La saison des classements des universités est enfin terminée! Bien que le Québec ne procède pas à son propre classement, la plupart de ses universités se retrouvent dans le classement de Maclean’s et le Canadian University Report du Globe and Mail. Côté international, on trouve le classement du Times Higher Education – QS World University Rankings et le plutôt singulier Academic Ranking of World Universities de l’Université Shanghai Jiao Tong, le seul qui, apparemment, ne serait lié à aucune activité commerciale.

Je le précise parce qu’il ne faudrait pas perdre de vue le fait que la plupart des classements sont des activités commerciales visant à faire vendre des copies d’une publication ou, à tout le moins, à mousser son « image de marque » – pensez par exemple au palmarès des écoles secondaires publié annuellement dans le magazine L’actualité. Je dois avouer cependant que des renseignements et des reportages utiles accompagnent ces rapports; mais diable, ce sont d’abord et avant tout des classements!

Bien que les universités semblent s’être habituées et vivre en harmonie avec les classements, la relation demeure difficile. Certaines condamnent la méthodologie employée, alors que d’autres s’empressent de mettre à profit leur réputation nouvellement acquise, tout en sachant qu’elles appuient un procédé un peu malsain.

Le recteur de l’Université de Toronto David Naylor l’a admis en ces mots dans une page en regard de l’éditorial du Ottawa Citizen en avril 2006 : « Maclean’s a été très utile à mon établissement pour une seule et unique raison : le marketing. Personne ne croit à la rigueur intellectuelle de ce genre de classement. »

Les classements, a-t-il poursuivi, « sont de bons indicateurs de réussite dans le sport ou la vente, par exemple, où il est généralement assez simple de déterminer un gagnant. Mais aucune mesure ne peut évaluer convenablement une université, même de taille moyenne, où des centaines de professeurs donnent des centaines de cours dans une multitude de disciplines qui vont du génie aux sciences religieuses. »

Un collègue d’Affaires universitaires m’a proposé de faire un « classement des classements », autrement dit, de parodier les méthodologies, hypothèses et catégories douteuses, mais je pense que je vais m’abstenir.

Je préfère vous parler d’un classement qui, à sa façon, met tous les autres en boîte. Dans un récent concours lancé par l’organisation People for the Ethical Treatment of Animals (PETA), l’Université Mount Allison s’est classée comme étant la « plus végétarienne de toutes les universités » au Canada, suivie par l’Université de Victoria, l’Université McMaster, l’Université Western Ontario et l’Université de Toronto. La lauréate a été choisie en raison du grand nombre de mets végétariens et végétaliens offerts sur son campus, parmi lesquels on retrouve la saucisse italienne de tempeh, l’enchilada végétalienne et le Sloppy Joe végétalien.

Enfin un classement qui me met en appétit!

L’Enquête sur le corps professoral québécois : faits saillants et questions, récemment publiée par la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université, dresse, de façon intéressante, le portrait de la réalité actuelle des professeurs québécois. Affaires universitaires a publié un autre article sur le rapport dans le site, mais je souhaitais attirer votre attention sur le graphique 16, ci-dessous, intitulé Influence de l’emploi de professeur sur les intentions de parentalité.

J’imagine que la bonne nouvelle est que près des deux tiers des femmes universitaires affirment que leur emploi n’a eu aucune influence sur leurs intentions de parentalité. Toutefois, un quart d’entre elles ont décidé d’avoir moins d’enfants que prévu en raison de leur situation professionnelle, et plus de huit pour cent ont choisi de ne pas en avoir du tout.

Si on regarde d’autres chiffres, il semble que cet « écart de conception » concerne davantage les professeures universitaires que les professionnelles d’autres domaines. Selon le rapport Tours d’ivoire: Vérifications féministes, 2004, publié par la Fédération canadienne des sciences humaines, 49,6 pour cent des femmes universitaires âgées entre 35 et 39 ans n’ont aucun enfant de moins de 12 ans à la maison – ce qui signifie qu’elles ont repoussé, du moins pour le moment, le projet de fonder une famille –, comparativement à 45,6 pour cent des femmes titulaires d’un doctorat, 42,3 pour cent des avocates et 33 pour cent des femmes médecins.

Ce n’est pas si surprenant. Dans un document de 2003 amplement cité, Mary Ann Mason et Marc Goulden, de la University of California, Berkeley, ont démontré que le fait d’avoir des enfants, particulièrement les avoir tôt, représente un inconvénient pour la carrière professionnelle des femmes – mais un avantage pour les hommes. Le document révèle que les femmes qui ont des enfants sont, dans une proportion de 29 pour cent, moins susceptibles que les femmes qui n’ont pas d’enfant d’obtenir un poste menant à la permanence.

