Le rêve de Champlain par David Hackett Fischer

Un ouvrage historique consacré à la vie et à l’époque de l’explorateur français Samuel de Champlain, père de Nouvelle-France, a su se hisser parmi les coups de cœur de nombreux recteurs canadiens. Il circule même en ce moment dans les bureaux de l’Association des universités et collèges du Canada (AUCC).

Intitulé Champlain’s Dream, l’ouvrage de l’historien universitaire David Hackett Fischer, déjà lauréat d’un prix Pullitzer, est d’abord paru en anglais en 2008. Il est disponible en français depuis avril 2011, dans une traduction française de Daniel Poliquin intitulée Le rêve de Champlain. J’ai eu la chance d’en emprunter un exemplaire à un collègue avant les Fêtes… et l’ai dévoré en quelques jours, captivé! Évidemment, en tant que descendant de colons français établis au Québec vers le milieu du xviie siècle, je ne pouvais qu’être fasciné par cet ouvrage consacré à la vie de mes ancêtres au cœur même du territoire que les Canadiens-Français considèrent comme leur depuis près de quatre siècles.

Je suis néanmoins convaincu que cet ouvrage interpellera tous les Canadiens qui s’intéressent à l’histoire du Canada et aux débuts de la colonisation en Amérique du Nord. Je souscris pleinement à la critique du National Post, reprise au dos de l’édition canadienne, qui parle d’un « livre que chaque Canadien devrait avoir dans sa bibliothèque ». D’autres critiques ont même parlé de « chef-d’œuvre », d’« ouvrage fascinant » ou de « biographie de référence de Champlain ».

L’existence de cet ouvrage, pressenti pour le Prix Cundill en 2009, a d’abord été portée à ma connaissance par le président-directeur général de l’AUCC, Paul Davidson, à qui en avait  parlé le recteur de l’Université de la Sasktachewan et ancien président du conseil d’administration de l’AUCC, Peter MacKinnon. M. Davidson a tant apprécié le livre qu’il en a offert un exemplaire à Michel Belley, recteur de l’Université du Québec à Chicoutimi, lorsqu’il est devenu président du conseil d’administration de l’AUCC. M. Davidson a également fait parvenir une note à David Johnston, alors recteur de l’Université de Waterloo, pour lui en recommander la lecture. M. Johnston a été à ce point captivé par celle-ci que, le jour de sa désignation à titre de 28e gouverneur général du Canada, il s’est présenté à la tribune avec un exemplaire de Champlain’s Dream, qu’il a même évoqué dans son discours. Il a également fait allusion à la biographie de Champlain lors de sa prise de fonction officielle, et à maintes autres reprises depuis.

M. Davidson a offert un nouvel exemplaire de l’ouvrage de David Hackett Fischer, cette fois en français, à M. Belley lorsqu’a pris fin son mandat de président du conseil d’administration de l’AUCC à l’automne dernier. Cet exemplaire portait la dédicace de l’auteur, que M. Davidson a rencontré en 2011 à Fredericton dans le cadre du Congrès des sciences humaines.

Né vers 1570, Samuel de Champlain est mort à Québec le jour de Noël 1635. Il fut un auteur prolifique, un pionnier de l’ethnographie, un célèbre explorateur et un marin hors pair. Sans lui, le Canada français n’aurait peut-être jamais vu le jour. Cela dit, comme l’écrit clairement Hackett Fischer, Champlain était aussi un rêveur, un visionnaire et un humaniste. Je me permets de citer la traduction de Daniel Poliquin :

« Ne serait-ce que par sa résilience exemplaire, sa vie connaît peu d’égales. Mais il ne s’agissait pas que de cela. Champlain […] était un homme de vision, et comme chez tout visionnaire, ses rêves étaient multiples. Plusieurs spécialistes ont disserté sur le rêve qu’il avait de découvrir le passage conduisant à la Chine. D’autres ont fait état de son rêve de colonisation de la Nouvelle-France. Mais toutes ces visions s’inscrivaient dans un rêve plus large qui n’a encore fait l’objet d’aucune étude. Ce soldat las des guerres rêvait d’humanité et de paix dans un monde de cruauté et de violence. Il entrevoyait un monde nouveau où des gens de cultures différentes pourraient vivre ensemble dans l’amitié et la concorde. C’est ce qui devint son grand dessein en Amérique du Nord. »

Le cahier Sunday Book Review du New York Times a pour sa part commenté en ces termes l’ouvrage de David Hackett Fischer :

