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Des universitaires se tournent vers le financement collectif pour démarrer leurs projets de recherche

Le financement collectif gagne des adeptes, que ce soit pour financer les premiers stades de la recherche, collecter des fonds ou faire la mise en marché.

par Moira MacDonald

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En septembre, après l’obtention de sa maîtrise en sciences appliquées de l’Université de Toronto, Will Walmsley comptait partir découvrir le monde. Il est plutôt devenu PDG et concepteur-chef de Whirlscape Inc., une entreprise issue d’un projet de recherche que lui-même et Xavier Sengrove ont mis sur pied dans le cadre de leurs études de maîtrise sous la houlette de leur professeur, Khai Truong. Les deux cofondateurs sont en effet parvenus à mettre en marché une technologie mobile appelée Minuum, partiellement grâce à du financement collectif.

En mars dernier, ils ont recueilli 10 000 $ en moins de 14 heures par l’entremise de la plateforme Indiegogo. Ils sont finalement parvenus à recueillir 87 000 $ pour la première phase de valorisation de Minuum et ce, sans que la plupart des 10 000 dons dépassent 5 $ (les sites de financement collectif comme Indiegogo, basé à San Francisco, n’imposant pas de somme plancher).

Le financement collectif est surtout adapté aux projets qui présentent un grand intérêt pour le public. La technologie Minuum a su séduire les utilisateurs de téléphones mobiles qui n’arrivent pas à écrire sur ces petits appareils en leur proposant un clavier dont les touches sont disposées en une seule rangée, assorti d’un correcteur automatique ultraperformant.

L’utilité du financement collectif pour le milieu universitaire ne se borne pas à la valorisation des idées. Personnel et professeurs y ont recours pour collecter des fonds à d’autres fins : développement des universités, financement des premières étapes de recherche, etc.

Dan Gillis, professeur adjoint et statisticien à la faculté d’informatique de l’Université de Guelph, a réussi à recueillir 15 000 $ grâce au site Microryza axé sur le financement collectif de la recherche scientifique, dont la page d’accueil invite les internautes à repérer les projets qui les intéressent pour y contribuer directement et bénéficier de leurs retombées. L’équipe de M. Gillis souhaite mettre à l’essai un site qui relie directement les donateurs potentiels d’une banque alimentaire avec le personnel de celle-ci pour savoir quels sont les besoins.

Microryza entend contribuer au financement des projets jugés trop risqués ou insuffisamment avancés par les bailleurs de fonds traditionnels. Les chercheurs qui savent recueillir des fonds rapidement sont ensuite en mesure de publier des données préliminaires susceptibles de rendre leur projet plus attrayant aux yeux des grands organismes de financement. Selon M. Gillis, le financement collectif peut énormément aider au financement des premiers stades de la recherche. Il permet aux chercheurs, s’ils arrivent à recueillir suffisamment d’argent, d’éviter les pertes de temps liées au financement traditionnel (demandes, examens, etc.).
Le projet de M. Gillis a été le premier projet canadien financé grâce à Microryza, mais non le dernier. Ainsi, en juillet, une campagne de financement a été lancée sur le site pour recueillir 75 000 $ au profit d’un projet dirigé par Hyman Schipper, professeur de neurobiologie à l’Université McGill, afin de tester un médicament pour le traitement des maladies d’Alzheimer et de Parkinson.

Selon Cindy Wu, l’une des deux diplômées en sciences de l’Université de Washington cofondatrices de Microryza en 2012, le site, basé à San Francisco, a déjà reçu plus de 500 propositions, et ce nombre va croissant. Microryza veille à ce que les propositions acceptées correspondent à des recherches scientifiques novatrices menées par des chercheurs dignes de ce nom. Sur ce type de sites de financement collectif, les fonds ne sont versés aux projets présents que si leur objectif global est atteint. Microryza prélève une commission de cinq pour cent sur chaque projet couronné de succès, et les donateurs sont autorisés à prendre connaissance des résultats du projet.

Le financement collectif peut aider non seulement au financement de la recherche, mais également à la collecte de données. Dans le cadre de la campagne uBiome, menée sur Indiegogo au profit des premières phases d’un projet de l’Université de Californie, les donateurs ont été invités à acquérir une trousse de prélèvement d’échantillons biologiques, à expédier ensuite pour analyse par séquençage de l’ADN. Chaque microbiome (mélange unique de bactéries présent dans différentes parties du corps) reçu dans le cadre de uBiome est analysé et comparé à celui des autres participants, après quoi, avec l’accord de la personne concernée, les résultats sont versés dans la base de données du projet axé sur la cartographie du microbiome humain. Les participants ont accès aux résultats de l’analyse de leur microbiome et de sa comparaison. Un projet antérieur, mené par les National Institutes of Health, avait permis d’analyser le microbiome de 250 individus. La campagne uBiome vise celle de milliers d’entre eux.

Le personnel universitaire utilise le financement collectif au profit du développement des universités. À Vancouver, l’Université Emily Carr d’art et de design s’est ainsi lancée dans une campagne de longue durée visant à recueillir 21 millions de dollars pour la construction d’un nouveau campus. Un montant équivalent à celui recueilli auprès des anciens de l’établissement dans le cadre de la campagne Match It Up menée sur Indiegogo, sera versé au projet à même un fonds créé par un membre du conseil d’administration de l’établissement, Bob Rennie. L’établissement s’est fixé comme objectif de recueillir 5 000 $ auprès des anciens, l’exercice ayant principalement pour but d’entrer en contact avec eux. Broek Bosma, vice-recteur adjoint à l’avancement et aux anciens, souligne que comme beaucoup de ces derniers travaillent dans le secteur créatif, d’où est issu le financement collectif, ils connaissent bien cet outil.

Malgré l’intérêt qu’il suscite, le financement collectif a ses limites. « Certains croient à tort qu’il suffit de prendre quelques photos et de publier une vidéo pour que l’argent afflue », précise M. Bosma. C’est faux, comme l’illustrent les nombreuses campagnes de financement collectif qui peinent à décoller. Les projets qui sont couronnés de succès ont des objectifs qui interpellent les donateurs potentiels, aucune promesse excessive n’est faite en matière de résultats ou de communication de données et, souvent, leurs responsables misent également sur d’autres outils pour attirer l’attention (médias sociaux, communiqués de presse, etc.).

Le financement collectif est une nouvelle méthode assortie de certains risques, comme le souligne M. Gillis. Il se pourrait que les sites de financement collectif en viennent à crouler sous les propositions, et nul ne sait dans quelle mesure les comités de permanence et de promotion tiendront compte du recours à cette pratique dans l’évaluation des activités de recherche et des réalisations individuelles. Malgré tout, Mme Wu reste optimiste : « Jamais les humains ne seront à court d’idées en matière recherche! »

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