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CONSEILS CARRIÈRE

Vive la diversité!

Pratiquer l'enseignement inclusif requiert d'ajuster le contenu du cours, d'en élargir le contexte et de modifier les méthodes d'enseignement

par JOY MIGHTY | 10 MAR 08

Nous faisons tous face à la diversité dans nos activités quotidiennes, puisque nous sommes amenés à croiser des gens de milieux très différents. En classe, les enseignants sont de plus en plus sensibilisés aux identités et aux expériences multiples de leurs étudiants. Les différences au chapitre de l’âge, des modes d’apprentissage, du sexe, du niveau de disposition pour les études, des compétences déjà acquises, des aptitudes, du langage, de la situation socioéconomique, de la race, de l’origine culturelle, des antécédents familiaux, de l’orientation sexuelle et d’autres volets de l’identité sociale présentent d’importants défis pédagogiques.

Les enseignants doivent donc mettre ces facteurs à profit pour améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage, afin que tous leurs étudiants aient les mêmes chances de réussir, peu importe leur parcours ou leur identité sociale. Si l’on ne tient pas compte de cette diversité, on risque d’en venir à privilégier les étudiants qui font partie de groupes dominants, que ce soit en fonction de l’âge, des aptitudes, des dispositions pour les études, du langage, du sexe, de l’origine culturelle ou de la classe sociale.

Par exemple, de nombreux étudiants de la génération actuelle, appelée génération du millénaire, démontrent des préférences d’apprentissage caractéristiques de personnes qui baignent dans les technologies de l’information et des communications depuis leur naissance et qui ont l’habitude de les utiliser. Toutefois, ils côtoient en classe d’autres étudiants qui, en raison de leur situation socioéconomique, n’ont pas un accès direct à cette technologie, que leurs camarades de classe tiennent pour acquis. Si les enseignants présument que tous y ont un accès égal, ils conçoivent inconsciemment des travaux ou des évaluations qui favorisent certains étudiants au détriment d’autres. Ignorer une telle diversité peut se traduire par des iniquités en classe, donc un traitement qui différencie les étudiants en fonction d’une caractéristique de leur identité sociale.

Il ne faut pas enseigner comme si la classe était homogène. Un enseignant doit plutôt tirer parti de la diversité pour adopter le modèle de « l’enseignement inclusif ». Ce terme réfère à une approche multifacette visant à intégrer la diversité aux programmes scolaires, aux méthodes d’enseignement et au contexte d’apprentissage afin que tous les étudiants, sans égard à leur identité sociale, aient une chance égale d’apprendre et de réussir.

L’enseignement inclusif exige de repenser trois questions pédagogiques cruciales sur :

le contenu (que devrait-on inclure dans le programme scolaire?);
la forme (quels processus d’apprentissage devrait-on utiliser?);
le contexte (quel type de contexte d’apprentissage devrait-on encourager?).

Le contenu

De plus en plus d’établissements offrent maintenant des cours qui préparent les étudiants à bien vivre la diversité. En tenant compte d’une diversité croissante, de l’économie mondiale ainsi que de l’instabilité du climat politique et économique, les universités élaborent des moyens pour aider les étudiants à apprendre à gérer les conflits et à acquérir des compétences en matière de relations humaines, et ainsi favoriser les échanges interculturels. L’une des approches préconisées consiste à inclure dans le programme scolaire des cours à option sur certains aspects de la notion de diversité, par exemple sur l’origine ethnique, l’antiracisme et les communications interculturelles. Toutefois, ces derniers sont donnés en périphérie des cours existants et ne font pas partie intégrante du programme; de plus, puisqu’il s’agit de cours optionnels, les étudiants choisissent fréquemment de ne pas y participer.

La façon la plus efficace de situer la diversité au cœur des programmes est d’y faire place dans chacun des cours. Les enseignants déterminent habituellement la matière en jugeant de sa pertinence ou de son importance pour les étudiants. Consciemment ou non, ils optent souvent pour la méthode avec laquelle ils sont le plus à l’aise, sans reconnaître que leur bagage universitaire s’inscrit dans une perspective sociale et politique précise, qui n’est donc pas à l’abri d’une distorsion culturelle. L’enseignant communique ses valeurs lorsqu’il cite des chercheurs ou aborde des problèmes qu’il considère importants.