« La thèse de l’auteur de Champlain’s Dream est que Champlain fut un personnage héroïque admirable. Cette thèse peut paraître audacieuse par les temps qui courent tant elle va à l’encontre de la dernière tendance en matière d’historiographie, qui consiste à démystifier et à dénigrer la plupart des « hommes blancs morts », en particulier les explorateurs et conquérants. Il est vrai que beaucoup d’entre eux méritent l’opprobre pour les massacres et autres mauvais traitements qu’ils ont infligés aux populations autochtones. Mais Champlain était différent. Il cherchait plus à apprendre des Amérindiens et à coopérer avec eux qu’à les exploiter. Il a d’ailleurs traité la plupart de ceux qu’il a croisés avec “dignité, tolérance et respect” et, comme l’écrit Hackett Fischer, la majorité d’entre eux ont fait de même : « Il avait les manières directes d’un soldat; les guerriers amérindiens l’appréciaient et le respectaient vraiment. »

On est là très loin des relations entretenues par la plupart des conquérants de l’époque avec les Autochtones des Amériques. Parallèlement, Champlain a été à l’origine de l’implantation durable de trois populations et cultures francophones en Amérique du Nord : québécoise, acadienne et métis. Il a également su explorer une région plus que vaste du continent nord-américain, que se partagent aujourd’hui six provinces canadiennes et cinq États américains. Champlain a en prime effectué 27 traversées de l’Atlantique et des centaines d’autres voyages, sans jamais perdre le moindre navire placé sous son commandement. Comme l’écrit Hackett Fischer : « Le plus important chez Champlain, ce n’est pas qu’il ait fait l’une ou l’autre de ces choses; c’est qu’il ait accompli toutes ces choses, et ce, en à peine trois décennies, en dépit des échecs et des défaites. »

Cela vous intrigue? Plongez-vous alors sans tarder dans Le rêve de Champlain.

Depuis des années, les gouvernements fédéraux s’efforcent tour à tour de promouvoir l’« économie du savoir » comme essentielle à la prospérité future du pays. Tout récemment, le ministre des Finances, Jim Flaherty, déclarait que « notre richesse renouvelable nationale la plus importante, c’est notre matière grise ».

Un élément central de l’économie du savoir consiste en la formation de titulaires de doctorat, un domaine où le Canada semble à la traîne. Au cours d’un récent symposium sur la formation des scientifiques organisé dans le cadre de la troisième Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes (CPSC) à Ottawa, Olga Stachova, directrice de l’exploitation du réseau de recherche MITACS, a souligné que le nombre de titulaires de doctorat au Canada a augmenté de 13 pour cent de 1986 à 2006. Toutefois, pendant cette période, l’augmentation moyenne parmi les pays de l’OCDE s’élevait à 40 pour cent. Le Canada est ainsi passé du 20e au 23e rang pour le nombre de titulaires de doctorat par habitant.

Plus inquiétant encore, selon les conférenciers et les participants au symposium, quelque chose cloche avec la formation au doctorat et au postdoctorat au Canada. Ils ont exprimé cette impression dans le contexte des sciences biomédicales et naturelles, mais je pense que leurs commentaires pourraient tout aussi bien s’appliquer au domaine des sciences humaines.

Le problème n’est pas nouveau : la plupart des étudiants au doctorat entrevoient une carrière en milieu universitaire. Cependant, comme plusieurs l’ont fait remarquer au symposium, moins d’un titulaire de doctorat sur cinq obtiendra un poste en milieu universitaire et la formation des doctorants ne les prépare pas pour une carrière hors de ce milieu. Je vous invite à lire mon article sur le symposium, intitulé « Le Canada décerne-t-il trop de doctorats? ».

Des sentiments similaires ont été exprimés au sommet World Innovation Summit for Education tenu au début de novembre au Qatar. « Les doctorants doivent certes continuer d’approfondir leurs connaissances dans leur discipline, mais ils doivent également acquérir des compétences plus diversifiées en matière d’entrepreneuriat, de souplesse et de compréhension de l’économie. Les étudiants doivent pouvoir envisager les liens entre leur contribution créative et l’industrie », affirme Deborah Buszard, professeure au College of sustainablility de l’Université Dalhousie, citée dans le University World News.

(Ce n’est pas un hasard si de nombreux rapports, incluant le tout récent rapport Jenkins, font état du piètre rendement du Canada en matière d’innovation commerciale. Ces deux éléments sont sûrement reliés.)

Affaires universitaires a traité le sujet en profondeur en 2010 dans son article « Dites-nous ce qui nous attend vraiment : Les universités doivent mieux préparer les doctorants à une carrière hors du milieu universitaire » et sa suite « Des étudiants aux cycles supérieurs mieux préparés ».

