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CONSEILS CARRIÈRE

Le milieu universitaire est semé d’embûches pour les femmes

Une nouvelle recherche expose les barrières sexospécifiques à la réussite universitaire

par MARLENE POMRENKE | 08 SEP 08

La plupart des femmes ont appris à leurs dépens qu’exceller dans le milieu universitaire peut être encore plus difficile pour elles que pour les hommes. Pourtant, peu de recherches existent pour nous aider à en comprendre les raisons.

Pourquoi les femmes poursuivent-elles des études doctorales? Quels facteurs les poussent à réussir leurs études? Quels obstacles doivent-elles surmonter?

Ces questions constituent le fondement de l’étude qualitative que j’ai récemment menée avec deux collègues de l’Université du Manitoba. Les réponses sont très révélatrices. « J’ai entrepris des études doctorales pour me réorienter professionnellement, mais je me suis vite demandé si je n’avais pas atterri sur une autre planète », nous indiquait une dame.

Des femmes de Winnipeg, de Toronto et de partout aux États-Unis rencontrées en groupe ou individuellement nous ont raconté la même histoire, à quelques détails près. Les femmes choisissent de faire des études doctorales pour profiter d’une plus grande souplesse en matière de carrière, relever de nouveaux défis et accroître leurs compétences.

Toutefois, les résultats qu’elles visent sont souvent difficiles à atteindre. Elles se rendent vite compte que les services de soutien familial et de mentorat universitaire sont trop peu développés pour les aider à atteindre leurs buts. Par ailleurs, le marché du travail en milieu universitaire favorise parfois les candidats qui font preuve de mobilité, ce qui désavantage les femmes.

Mais avant de nous pencher sur des stratégies concrètes pour surmonter ces obstacles, ce que je ferai dans un autre article le mois prochain, explorons d’abord pourquoi la carrière universitaire pose plusieurs défis propres aux femmes.

Comme lorsque vous partez à la découverte d’un territoire inconnu, une carte topographique peut faire toute la différence pour vous mener à bon port.

Pourquoi les femmes veulent-elles obtenir un doctorat?

Les raisons pour lesquelles les femmes poursuivent des études doctorales ne sont ni sexospécifiques, ni inusitées.

« J’ai toujours eu un besoin insatiable d’apprendre », a expliqué une dame lors d’un entretien. La majorité des femmes ont en effet expliqué leur désir de poursuivre des études doctorales par la nécessité d’en apprendre toujours davantage.

Le désir de profiter d’une plus grande souplesse en matière de carrière et l’intérêt pour l’enseignement et le travail en milieu universitaire ont également été mentionnés à titre d’objectifs professionnels.

Le soutien, gage de réussite

Le soutien, à savoir les systèmes, officiels ou non, de soutien social, universitaire et financier, est essentiel à la réussite dans ce milieu, tant pour les hommes que pour les femmes.

La majorité des femmes auxquelles nous avons parlé ont dû conserver leur emploi pendant leurs études, et beaucoup d’autres ont dû prendre soin de leurs enfants ou de leurs parents âgés. Obligées de concilier leurs responsabilités habituelles et leurs études, ces femmes ont le sentiment d’être sur la corde raide.

« Les deux premières années, j’étais complètement absorbée par mes études et les membres de ma famille ont donc dû jongler avec les tâches et organiser leur vie en fonction d’une maman qui étudie et fait ses devoirs », a expliqué une femme.

Le mentorat universitaire constitue un soutien clé qui fait souvent défaut aux candidates au doctorat. Bien que trouver un mentor soit un élément important du développement universitaire pour les deux sexes, il peut être encore plus difficile pour les femmes d’établir cette relation privilégiée.

Même si, depuis 1971, les femmes comptent pour les deux tiers de la croissance des effectifs dans les universités canadiennes, elles ne comptent que pour le tiers des professeurs canadiens. Ainsi, il y a beaucoup moins de modèles féminins et de pionnières pour ouvrir les portes du milieu universitaire à leurs consœurs et pour camper le rôle de mentor auprès de ces dernières.

L’idée du mentorat était prédominante lors de chaque entretien. Les femmes qui en ont profité ont pu aller de l’avant rapidement et terminer leurs études avec confiance.

« Il aurait été utile qu’un mentor me guide dans mes études et m’aide à comprendre le processus adéquat pour me préparer à une carrière universitaire », a constaté une femme qui n’avait pu bénéficier d’un tel soutien. Celles qui ne trouvent pas de mentor ont souvent recours à des systèmes de soutien universitaire parallèles, tels que le soutien par les pairs offert par d’autres femmes du milieu.

Enfin, selon les circonstances, certaines femmes ont dû prendre des arrangements financiers particuliers, comme réduire le nombre d’heures de travail rémunéré ou demander des prêts étudiants.

L’obstacle du déménagement

Tous les étudiants au doctorat doivent envisager de déménager s’ils veulent décrocher un poste dans le milieu universitaire. Cette problématique est particulièrement prononcée au Canada, où peu de villes comptent plus d’une université.

La concurrence pour obtenir un poste est plus forte que jamais et les compressions accrues dans le domaine des sciences humaines assombrissent davantage les perspectives d’emploi. En outre, de manière générale, les universités embauchent rarement leurs propres titulaires de doctorat.

Bien que ce marché du travail soit ouvert aux hommes et aux femmes, l’obstacle du déménagement peut désavantager particulièrement les femmes, pour qui la décision de déménager est souvent liée aux gens dont elles s’occupent, à leurs relations et à des préoccupations financières.

« De nombreuses occasions [d’emploi dans le monde universitaire] se présentaient dans d’autres villes, provinces ou pays; même si j’ai posé ma candidature pour certaines d’entre elles, je suis ambivalente puisque je préférerais continuer à vivre avec mon compagnon des 35 dernières années », expliquait une femme.

« Quand le conjoint a un travail très intéressant, songer à déraciner une jeune famille pour que l’autre conjoint puisse se réaliser professionnellement est ardu », affirmait une autre.

Ces citations illustrent la tendance qu’ont les femmes à prendre en considération les besoins de leur famille ou de leur conjoint au moment de faire des choix de carrière. Elles proposent aussi que les femmes devraient examiner attentivement leurs motivations et objectifs dès le début de leurs études doctorales.

Réorienter sa carrière donne lieu à la nécessité d’envisager d’autres bouleversements. Il est important de tenir compte de telles réalités lorsqu’on entreprend des études doctorales, pour comprendre les choix qui se présentent et la souplesse avec laquelle on est en mesure de poursuivre sa carrière universitaire.

Le mois prochain, je proposerai des stratégies permettant de surmonter certains des obstacles mentionnés ci-haut. Mes collègues et moi sommes également sur le point de terminer une nouvelle étude qui met à contribution des étudiantes et des étudiants aux cycles supérieurs pour tenter de comparer les défis auxquels font face les deux sexes et d’en constater les différences.

Marlene Pomrenke est professeure et conseillère au centre de carrière et de conseils aux étudiants de l’Université du Manitoba. Carolyn Peters et Rose Barg ont coréalisé l’étude mentionnée dans le présent article. Le financement de ce projet de recherche a été accordé en partie par le Social Work Endowment Fund de l’Université du Manitoba.

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