Des récompenses immatérielles
À quels comités siéger? Des questions pour guider vos choix.
par Christine Overall
Dans le cadre de ses fonctions, un professeur d’université doit accomplir ce qu’il est convenu d’appeler des tâches de service qui comptent généralement pour 20 pour cent de la charge de travail de ceux qui occupent un poste permanent ou menant à la permanence. Nous connaissons tous des gens qui en font beaucoup – de bons citoyens consciencieux qui ne se contentent pas de répondre à l’appel du devoir. Nous en connaissons aussi qui en font peu. Trop peu, parfois.
Il y a d’abord les profiteurs. S’ils siègent à un comité dont les membres sont plutôt nombreux, ces personnes se permettent de travailler peu ou pas du tout, voire de sauter des réunions. Néanmoins, leur participation au comité est mentionnée dans leur CV. On remarque ensuite un phénomène, chez les professeurs, que nous pourrions appeler l’impuissance volontaire, c’est-à-dire que, en se montrant incompétent ou irresponsable, on reçoit de moins en moins d’invitations à siéger aux comités, jusqu’à en être complètement écarté.
Il y a donc probablement un aspect moral à la décision de siéger ou non à un comité.
Le nombre de tâches dites de service s’accroît tellement qu’une part grandissante de ce que nous faisons à l’université n’est pas directement liée à nos responsabilités fondamentales, soit la recherche et l’enseignement. Au lieu de cela, nous nous devons de produire des indicateurs de rendement, de mener des évaluations de programme, de concevoir des plans universitaires, de véhiculer une publicité positive pour notre université, de nous débrouiller avec des ressources extrêmement restreintes et de recueillir des fonds auprès de donateurs et d’entreprises.
Le volume de ces tâches augmente, mais pas nécessairement le nombre de professeurs à temps plein. En effet, les universités embauchent plutôt des chargés de cours qui ne sont pas tenus de consacrer du temps aux comités. Il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’ils le fassent pour rendre service. Résultat? De moins en moins de professeurs à temps plein pour abattre une charge de travail de plus en plus élevée au sein des comités. Cette pléthore d’« occasions » de service peut s’avérer plus imposante encore pour les femmes, les membres des minorités visibles, les personnes handicapées ou les Autochtones, puisque chaque comité doit compter en son sein des représentants symboliques de ces différents groupes.
Les professeurs qui occupent un poste menant à la permanence peuvent, pour leur part, soit être protégés contre ces demandes déraisonnables par leurs chefs de département ou leurs syndicats, soit se sentir forcés de remplir une double fonction par peur de ne pas obtenir la permanence s’ils refusent de se conformer à ces demandes. La situation semble moins dangereuse pour les professeurs permanents.
Malgré cela, et même si le temps accordé aux comités n’apporte que peu de récompenses matérielles, le fait de ne pas respecter certaines règles tacites par rapport aux tâches de service peut être sanctionné par une réduction des bourses d’excellence ou par une restriction de l’accès à divers privilèges universitaires comme les horaires d’enseignement avantageux, les cours convoités, l’affectation d’assistants à l’enseignement ou le renouvellement du mobilier de bureau.
Existe-t-il donc une manière raisonnable, autre que l’autodéfense, de décider de quels comités faire partie et combien de temps y consacrer? Lorsqu’on m’invite à faire partie d’un comité, je me pose dorénavant deux questions avant de prendre une décision. Premièrement, ce comité fait-il bouger les choses de manière justifiée et positive? Certains comités n’agissent qu’en apparence.
Ils existent soit parce qu’un document obsolète l’ordonne, soit pour homologuer une décision déjà prise, mais qui exigent l’imprimatur. Par conséquent, je refuse de siéger aux comités correspondant à l’une ou à l’autre de ces catégories. À quoi bon rendre service si je ne peux pas contribuer à la création de politiques et à la prise de décisions qui auront de réelles retombées sur les étudiants, les professeurs et le personnel et qui consolideront notre mandat d’enseignement et de recherche?
Même si elle exige une bonne connaissance de soi, il est plus facile de répondre à ma deuxième question : est-ce que je peux, moi, faire bouger les choses au sein de ce comité? Mes expériences, mes compétences et mes observations feront-elles progresser les travaux du comité, ou suis-je là seulement pour que les gens puissent dire qu’on pouvait compter sur la présence de X ou que X représentait un groupe minoritaire devant être consulté par le comité?
J’ai découvert avec bonheur que répondre à ces questions offre trois bénéfices. D’abord, le nombre d’offres que je serais portée à accepter s’est restreint. Ensuite, cela me fournit des arguments convaincants et justifiés sur lesquels je peux m’appuyer lorsque je refuse une invitation. (Avec discernement et sans tout dire. Aucun président n’aime entendre que son comité n’est qu’une machine à apposer des sceaux. Je préfère donc dire aux gens que je ne cadre pas avec certains types de comités.) Enfin, il est plus probable, de cette manière, que je siège à un comité qui apporte une contribution, aussi minime soit-elle, au bien-être de l’université.
Christine Overall enseigne au département de philosophie de l’Université Queen’s.