On jette le blâme pour cette formation inadéquate sur les universitaires eux-mêmes. Selon Alan Bernstein, président fondateur des Instituts de recherche en santé du Canada, « les doctorants et les postdoctorants ne devraient pas se voir simplement comme des clones de leurs mentors universitaires. Ce paradigme est dépassé. Et c’est l’université – les mentors – qui est à blâmer ».

M. Bernstein réprimande également les universitaires de perpétuer la notion qu’une carrière hors du milieu universitaire est un échec d’une certaine manière. « Nous devons nous éloigner d’un ordre hiérarchique selon lequel les bons étudiants font carrière dans le milieu universitaire et les moins bons vont ailleurs », précise-t-il.

Ian Chubb, scientifique en chef pour le gouvernement australien, a émis un commentaire similaire la veille à la conférence sur les politiques scientifiques : « Nous devons demander aux universités de changer la façon dont elles forment les titulaires de doctorat afin qu’ils acquièrent certaines des compétences générales dont ils auraient besoin pour travailler hors du milieu universitaire, tout en les préparant psychologiquement à ne pas juger cette orientation comme un choix de deuxième ordre. »

Les choses seraient en train de changer, mais pas assez rapidement semble-t-il. Mme Stachova a fait mention de l’excellent programme Accélération du réseau MITACS, qui permet à des étudiants aux deuxième et troisième cycles de mener des recherches en collaboration avec un partenaire de l’industrie. (Affaires universitaires a publié un article à ce sujet ici.)

Dans son plus récent mémoire prébudgétaire (PDF), l’Association des universités et collèges du Canada, recommande au gouvernement fédéral d’investir dans le talent « en s’engageant à consacrer jusqu’à 15 millions de dollars à la création de 500 stages rémunérés de 12 mois d’une valeur de 30 000 $ assortie d’une subvention de contrepartie de l’employeur. Ce programme de stages favoriserait l’intégration des étudiants aux cycles supérieurs et des diplômés au marché du travail, plus particulièrement dans les petites et moyennes entreprises ».

Enfin, bien que je sache que ce n’est pas leur fonction principale à titre de fonctionnaires scientifiques, je n’ai pu m’empêcher de remarquer que M. Bernstein et sa collègue Suzanne Fortier, présidente du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, semblaient avoir très peu de conseils à offrir aux titulaires de doctorat et aux postdoctorants plutôt anxieux qui assistaient à la CPSC. M. Bernstein a proposé aux titulaires de doctorat d’envisager de devenir des enseignants au secondaire ou de poursuivre une carrière dans le domaine vaguement défini de la « diplomatie scientifique ». Mme Fortier affirme pour sa part qu’il reviendra aux étudiants de créer eux-mêmes les « emplois de demain », et elle leur prodigue des encouragements à cet effet.

Comme beaucoup de magazines (pour ne pas dire la plupart d’entre eux), Affaires universitaires a largement recours à des rédacteurs à la pige. Comme nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’embaucher des rédacteurs à temps plein pour alimenter les pages du magazine (et du site Web), nous comptons sur l’excellent travail de nos collaborateurs réguliers.

Nous leur offrons une rémunération concurrentielle par rapport aux normes de l’industrie, sauf que ces normes sont effroyablement peu élevées. Ils reçoivent en moyenne entre 0,50 $ et 1 $ le mot, ce qui fait qu’un article de 1 500 mots peut rapporter jusqu’à… je vous laisse faire le calcul. Les pigistes à temps plein peuvent se considérer chanceux s’ils gagnent 40 000 $ par année, et bon nombre touchent un revenu considérablement moindre. Le travail se fait parfois rare, et ils n’ont pas droit aux avantages sociaux. De plus, les tarifs stagnent depuis au moins deux décennies.

Nous aimerions bien évidemment offrir une meilleure rémunération à nos collaborateurs, mais notre budget est limité. Si nous les payons plus, nous devrons réduire les dépenses ailleurs, comme dans la photo, la conception ou la qualité du papier.

Ces considérations vous semblent-elles familières? Comme vous l’avez sans doute deviné à la lecture du titre, je trace un parallèle entre les rédacteurs pigistes et les chargés de cours. Les universités ont abondamment recours à ces travailleurs à temps partiel sous-payés, mais elles n’ont tout simplement pas les moyens de les payer plus ou, hélas, de leur offrir un poste à temps plein menant à la permanence.

Je sympathise avec les universités canadiennes. Ce n’est pas comme si elles avaient suspendu l’embauche : selon l’Association des universités et collèges du Canada, près de la moitié des professeurs sont entrés en poste au cours de la dernière décennie. En plus de remplacer ceux qui partent à la retraite, les universités ont embauché quelque 8 000 professeurs pendant cette période.

