, comment rendre un cours interactif avec un grand groupe ou l’utilisation des technologies en classe.

Gestion du temps : La première année est sans contredit la plus difficile et la plus importante de toutes. Vous aurez trois ou quatre nouveaux cours à préparer par semestre. La clé du succès se trouve dans l’organisation de votre temps pour la préparation des séances magistrales et des activités d’apprentissage. Les étudiants accordent aussi beaucoup d’importance aux évaluations et aux résultats obtenus. Planifiez bien la correction afin de respecter vos engagements envers eux. Il faut quand même prendre du temps pour soi et le grand défi d’un tel poste est de trouver un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle.

Préparation : Préparez-vous adéquatement avant chacun de vos cours. Pour les étudiants, un bon professeur, c’est quelqu’un de structuré. Ayez aussi du plaisir à enseigner, même si la matière peut parfois sembler moins passionnante pour les étudiants. Tout est dans la façon de l’enseigner et dans les différents exemples que vous choisirez pour leur transmettre la matière. N’hésitez pas à innover et à expérimenter dans votre enseignement.

Amélioration de l’enseignement : Les étudiants sont en mesure de vous dire si vos commentaires sur leurs travaux et examens sont utiles ou non, si le matériel utilisé facilite leur apprentissage ou non. Vous pouvez demander une évaluation informelle de votre prestation à la mi-session, ce qui vous permettra de solliciter les suggestions des étudiants afin d’ajuster votre enseignement.


L’importance d’être transparent dans votre démarche

Christelle Lison
Professeure agrégée à la faculté d’éducation, Université de Sherbrooke

Être professeure, ce n’est pas être l’amie des étudiants. C’est évident, tout le monde le sait. Mais lorsque tu débutes et que tu as plutôt l’air d’être toi-même étudiante, il y a des chances pour que les choses soient moins faciles qu’elles en ont l’air. En commençant ma carrière, j’enseignais à des étudiants qui allaient devenir enseignants au primaire. Ayant une formation en psychologie, j’avais tendance à être très attentive aux besoins des étudiants, à les écouter et à instaurer un climat de confiance. C’est comme ça qu’une étudiante a commencé à venir me parler à la fin de chacun des cours. Elle me racontait un peu sa vie en fait, ses difficultés avec son conjoint et ses études, ses doutes, ses envies… Je ne lui prodiguais jamais de conseil, mais je l’écoutais.

Quelques semaines après le début du cours est arrivée la première évaluation sommative. Et c’est une jeune femme en furie qui m’a attendue à la fin du cours pour me dire toute sa colère: « Une amie ne met pas 12/20 ». Cette phrase est tombée comme un couperet. Elle m’a ébranlée au plus profond de moi-même. Qu’est-ce qu’elle n’avait pas compris dans mon rôle? Qu’avais-je bien pu faire pour lui laisser penser que nous étions amies? Il m’a fallu quelques minutes pour réaliser que je n’avais sans doute pas été assez claire quant au fait que la relation établie ne changeait en rien ma position d’évaluatrice et le cadre dans lequel j’allais l’exercer. Mais cette étudiante ne m’a plus jamais accordé sa confiance. Depuis, je mets les choses au point, rapidement. Je crois en un climat de travail agréable et je suis à l’écoute des besoins des étudiants, mais cela ne signifie pas que je suis leur amie. Ne perdez jamais de vue l’importance d’être transparent dans votre démarche afin qu’il n’y ait pas de mauvaise surprise, ni pour les étudiants ni pour vous.


Moins de notes, plus de discussion

Iva Apostolva
Professeure adjointe à la faculté de philosophie du Collège universitaire dominicain

J’ai obtenu mon premier contrat d’enseignement alors que j’étais encore aux études supérieures. Je devais donner un cours portant sur les questions philosophiques du féminisme. On m’avait confié un petit groupe d’une trentaine d’étudiants aux horizons universitaires variés. Mais plus de 50 cours et 3 000 étudiants plus tard, j’y pense encore. Ce que je ne savais pas à l’époque, et que j’ai appris depuis, c’est que l’enseignement est, somme toute, un art du spectacle. Et l’intimité d’une classe complique la tâche, car on ne peut se cacher nulle part. Pour ce premier cours, chaque semaine, je passais méticuleusement à travers mes notes dactylographiées, et je remplissais chaque centimètre carré des tableaux mis à ma disposition. Ce que je n’avais pas réalisé, c’est que mes notes détaillées ne favorisaient pas du tout les discussions en classe. J’étais tellement attachée à décortiquer chaque argument des textes étudiés, que j’ai perdu de vue qu’une discussion aide mieux les étudiants à comprendre les textes que n’importe quelle analyse textuelle formelle.

Finalement, en lisant leur évaluation du cours et leurs commentaires, j’ai compris qu’ils auraient voulu par-dessus tout connaître mon avis sur les textes et mon point de vue sur les questions soulevées en classe. C’est ainsi que s’est forgé ce qui deviendrait mon credo pédagogique : lorsqu’un professeur prend position, il donne du poids à sa démarche sans avoir l’air ni trop autoritaire, ni trop familier, mais il crée également un espace ouvert à la discussion même sur les sujets les plus difficiles à aborder.


Utiliser son temps intelligemment

Brian McIlroy
Professeur en études cinématographiques, Université de la Colombie-Britannique

Je pense souvent à ce que j’aurais pu faire différemment au cours des 27 années que j’ai passées au sein du corps professoral. Théoriquement, les professeurs-chercheurs devraient employer 40 pour cent de leur temps à la recherche, 40 pour cent à l’enseignement et 20 pour cent au service à la collectivité. J’ai toutefois constaté que cette répartition du travail n’est pas toujours respectée. Pour ma part, j’ai choisi d’attribuer un temps à peu près équivalent à ces trois activités, alors que d’autres pourraient décider de privilégier l’un ou l’autre.

Il faut savoir qu’avant de devenir doyen associé, les professeurs acquièrent principalement du prestige grâce à leurs publications scientifiques. En outre, les résultats de recherche sont devenus un facteur décisif de promotion et de titularisation. J’aurais aimé qu’on me dise, lorsque j’avais entre 35 et 40 ans, que je devais me méfier des gens qui me demandaient de rédiger un chapitre dans leur ouvrage. Je me suis rendu compte que plus j’acceptais de le faire, plus la demande augmentait et moins j’avais le temps de travailler à mes propres travaux et articles scientifiques évalués par les pairs. Dans ma modeste bibliographie, il est clair que les ouvrages et les articles que j’ai signés obtiennent une plus grande visibilité que les chapitres que j’ai écrits pour les autres, bien que ces derniers aient été utiles pour créer des liens et un réseau dans ma discipline. Tout compte fait, la répartition de l’emploi du temps importe peu, je crois qu’il faut surtout faire preuve de discernement lorsque vient le temps de choisir ses projets de recherche.

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