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CONSEILS CARRIÈRE

Conseillez-moi

Obtenir les conseils dont vous avez besoin

par KÄTHE LEMON | 12 MAR 07

Essentiellement, le mentorat consiste à obtenir l’aide d’une personne expérimentée. Que ce soit pour vous aider à saisir des occasions de financement, à obtenir des lettres de recommandation ou des conseils sur des programmes, des renseignements sur des conférences ou des revues, ou même à décider de poursuivre ou non une carrière universitaire, les mentors ont du vécu et peuvent vous exposer un point de vue plus large.

Qu’est-ce que le mentorat?

« Les étudiants peuvent s’attendre à obtenir d’un mentor un avis sans fard sur leur évolution ou sur les possibilités qui s’ouvrent à eux », explique Sunny Marche, vice doyen intérimaire aux études supérieures de la Dalhousie University. Kate Eichhorn, professeure adjointe au département d’anglais de la Ryerson University, affirme que certains étudiants disposent déjà des ingrédients essentiels qui composent l’« élixir universitaire ».

« Certains étudiants connaissent déjà les rouages du réseautage ainsi que le fonctionnement de la machine universitaire, mais d’autres sont moins à l’aise et donc désavantagés », explique Mme Eichhorn. Elle souligne toutefois qu’un bon mentor peut combler ces lacunes, et bien d’autres également. Le mentorat ne vise pas que le travail universitaire, mais aussi la façon de mener sa vie pendant les études. Un bon mentor peut vous guider dans le labyrinthe des règles universitaires écrites et tacites. « D’une part, il y a les règles qu’il ne faut enfreindre à aucun prix, et d’autre part, celles que personne ne respecte. Il est bon de pouvoir compter sur une personne qui puisse les départager », ajoute M. Marche.

Qu’est-ce qu’un bon mentor?

Les qualités d’un bon superviseur et d’un bon mentor sont analogues puisque ces rôles se recoupent. Par contre, le rôle du mentor ne se limite pas à celui d’un superviseur ou d’un comité. M. Marche précise qu’un bon mentor est franc, digne de confiance et soucieux de la relation de mentorat. « Il faut trouver une personne dévouée sur laquelle vous pouvez compter. Certains prennent trop d’engagements et ne refusent aucune demande », explique-t-il. Un bon mentor doit aussi faire preuve d’un intérêt pour le travail du mentoré.

Selon Mme Eichhorn, « un bon mentor est rompu à la lecture critique et se montre enthousiaste par rapport à vos travaux de recherche. » Souvent, cela suppose qu’il partage vos intérêts de recherche, ce qui ne signifie pas qu’il doive s’agir d’une personne très connue. « Bien des étudiants pensent que l’idéal est de travailler avec la personne la plus reconnue dans un domaine. Mais celle-ci est souvent absente du campus et travaille sans relâche. À une personne qui a acquis une notoriété, il vaut mieux préférer un mentor qui aura du temps à vous consacrer », indique-t-elle.

Par ailleurs, pour obtenir un bon mentor, il faut être un bon mentoré. Au moment d’aborder un mentor, il est important d’avoir en tête des questions précises auxquelles il est possible de répondre. « Les gens veulent souvent aller droit au but, mais le monde ne fonctionne pas de la sorte, affirme David Skinner, professeur adjoint en études sociales à l’Université York. Ils s’attendent à ce que tout soit simple et posent souvent des questions simples, mais auxquelles un mentor ne peut pas répondre. »

Vous devez cerner clairement votre questionnement, et prendre garde de poser des questions trop vagues. Présentez-vous à votre mentor avec une question bien circonscrite. Vous pouvez par exemple demander une liste d’ouvrages à lire sur un sujet donné ou des conseils sur la pertinence de suivre tel ou tel cours compte tenu de vos intérêts de recherche.

Qui trouve garde

Vous savez maintenant ce qu’est un bon mentor et vous avez peut-être même un nom en tête. Mais par où commencer pour établir une relation de mentorat? James Nemes, ancien doyen aux études supérieures à l’Université McGill affirme que son établissement incite les étudiants aux cycles supérieurs à travailler avec un comité de supervision de thèse, et ce, en partie pour leur offrir un éventail élargi de possibilités de mentorat et pour officialiser ce type de rapport. « Parfois, si ces relations ne sont pas suffisamment officielles, l’étudiant a l’impression de contourner son superviseur en discutant avec une autre personne. Cette façon de faire contribue à les mettre plus à l’aise », explique M. Nemes.