Les effectifs continuent toutefois d’augmenter – le nombre d’étudiants à temps plein a plus que doublé depuis 1980 –, et à un rythme plus rapide que celui du corps professoral. Résultat : les ratios étudiants-professeur ont augmenté, et les universités ont davantage recours à des chargés de cours sous-payés.

Je me demande souvent comment les professeurs permanents perçoivent les chargés de cours. Sont-ils mal à l’aise que des collègues hautement qualifiés soient traités comme des professionnels de deuxième ordre? Éprouvent-ils un sentiment de solidarité, ou préfèrent-ils simplement ne pas y penser?

C’est un casse-tête que je ne connais que trop bien. Peut-être pourrions-nous offrir une meilleure rémunération à nos collaborateurs à la pige et améliorer leurs conditions de travail de façon générale. Au cours des dernières années, certains ont adhéré à des syndicats qui réclament des tarifs plus élevés et uniformes, et nous nous y sommes conformés.

Bien entendu, le parallèle entre les chargés de cours et les rédacteurs pigistes n’est pas parfait. Beaucoup de rédacteurs choisissent la pige parce qu’ils aiment la liberté qu’elle leur procure, même si elle est moins bien rémunérée. Je suis convaincu que les chargés de cours (que vous appelez peut-être enseignants contractuels ou adjoints) aiment aussi leur travail, mais que la plupart abandonneraient volontiers leur mode de vie itinérant pour un poste à temps plein assorti d’avantages sociaux.

J’ai été surpris récemment de trouver dans ma boîte aux lettres (la vraie boîte aux lettres en bois, qui se trouve sur mon bureau, et non ma boîte aux lettres électronique!) : The Bulletin, le journal publié par l’Université de Toronto (U de T) depuis 1943, annonçait en première page qu’il cessera d’être publié après ce numéro du 20 septembre. Pour le remplacer, l’U de T a lancé un site Web de nouvelles, le U of T News. L’Université continuera de d’envoyer deux fois par semaine son bulletin électronique, autrefois intitulé eBulletin, qui a été rebaptisé The Bulletin.

Michael Kurts, vice-recteur adjoint, communications stratégiques et marketing, à l’U de T affirme que ce changement survient en réponse aux commentaires des lecteurs. « Au printemps dernier, un sondage nous a indiqué qu’une très grande majorité de nos lecteurs préféraient recevoir les nouvelles de l’Université par voie électronique, alors nous répondons à leur demande. »

Comme j’ai passé une grande partie de ma carrière dans les journaux, je suis toujours un peu triste de voir disparaître une publication papier, bien que je comprenne la logique et les raisons d’un tel changement. Publier en ligne coûte évidemment beaucoup moins cher, sauve des arbres et est toujours plus à jour. En outre, une fois en ligne, le lecteur est facilement relié à tous les médias sociaux de l’Université.

La tendance n’est toutefois pas nouvelle. Il y a cinq ans j’ai effectué auprès des directeurs des communications dans les universités canadiennes un sondage non officiel dans lequel se trouvait la question : « Votre département songe-t-il à remplacer la publication du journal (pour les professeurs, le personnel, et la collectivité externe) par une publication électronique? » À l’époque, neuf participants avaient répondu ne pas envisager un tel changement, trois avaient répondu l’avoir envisagé mais y avaient renoncé, neuf avaient répondu l’envisager, et six avaient déjà effectué le changement. Aujourd’hui, je pense que tous répondraient envisager le changement ou l’avoir déjà effectué.

Il y a encore des universités qui publient d’excellents journaux de format tabloïd, comme le UBC Reports de l’Université de la Colombie-Britannique, le Forum de l’Université de Montréal (U de M), et Au fil des évènements de l’Université Laval, pour ne nommer que ces trois publications exemplaires. De nombreux autres ont lentement disparu, particulièrement dans les établissements de petite taille où les publications sont souvent des bulletins de format lettre (8½ x 11). Il y a plusieurs années, je recevais plus d’une cinquantaine des publications universitaires régulières; ce nombre est maintenant passé à à peine une vingtaine.

Maintenant voici ce qui se produit : quand je reçois la version papier du Forum, de l’U de M, je n’y jette qu’un coup d’œil rapide parce que j’ai déjà reçu le bulletin électronique (ici) quelques jours auparavant avec des liens vers le contenu intégral en ligne. Je dois dire que cette façon de recevoir les nouvelles des universités me plaît. La plupart des universités de grande taille envoient un bulletin électronique hebdomadaire ou régulier dans lequel se trouvent toutes les dernières nouvelles du campus, et je pense que c’est la meilleure façon de faire.

Pendant mon séjour en Australie le mois dernier, j’ai vécu l’expérience étrange de devoir participer au recensement national. Le processus de recensement semble s’y dérouler sans controverse et la plupart des Australiens s’y conforment avec plaisir. Tout un contraste par rapport à la situation au Canada.

