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CONSEILS CARRIÈRE

Un professeur nouvellement retraité pèse le pour et le contre de la retraite

La retraite peut être l’occasion d’entamer une « troisième carrière » et d’essayer autre chose.

par IAN MACLACHLAN | 09 MAR 16

Moins d’une semaine s’est écoulée depuis que j’ai pris ma retraite du milieu universitaire. À 63 ans, je me rassure en pensant que je ne suis pas le seul. L’heure de la retraite a sonné pour les premières cohortes de baby-boomers, et ceux-ci s’affairent à vivre leurs premières journées de retraite. L’âge moyen de la retraite au Canada est de 61 ans, soit deux ans de moins que la moyenne dans ma province de résidence, l’Alberta. Les baby-boomers sont nés dans un monde marqué par de nombreux changements, dont, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, la création de la retraite comme étape établie du parcours professionnel. La pension de la Sécurité de la vieillesse ayant été inaugurée en 1952, la génération des baby-boomers a été la première au Canada à envisager la retraite comme une étape obligatoire. Pour eux, cette perspective a commencé à se concrétiser vers 2010.

À quelques exceptions près, la retraite obligatoire a été abolie au Canada en 2012. Même si elle demeure justifiée par certaines exigences professionnelles normales (comme les questions de sécurité publique), elle est maintenant facultative pour les professeurs d’université de tout le Canada. Ceux-ci ne sont pas tenus de prendre leur retraite, et plusieurs tardent à le faire. En effet, selon certaines estimations, près du tiers des membres du corps professoral des universités canadiennes travailleront au-delà du seuil traditionnel de la retraite de 65 ans.

Nombreux sont les professeurs qui n’arrivent tout simplement pas à imaginer une occupation plus satisfaisante que la leur. Un collègue m’a déjà fait la réflexion suivante : « Nulle part ailleurs je ne pourrais être aussi bien payé pour faire quelque chose que j’aime autant. Pourquoi prendre ma retraite si je n’ai pas à le faire? » Nous avons tous des collègues qui prévoient quitter l’université « les pieds devant ». Certains ont des dettes importantes, des économies grugées par un divorce ou une pension insuffisante en raison d’un début de carrière tardif. Une retraite volontaire peut être provoquée par des problèmes de santé imminents et l’éventualité d’une incapacité progressive.

D’autres professeurs souhaitent simplement s’éloigner du milieu universitaire et tourner le dos aux vestiges de leur vie professionnelle. Mais dans de nombreux cas, une retraite relativement anticipée permet d’expérimenter, de découvrir ce que la vie nous réserve sans les contraintes de l’enseignement et de prendre un risque. C’est l’occasion d’entamer une troisième carrière et d’essayer autre chose tout en profitant du filet de sécurité de la pension.

La troisième carrière accompagne le troisième âge, cette période de 25 ans qui survient entre 50 et 75 ans et qui est marquée par une santé relativement bonne, une stabilité financière, une diminution graduelle des obligations professionnelles et familiales et, pour la plupart des gens, le constat soudain qu’il n’est plus nécessaire de courir. C’est à ce moment que la plupart des universitaires choisiront de prendre leur retraite, laquelle sera soulignée par une forme de célébration ou de rite de passage officialisant leur nouveau statut.

Comment les gens du troisième âge libérés de leurs exigences professionnelles devraient-ils utiliser ce qu’il leur reste de vitalité? Comment donner un sens à sa vie sans ses points de repère familiers? Les réponses à cette question sont incroyablement variées, et certaines évoquent davantage la réussite que les autres. Une fois la carrière du deuxième âge terminée, réussir sa retraite devient aussi important que le succès professionnel l’a déjà été. La retraite est un nouveau départ, une nouvelle occasion de donner un sens à sa vie, de laisser sa marque et d’éprouver de la satisfaction.

Pour plusieurs professeurs, la retraite signifie la fin des attentes sociales associées au milieu de travail et à la collectivité. Le sens de la vie ne dépend plus de l’enthousiasme d’un étudiant, d’une évaluation positive, du succès d’une demande de subvention, d’un collègue heureux de la décision d’un comité ou d’une petite tape dans le dos. Nombre de professeurs se mettent en quête de nouveaux objectifs de vie et d’une nouvelle mesure de succès.

À l’opposé, pour certains nouveaux retraités, les incertitudes dont s’accompagne cette liberté sont une source de stress aussi grande que la perspective du premier jour de cours d’un semestre. Maintenant que je me suis jeté dans le vide, qu’adviendra-t-il de moi? Même si j’aimais (vraiment) mon travail, je dois admettre avoir rêvé à toutes sortes d’autres occupations pour ma troisième carrière. Bien sûr, elles seront sûrement moins bien rémunérées qu’un poste de professeur de haut rang à l’université, mais, au troisième âge, cette période privilégiée où les chèques de pension s’ajoutent souvent à d’autres revenus de retraite, l’indemnité journalière n’est plus un indicateur de la réussite professionnelle.

Ian MacLachlan a pris sa retraite en décembre 2015 après avoir enseigné la géographie pendant 30 ans, principalement à l’Université de Lethbridge.

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