Selon M. Marche, il peut toutefois être avantageux de disposer d’un mentor qui ne siège pas au comité de supervision. En cas de difficulté avec le superviseur ou le comité, ils peuvent entrer en conflit. Un conflit peut également survenir si le superviseur et l’étudiant ont des objectifs de recherche divergents, notamment dans le domaine scientifique, où nombre d’étudiants travaillent sur les projets de recherche de leur superviseur. « Voilà une bonne raison de trouver un mentor qui ne fait pas partie de votre comité », affirme-t-il.

Par contre, si la relation revêt un caractère non officiel, l’engagement du mentor peut ne pas être clairement exprimé, et l’étudiant trouvera difficile d’aborder la question directement avec la personne de son choix. M. Marche souligne que, malgré le malaise initial, il s’agit de la seule façon d’établir une relation de mentorat. « Il existe trois façons d’y parvenir. Vous devez demander, et si cela ne fonctionne pas, vous devez redemander, et si cela ne fonctionne toujours pas, vous devez demander à nouveau », dit-il. Si vous n’êtes pas à l’aise de demander à une personne de devenir votre mentor, vous ne le serez probablement pas davantage pour lui poser des questions au sujet de vos travaux de recherche et de votre carrière. Toute relation de mentorat n’est pas forcément officielle, mais si vous souhaitez obtenir l’engagement d’une personne, vous devez le solliciter ouvertement.

Définir les limites de la relation

Comme le mentorat est une relation unique et souvent évolutive, il est parfois difficile de définir celle-ci. Pourtant, ses limites doivent être clairement établies. Le risque de les outrepasser prend généralement deux formes : l’étudiant devient trop dépendant de l’aide de son mentor, et la relation dévie de sa nature professionnelle.

« La relation devient trouble ou problématique lorsqu’un étudiant demande à son mentor de définir son projet », explique Mme Eichhorn. Cette situation devient particulièrement risquée en sciences humaines, où les étudiants, même ceux à la maîtrise, doivent concevoir et définir leurs travaux de recherche. S’ils s’en remettent trop à leur mentor, les étudiants ne s’acquittent pas de la tâche qui leur revient.

Le deuxième risque est plus courant et plus hasardeux. En outrepassant les limites de la relation professionnelle, on court le risque de s’aliéner la personne qui est source d’appui. « Je crois en l’importance d’établir clairement la nature professionnelle de la relation, affirme Lynne Van Luven, professeure adjointe au département d’écriture à la University of Victoria. Je ne peux pas devenir l’amie de mes étudiants puisque cela interférerait avec mon rôle. Cela brouille les cartes et rend très difficile pour moi de dire ce que j’ai à dire. Ce n’est pas que je ne souhaite pas les connaître, mais je veux conserver une distance professionnelle », affirme-t-elle.

M. Nemes met en garde les étudiants contre l’idée de demander des services de nature personnelle à leur mentor. « Des étudiants m’ont déjà demandé de leur prêter de l’argent. Même si je le pouvais, je ne le ferais pas. » Il apporte toutefois une nuance importante : si un étudiant vit une situation personnelle difficile, il doit en informer son superviseur et son mentor. « Ainsi, ils savent au moins qu’il se passe quelque chose. »

Garder le contact

Le mentorat constitue souvent une relation à long terme. « Je suis encore en contact avec certains étudiants que j’ai suivis il y a une dizaine d’années. C’est ma façon de me rendre utile, mais c’est aussi une question de curiosité. La personne qui prépare un gâteau a envie de le voir à la sortie du four. Quand on s’investit auprès d’un étudiant, on aime savoir ce qu’il advient de lui, » nous confie Mme Van Luven.

Une bonne relation de mentorat est mutuellement bénéfique. « Dans l’idéal, c’est une voie à double sens, affirme M. Marche. Le mentor a une influence positive, mais retire une énergie aussi positive de ses échanges avec le mentoré. Celui-ci doit faire voir au mentor combien son apport est important pour lui. » Il souligne que les étudiants devraient faire savoir à leur mentor qu’ils écoutent ses conseils et les suivent, et que ces derniers leur ont bien servi. « Il leur faut reconnaître la grande valeur du temps et de l’attention que le mentor leur consacre. »

Le fait de maintenir le contact avec votre mentor après l’obtention de votre diplôme fera évoluer la relation, qui deviendra avec le temps un rapport d’égal à égal. Mais pas avant que vous ayez bénéficié des conseils et de l’appui de votre mentor pendant plusieurs années.

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