Comme bon nombre de lecteurs se rappelleront sans doute, le gouvernement fédéral canadien a annoncé à la fin de juin 2010 son intention d’éliminer l’obligation de remplir le questionnaire de recensement détaillé, envoyé à un ménage sur cinq, et de le remplacer par l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) à participation volontaire. Cette décision, qui a pris tout le monde par surprise, a donné lieu à des mois de critiques et de débats animés.

Aux fins du recensement, combien y a-t-il de chambres à coucher dans une fourgonnette de camping?

En Australie, le recensement a eu lieu le 9 août, et tous les participants avaient reçu l’instruction de le remplir en fonction de leur situation le soir même. Dans les semaines précédentes, le slogan du recensement, « Shed some light on census night » (« Le soir du recensement, faites la lumière ») résonnait dans les annonces diffusées partout au pays.

Contrairement au Canada, où la plupart des ménages sont seulement tenus de remplir un court questionnaire de huit questions – auquel deux questions sur la langue ont été ajoutées cette année –, l’Australie oblige chaque ménage à remplir un questionnaire complet d’une soixantaine de questions. (Malheureusement, je n’ai pas été en mesure de trouver une version électronique du questionnaire de recensement australien, mais ce document d’information de l’Australian Bureau of Statistics explique clairement la nature et le contenu du formulaire de 2011.)

Les questions posées en Australie sont similaires à celles de l’ancien questionnaire détaillé du recensement au Canada et de l’ENM qui l’a remplacé. Comme je l’ai mentionné précédemment, tous les ménages australiens sont tenus de remplir le questionnaire long. De plus, j’ai été surpris de découvrir que cette exigence s’applique à quiconque passe la nuit du recensement en Australie, y compris les non-citoyens et les visiteurs. Je m’y suis donc conformé avec plaisir.

Au Canada, les changements controversés annoncés en 2010 sont entrés en vigueur lors du recensement réalisé en mai dernier. Presque tous les utilisateurs des données du recensement se sont férocement opposés aux changements, qu’il s’agisse de groupes de citoyens, d’associations, d’administrations municipales ou d’universitaires, lesquels sont nombreux à utiliser ces données dans le cadre de leurs travaux de recherche. La principale préoccupation des opposants aux changements tenait à la nature volontaire de l’ENM qui risque de diminuer le taux de réponse et entraîne un biais d’autosélection (fondé sur la probabilité que certains groupes soient moins susceptibles que d’autres de participer), faussant les résultats et diminuant leur fiabilité.

D’ailleurs, tout indique que cette prophétie est en train de se réaliser. Selon le blogue de l’Association canadienne des utilisateurs de données publiques, les taux de participation à l’ENM chez les personnes qui ont répondu au recensement en ligne n’étaient que d’environ 60 pour cent, et l’auteur prédit que ces mêmes taux seront encore moins élevés chez ceux qui ont rempli le questionnaire en format papier. Les groupes « qui affichent ou sont susceptibles d’afficher un biais d’autosélection » sont les personnes défavorisées socioéconomiquement, les immigrants, les Autochtones et les hommes de moins de 24 ans.

Dans une déclaration publiée le 13 juillet 2010 dans la foulée de la controverse provoquée par l’annonce des changements au recensement, le ministre de l’Industrie de l’époque, Tony Clement, a indiqué que l’abandon du questionnaire détaillé obligatoire se justifiait par « des plaintes de citoyens qui trouvaient que le questionnaire détaillé constituait une atteinte à leur vie privée. Le gouvernement ne croit pas que les Canadiens doivent fournir à Statistique Canada des renseignements tels que le nombre de chambres à coucher dans leur maison, l’heure à laquelle ils quittent leur domicile pour se rendre au travail ou la durée du trajet entre leur maison et leur travail ».

Pourtant, le questionnaire du recensement australien comporte bel et bien une question sur le nombre de chambres à coucher dans la maison. La question m’a embêté, puisque j’étais en vacances avec ma femme et mes enfants, et que le 9 août en soirée, nous voyagions dans le Territoire du Nord à bord d’une fourgonnette de camping. Nous avons décidé que la bonne réponse était « une ».

Les recteurs des universités canadiennes viennent des quatre coins du monde.

Au cours de ses recherches, un analyste principal à l’Association des universités et collèges du Canada (AUCC) a découvert qu’un peu plus du quart des chefs des établissements membres de l’AUCC sont nés à l’étranger. L’Association compte parmi ses membres 95 universités et collèges universitaires publics et privés à but non lucratif du Canada, dont 25 (soit 26,3 pour cent) sont actuellement dirigés par une personne née à l’extérieur du Canada.