L’enseignement inclusif nous pousse à remettre en question les paradigmes actuels et à nous interroger sur les valeurs culturelles que nous prônons. En d’autres termes, il s’agit d’intégrer au programme scolaire divers points de vue et différents types de matériel pertinents afin d’exposer constamment les étudiants à un contenu approprié et diversifié. Un étudiant ne devrait jamais se sentir marginalisé en raison de distorsions, de déséquilibres ou d’omissions dans le cadre d’un cours, ni voir son point de vue renforcé parce que l’enseignant juge qu’il s’agit du seul qui mérite d’être étudié. Tous les étudiants doivent se sentir bien accueillis dans les établissements, et les programmes scolaires doivent, dans une certaine mesure, être adaptés à leur culture.

Nous devons nous poser les questions suivantes par rapport au contenu de chacun des cours que nous donnons :

  • Le matériel pédagogique reflète-t-il différents points de vue? Le contenu propose-t-il aux étudiants un large éventail de cas et d’exemples qui illustrent la participation de gens de toutes les origines au domaine étudié?
  • Le cours représente-t-il rigoureusement la discipline? Le cours propose-t-il des opinions ou des points de vue de gens auxquels une diversité d’étudiants peut vraiment s’identifier?
  • Le cours aide-t-il les étudiants à acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour interagir efficacement avec une diversité de gens, individuellement ou en groupe?
  • Le cours préconise-t-il des valeurs, des attitudes et des comportements qui appuient le pluralisme culturel?

La forme

Pour changer la matière enseignée, il faut changer la manière dont nous enseignons. L’enseignement inclusif se traduit par l’utilisation de méthodes d’enseignement et d’activités d’apprentissage favorisant le respect des différences. Par exemple, nous pouvons :

  • concevoir un répertoire de méthodes d’enseignement qui répondent à divers modes d’apprentissage;
  • utiliser des méthodes pédagogiques prônant la collaboration et l’interaction, valoriser consciemment la diversité dans le cadre de l’enseignement, pour permettre aux étudiants d’adopter une attitude de collaboration plutôt que de concurrence;
  • aider les étudiants à mieux comprendre les points de vue et les expériences d’autrui en leur fournissant la possibilité :
  • de parler à tour de rôle de leurs propres expériences, préoccupations et attitudes;
  • d’interagir de façon positive et constructive avec les gens ayant une identité sociale différente;
  • d’amorcer une autoréflexion;
  • de générer des stratégies d’application concrète de la matière apprise.

Le contexte

L’enseignement inclusif signifie favoriser des contextes d’apprentissage non menaçants, où le sentiment de sécurité et de confiance permet aux étudiants d’accepter que la diversité englobe tous les groupes identitaires. En d’autres termes, il s’agit de favoriser les contextes d’apprentissage où tous les étudiants se sentent importants et sont en mesure d’apprendre à apprécier « l’autre ».

Voici quelques façons de favoriser ces contextes :

  • Au début du cours, prenez le temps de discuter et d’établir un code de conduite ou un consensus sur le comportement approprié en classe.Soyez conscient de votre comportement non verbal en classe : Accordez-vous plus d’attention à un groupe identitaire en particulier? Vous adressez-vous constamment aux étudiants d’un seul groupe identitaire?
  • Assurez-vous que des mesures d’accessibilité ont été prises pour permettre aux étudiants handicapés de participer pleinement au cours, au même titre que les autres. Votre plan de cours comprend-il un énoncé indiquant aux étudiants qui présentent des besoins spéciaux que vous êtes prêt à les accommoder (par exemple, leur permettre de passer les examens dans une pièce différente si nécessaire)?
  • élevez-vous contre les remarques racistes, sexistes, homophobes ou intolérantes visant tout groupe identitaire. Insistez, par exemple, sur l’utilisation d’un langage sans discrimination sexuelle.

L’enseignement inclusif se définit par son dynamisme et l’attention portée aux choix que nous faisons dans le cadre de notre enseignement, à la manière dont nous enseignons et au contexte d’apprentissage que nous créons. Tout compte fait, les meilleurs enseignants sont ceux qui s’assurent que tous leurs étudiants réussiront le cours, quels que soient leur parcours scolaire ou leurs origines sociales.

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