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CONSEILS CARRIÈRE

En quête d’équilibre : la mi-carrière

Comme tout emploi, les professions du milieu universitaire présentent différents défis à différentes étapes, en particulier à la mi-carrière

par RAYMOND F. CURRIE | 03 DÉC 07

« Je me sens comme un cheval de course attaché à une charrue. » Voilà seulement l’une des réponses à une enquête auprès de professeurs agrégés réalisée à ma demande par Irene Karpiak, du département de l’enseignement supérieur de la University of Oklahoma. à titre de doyen de la faculté des arts de la University of Manitoba, je classe le perfectionnement des professeurs parmi mes fonctions les plus importantes. J’ai donc cru que les observations d’universitaires en milieu de carrière pourraient être utiles, tant pour moi que pour les chefs de département. Le rapport de Mme Karpiak a révélé que les défis auxquels doivent faire face ces universitaires diffèrent de ceux que doivent relever leurs collègues nouvellement arrivés dans la profession – et généralement plus jeunes.

Problèmes de santé

Qu’ils touchent un parent âgé, un conjoint ou soi-même, les problèmes de santé qui apparaissent à la mi-carrière influent sur la quantité de temps et d’énergie qu’un universitaire peut consacrer à son travail. « Lorsque mon mari a fait une crise cardiaque, j’ai été grandement touchée par vos quelques visites à l’hôpital », m’a confié une collègue récemment. Ces visites ne m’ont pas demandé beaucoup de temps, mais elles ont été chaudement appréciées par cette professeure et lui ont montré que ses responsabilités familiales étaient tout aussi importantes que son travail.Qu’ils touchent un parent âgé, un conjoint ou soi-même, les problèmes de santé qui apparaissent à la mi-carrière influent sur la quantité de temps et d’énergie qu’un universitaire peut consacrer à son travail. « Lorsque mon mari a fait une crise cardiaque, j’ai été grandement touchée par vos quelques visites à l’hôpital », m’a confié une collègue récemment. Ces visites ne m’ont pas demandé beaucoup de temps, mais elles ont été chaudement appréciées par cette professeure et lui ont montré que ses responsabilités familiales étaient tout aussi importantes que son travail.

Relations interpersonnelles

Les changements qui surviennent dans les relations interpersonnelles peuvent engendrer des situations compliquées. Traverser un divorce, élever un adolescent qui présente des troubles de comportement ou s’occuper d’un parent atteint d’incapacité sont autant de défis monumentaux. Devant de telles situations, le chef de département ou le doyen s’aventure sur un terrain glissant : doit-il faire part de ses inquiétudes, au risque que son intervention soit perçue comme une intrusion dans la vie privée? Savoir quand et comment réagir est une question de bon sens, d’expérience et d’empathie.

Problèmes professionnels

Tout le monde aspire au succès, mais la voie qui y mène est parfois semée d’embûches. Le participant à l’enquête qui a dit se sentir « comme un cheval de course attaché à une charrue » exprimait sa frustration de crouler sous le trop grand nombre de responsabilités liées à l’enseignement et à l’administration, ce qui nuit à l’avancement de sa carrière. Un problème réel ou perçu que l’on choisit d’ignorer peut créer des insatisfactions qui risquent de provoquer le départ de ressources de qualité vers d’autres établissements.

Les professeurs en milieu de carrière peuvent également ressentir de la frustration si leurs projets de recherche ne remportent pas le succès escompté. Plusieurs facteurs peuvent entrer en ligne de compte : un mauvais équilibre entre le temps consacré à la préparation des classes et celui consacré à la recherche; une volonté de répondre à un trop grand nombre de demandes simultanément; l’absence de discipline nécessaire à l’établissement de priorités; de mauvaises habitudes dont il est difficile de se défaire, comme mettre de côté les articles rejetés parce que l’on considère trop embarrassant de les modifier et de les soumettre de nouveau.

Il existe des stratégies pour régler ces problèmes. La quête d’un juste équilibre entre l’enseignement et la recherche est loin d’être évidente, car l’un comme l’autre peut être accaparant. La production de rapports d’activité annuels, accompagnés d’une discussion avec le chef du département, peut aider à cibler les lacunes. Les universitaires en milieu de carrière qui évoluent au sein d’un même département depuis de nombreuses années peuvent être excessivement sollicités simplement en raison de leur ancienneté. Les chefs de département doivent répartir équitablement les responsabilités et s’assurer que les activités demeurent ciblées et productives, sans pour autant donner aux jeunes universitaires des responsabilités qui risquent de nuire à leur développement.

Un réputé professeur de ma connaissance a réagi positivement lorsque l’un de ses articles a été rejeté : il n’a même pas attendu un mois avant de présenter l’article à une autre revue. Puisque des mois de travail sont investis dans l’élaboration d’un article savant, c’est commettre une erreur monumentale que de le mettre de côté et d’entreprendre un nouveau projet sans d’abord déterminer la cause du rejet. De plus en plus de facultés offrent des services d’aide à la recherche qui permettent aux professeurs de peaufiner leurs propositions et leurs articles avant de les présenter.

Il est également possible d’encourager des collègues à collaborer à un projet de recherche conjoint. Si les membres d’une équipe ont tous des compétences différentes à offrir, la recherche interdisciplinaire et appliquée peut se révéler fructueuse. Il faut toutefois garder à l’esprit que certains départements ne sont pas encore prêts à reconnaître les collaborations au même titre que les réalisations individuelles. Les critères de promotion relatifs aux nouvelles approches doivent donc d’abord être précisés.

Un professeur en milieu de carrière qui remporte peu de succès en recherche peut choisir de consacrer ses énergies à l’enseignement, où la rétroaction est plus immédiate et gratifiante. Au cours de son enquête, Mme Karpiak a rencontré un de ces professeurs « axés sur l’enseignement », qui se sent délaissé par son université parce que l’enseignement n’est pas aussi valorisé que la recherche. (Il est intéressant de souligner que la critique ne visait pas la direction du département, mais plutôt l’université.) Une place prédominante accordée à l’enseignement peut marquer une préférence plutôt qu’une désillusion. Bien qu’on ait davantage mis l’accent sur l’importance de l’enseignement ces dernières années, la structure de récompense en place dans les universités manque la plupart du temps de souplesse lorsqu’il est question de s’éloigner de la norme départementale. à cela s’ajoute un manque d’uniformité dans les politiques des établissements et des départements.

Les chefs de département doivent se préoccuper de leurs professeurs en milieu de carrière. S’ils parviennent à cerner et à régler les problèmes avant qu’ils ne provoquent une crise, ils réussiront à maintenir l’équilibre et l’harmonie.

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