Cette conclusion étant tirée de recherches très sommaires, je ne suis pas en mesure de savoir combien de ces chefs d’établissement détiennent la citoyenneté canadienne, ni depuis combien de temps ils résident au Canada.

Sept des recteurs actuels sont nés au Royaume-Uni, six aux États-Unis, deux aux Pays-Bas, deux en Égypte et un dans chacun des pays suivants : l’Afrique du Sud, le Mexique, le Sri Lanka, l’Autriche, le Japon, le Bangladesh et la Turquie. Finalement, un des recteurs est né en Europe, sans que le pays soit précisé.

Je ne veux pas tirer de conclusions hâtives, mais je crois que cela témoigne de l’ouverture sur le monde des universités canadiennes, qui ont de toute évidence réussi à attirer l’élite étrangère dans leurs rangs. Bien entendu, certains de ces universitaires étrangers de premier rang ont su exceller au Canada, puisqu’ils se sont élevés aux plus hauts échelons de la direction de leurs établissements. Ces deux constats constituent des signes très favorables, à mon avis.

Pierre-Luc Dusseault, étudiant à l’Université de Sherbrooke, la plus jeune personne jamais élue à la Chambre es communes.

Les gains historiques du NPD au Québec dans le cadre des élections fédérales du 2 mai, ce que les médias ont appelé la « vague orange », ont permis à six étudiants (cinq de l’Université McGill et un de l’Université de Sherbrooke) d’obtenir des sièges de l’opposition officielle à la Chambre des communes.

Les cinq étudiants de McGill qui ont été élus députés sont Charmaine Borg, Matthew DubéLaurin Liu, Mylène Freeman et Jamie Nicholls.

Le quotidien McGill Daily nous apprend que Mme Borg, qui a remporté un siège dans la circonscription de Terrebonne-Blainville est étudiante en sciences politiques et agente en relations de travail pour l’Association des employés de soutien de l’Université McGill, ainsi que coprésidente de NPD McGill. M. Dubé, qui a été élu dans la circonscription de Chambly-Borduas, suit un programme avec majeure en sciences politiques et est l’autre coprésident de NPD McGill. Mme Liu, qui a gagné dans la circonscription de Rivière-des-Mille-Îles, termine un programme avec double majeure en histoire et en études culturelles, et une mineure en études islamiques; elle est aussi membre du personnel de rédaction du McGill Daily. Mme Freeman, qui a remporté la victoire dans la circonscription d’Argenteuil-Papineau-Mirabel, vient pour sa part de terminer ses études en théorie politique à l’Université McGill où elle a étudié pendant quatre ans.

Le cinquième étudiant de McGill élu, Jamie Nicholls, qui n’est pas mentionné dans l’article du McGill Daily, poursuit actuellement des études de doctorat à l’École d’urbanisme de l’Université McGill. Il a remporté la victoire dans la circonscription de Vaudreuil-Soulanges.

Trois candidats sur cinq, Mme Borg, M. Dubé et Mme Liu, ont gagné avec près de 50 pour cent des votes, alors que M. Nicholls et Mme Freeman ont gagné avec un respectable 44 pourcent.

Pierre-Luc Dusseault, étudiant en politique appliquée à l’Université de Sherbrooke, se joindra à eux. M. Dusseault a remporté la circonscription de Sherbrooke avec 43 pour cent des votes. À 19 ans, il est le plus jeune député jamais élu à la Chambre des communes.

Les six nouveaux élus auront droit chacun au salaire de base de député, soit 157 731 $ annuellement.

Du 6 au 8 mars à Halifax, l’Association des universités et collèges du Canada (AUCC) a organisé un remarquable atelier – qui avait plutôt des allures de sommet – consacré à la transformation de l’enseignement au premier cycle au Canada. La participation active des intervenants présents de même que leur façon d’aborder des questions complexes avec enthousiasme et diligence étaient des plus encourageantes.

L’atelier a rassemblé 65 participants, dont 13 recteurs, plus de 25 vice‑recteurs à l’enseignement et hauts dirigeants, ainsi que 15 représentants du corps étudiant. Parmi les 22 universités représentées se trouvaient aussi bien des établissements de petite taille qui proposent principalement des programmes au premier cycle que des établissements de grande taille axés sur la recherche.

Robert Campbell, recteur de la Mount Allison University, a prononcé une allocution qui a donné le ton à l’atelier lors du dîner d’ouverture. La « promesse » des universités envers la société et les individus, a‑t‑il dit, repose sur la « qualité et l’efficacité de l’expérience étudiante au premier cycle ». Pourtant, au cours de la dernière décennie, on a un peu perdu de vue l’importance primordiale de l’enseignement au premier cycle, son rôle central pour les établissements.

Dans le cadre des discussions en table ronde et des exposés au programme des deux jours de l’atelier, de nombreux participants ont attribué cet état de fait à l’importance excessive accordée à la recherche et à l’enseignement aux cycles supérieurs. D’autres l’ont plutôt attribué à une série de facteurs, parmi lesquels la charge de travail des professeurs, le système de récompenses, l’augmentation des effectifs, ainsi que le problème du financement et des recettes qui n’ont pas augmenté au même rythme que les coûts. Les participants ont également discuté des résultats attendus d’une formation au premier cycle, de la façon d’évaluer ces résultats et des obstacles au changement.

Il était particulièrement réjouissant d’observer les étudiants présents à l’atelier. Leur point de vue n’est pas toujours entendu dans ce genre de discussions, et ils étaient visiblement heureux de pouvoir s’exprimer sur la question. Plusieurs estiment que les groupes d’étudiants pourraient agir comme médiateur neutre (entre les professeurs et l’administration), et quelques-uns aimeraient même jouer un rôle actif dans la conception des cours et des programmes.

L’enseignement au premier cycle traverse-t-il une crise? Bien que la plupart des participants aient refusé de parler de crise, un solide consensus s’est dégagé : la situation actuelle n’est plus tenable, et le système doit absolument trouver une issue sans quoi les universités canadiennes « risquent de voir leur image péricliter », comme l’a fait valoir David Marshall, recteur de la Mount Royal University.

Paradoxalement, plusieurs participants ont souligné que la population ne semble pas se rendre compte du problème : de manière générale, les étudiants et leurs familles persistent à se dire hautement satisfaits de l’enseignement reçu, ce qui ne fait que maintenir une certaine résistance au changement, estiment les participants.

Alors, quelles sont les prochaines étapes? Ray Ivany, recteur de l’Acadia University, a bien résumé le sentiment général à la fin de l’atelier : « Ces derniers jours ont été une réussite sur plusieurs plans, d’abord et avant tout parce qu’ils ont permis de rassembler les intervenants du milieu universitaire autour de la question de l’enseignement au premier cycle et donné lieu à des discussions animées. Par contre, a-t-il ajouté, je doute que ce soit suffisant. »

Le président-directeur général de l’AUCC, Paul Davidson, a invité les participants à envisager comment le changement peut se réaliser « dans leurs propres rôles, au sein de leurs établissements ». Il a en outre rappelé que l’Association travaille à l’élaboration d’un « nouveau message », ou nouveau programme, pour la prochaine décennie et que les résultats de l’atelier serviront à orienter ce nouveau message. Les questions soulevées lors de l’atelier feront également l’objet de discussions lors des réunions des membres en avril « afin que la réflexion puisse se poursuivre ».

Certains participants à l’atelier ont souligné qu’il est important de reconnaître l’innovation à laquelle on assiste en matière d’enseignement et d’apprentissage dans les universités canadiennes. Il pourrait être utile de créer un répertoire de pratiques exemplaires et de modèles novateurs en matière de conception et de prestation de cours. Il serait alors plus facile de voir si ces méthodes peuvent être adoptées par d’autres établissements ou par l’ensemble du système.

Bien entendu, nous devons poursuivre le dialogue, et vous pouvez y prendre part. Faites-nous savoir ce que vous pensez de cette importante question.

Un récent rapport de Statistique Canada sur les frais de scolarité pour 2010-2011 met encore une fois la question du coût d’un diplôme universitaire sur la sellette. En moyenne, les frais de scolarité au premier cycle ont augmenté de quatre pour cent cette année par rapport à l’an dernier, portant la moyenne canadienne de 4 942 $ à 5 138 $. C’est en Ontario que les étudiants au premier cycle paient les frais de scolarité les plus élevés (en moyenne 6 037 $), puis au Nouveau Brunswick (5 516 $). C’est encore au Québec (2 415 $) et à Terre-Neuve-Labrador (2 624 $) que les frais de scolarité sont les moins élevés au pays.

Pour jeter de l’huile sur le feu, un rapport publié récemment par le Conseil canadien sur l’apprentissage (rapport CCA) révèle que le niveau moyen d’endettement des diplômés universitaires au Canada avait plus que doublé entre 1990 et 2000, passant de 12 271 $ à 24 706 $. En 2009, le niveau moyen d’endettement atteignait 26 680 $. Cette croissance du niveau d’endettement coïncide avec l’annonce récente selon laquelle le Programme canadien de prêts aux étudiants avait atteint, pour la première fois, son plafond de 15 milliards de dollars, exigeant ainsi une attribution de fonds supplémentaires.

Un autre argument de taille provient du rapport publié la semaine dernière par le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES), qui révèle, sans surprendre, que le coût des études et l’aversion pour l’endettement découragent peut-être certains étudiants à poursuivre des études postsecondaires. Le Conseil résume ainsi ses résultats :

« Les résultats de l’étude indiquent que les élèves venant de familles à faible revenu, ceux dont les parents ont un niveau d’éducation peu élevé, les Autochtones et les garçons ont davantage tendance à se préoccuper du coût des études postscondaires. De plus, entre 10 et 30 pour 100 des élèves participants ne souhaitent pas financer leurs études postsecondaires au moyen de prêts. Les groupes insuffisamment représentés sont encore moins enclins à emprunter, conséquence éventuelle de la tendance à sous-estimer les futurs avantages des études supérieures. Étant donné le degré relativement élevé d’aversion pour les prêts en général, un certain nombre de jeunes, en particulier ceux qui ont pour seul recours les prêts étudiants, pourraient considérer ne pas avoir les moyens de faire des études postsecondaires et renoncer ainsi à s’inscrire. » [les caractères gras font partie de la citation]

Que faire? Le rapport du COQES insinue qu’un financement ciblé pourrait encourager davantage d’étudiants issus de milieux modestes ou dont les parents n’ont pas fait d’études postsecondaires à poursuivre leurs études. Le rapport suggère aussi au gouvernement d’isoler l’aide financière axée sur les besoins des autres demandes.

En ce qui concerne l’ensemble du débat sur les frais de scolarité, rares sont les intervenants du milieu de l’EPS qui osent se prononcer sur un montant approprié (10 000 par année? 5 000 $? 2 000 $? Gratuit?). On s’entend généralement sur le fait que les frais de scolarité des programmes professionnels comme le droit et la médecine, dont les coûts et les perspectives de revenus sont élevés, peuvent être plus élevés que ceux des programmes de sciences ou de sciences humaines, par exemple. À part ce fait, il n’y pas de consensus.

On peut certainement argumenter qu’un diplôme universitaire demeure un excellent investissement dont les avantages qu’en retire l’individu compensent largement pour les coûts dans la plupart des cas. C’est précisément ce que soutient le rapport de l’OCDE Regards sur l’éducation, citant les revenus et les taux d’emploi élevés, comme le font le Conseil des ministres de l’Éducation, Canada, et l’Association des universités et collèges du Canada.

La question demeure toutefois : Quels devraient être les frais de scolarité au Canada? Je n’ai pas de réponse à cette question, mais je pense que des hausses annuelles deux fois supérieures au taux d’inflation, comme on l’a vu en Ontario depuis quelques années, ne sont pas viables, et qu’elles sont injustes et mal avisées d’un point de vue politique. Qu’est-ce que vous en pensez?

Le classement mondial QS des universités pour 2010 est paru. Comme je l’ai déjà mentionné, je ne crois pas qu’un classement en dise beaucoup sur la qualité d’un établissement en particulier, mais les lecteurs s’y intéressent. C’est en quelque sorte comparable aux sports; on veut savoir qui a pris de l’avance, qui tire de l’arrière, qui gagne et qui perd.

La grande nouvelle c’est que l’Université de Cambridge au Royaume-Uni l’emporte finalement de justesse sur l’Université Harvard et occupe maintenant la première place au palmarès. Pour ce qui est des universités canadiennes, nous gardons normalement une dizaine d’établissements parmi les 200 premiers; 11 l’an dernier et 10 cette année (l’Université Simon Fraser a malheureusement quitté le peloton de tête). Tous les établissements canadiens sauf un parmi les 200 premiers ont légèrement reculé par rapport à l’an dernier. L’Université de Toronto est la seule à avoir gardé le 29e rang. McGill, qui occupait le 18e rang l’an dernier, demeure avec le 19e rang cette année, en tête des universités canadiennes. L’Université de Montréal, 136e cette année par rapport à 107e en 2009, est la seule université canadienne de langue française à figurer parmi les 200 premières. Libre à chacun de tirer ses propres conclusions.

Voici le tableau du classement des établissements canadiens qui se trouvent parmi les 200 premiers. (Le signe égal (=) signifie qu’un établissement partage la place avec un autre.)

Rang en 2010 Rang en 2009 Université
19 18 Université McGill
29 29 Université de Toronto
44 40 Université de la Colombie-Britannique
78 59 Université de l’Alberta
132 118 Université Queen’s
136 107 Université de Montréal
145 113 Université de Waterloo
162 = 143 Université McMaster
164 151 = Université Western Ontario
165 149 = Université de Calgary