Comment est-on arrivé à une situation si déplorable?

The “baby gap” in academia
Graphique 16. Influence de l’emploi de professeur sur les intentions de parentalité.

Le 2 novembre dernier, j’ai passé plusieurs heures en compagnie des récipiendaires de 2008 du Prix national d’enseignement 3M à Montebello, au Québec. Le Prix national d’enseignement 3M est le prix le plus prestigieux au Canada pour l’excellence en enseignement au niveau postsecondaire. Dans le cadre de leur récompense, 10 nouveaux récipiendaires sont invités chaque année à venir discuter, pendant trois jours, de tout ce qu’ils veulent – aucun programme n’est établi – dans ce magnifique lieu de villégiature à environ une heure de route à l’est d’Ottawa.

Bien entendu, l’enseignement est le sujet dominant. J’ai été ravi de pouvoir me joindre au groupe de cette année vers la fin de leur séjour pour connaître les sujets abordés. Ce groupe de récipiendaires et les précédents avec qui j’ai discuté par le passé sont tellement enthousiastes à propos de l’enseignement et sont si convaincants que je ne peux que trouver les conversations inspirantes et stimulantes. Voilà ce que je ressens chaque fois que j’assiste à la rencontre annuelle de la Société pour l’avancement de la pédagogie dans l’enseignement supérieur (SAPES); la prochaine aura lieu en 2009 à la University of New Brunswick.

Tous les lauréats rencontrés à Montebello s’entendent pour dire que ce séjour est des plus attendus parce qu’il leur permet de discuter avec des collègues qui partagent leurs vues et leur enthousiasme ainsi que d’échanger sur les pratiques exemplaires. Toutefois, ils trouvent regrettable que ces rassemblements ne soient pas plus fréquents ou qu’il n’y en ait pas dans les régions. « Il existe des réseaux de recherche, pourquoi pas en enseignement », demande l’un deux.

Cela m’amène à vous parler de la nouvelle initiative géniale du Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur. Le Conseil a récemment annoncé le lancement d’un programme de recherche « visant à aider les enseignants des principaux collèges et universités de l’Ontario à échanger sur leurs pratiques d’enseignement ». Intitulé Programme de recherche sur la mobilisation des connaissances pour un enseignement et un apprentissage exemplaires, ce programme est dirigé par le Thomas Carey, expert réputé en qualité de l’enseignement à la University of Waterloo.

Comme première étape de ce programme, le Conseil a publié l’article de M. Carey, intitulé Étude de recherche sur un réseau d’échange des connaissances pour un enseignement exemplaire dans le secteur de l’enseignement supérieur en Ontario, qui parle « des réseaux d’échange des connaissances […], comme moyen de déterminer et de promouvoir les pratiques d’enseignement exemplaires en Ontario ». Un article qui vaut la peine d’être lu.

Je ne sais pas exactement combien de financement reçoit cette initiative ni comment les professeurs peuvent y participer, mais le jeu en vaut la chandelle. J’espère que les autres provinces emboîteront le pas, et ce, dans le plus grand intérêt des étudiants.

De nombreux rapports et articles intéressants portant sur les mérites de la recherche universitaire sont parus au cours des dernières semaines, y compris un article surprenant dans lequel on affirme que le gouvernement ne devrait pas du tout financer la recherche (j’y reviendrai un peu plus loin).

D’abord, il y a deux semaines, l’Association des universités et collège du Canada (AUCC) lançait son rapport En plein essor qui porte sur les activités de recherche des universités et sur les bienfaits de la recherche pour le Canada : nouveaux produits, services, processus et politiques et nouvelles façons de comprendre la société.

Jim Flaherty, ministre des Finances, assistait au lancement qui coïncidait avec les réunions d’octobre des membres de l’AUCC. Le ministre a assuré les recteurs que le gouvernement est sur la même longueur d’onde qu’eux et croit que la recherche universitaire confère un avantage au pays sur le plan du savoir.

L’Institut de recherche en politiques publiques vient aussi de publier une nouvelle étude intitulée Connecting the Dots between University Research and Industrial Innovation, qui examine les manières dont les technologies mises au point dans les universités sont transférées à l’industrie. Le rapport (en anglais seulement, mais il existe ici un sommaire en français) souligne le fait que le Canada investit d’importantes sommes dans la recherche universitaire, mais que « les fruits de ces investissements ne se traduisent pas par un accroissement de l’innovation industrielle ni par une amélioration de la productivité. »

Ensuite, pour les amateurs de chiffres, Statistique Canada a publié son Enquête sur la commercialisation de la propriété intellectuelle dans le secteur de l’enseignement supérieur, un rapport annuel qui contient des données de 2005-2006. En résumé, selon un certain nombre d’indicateurs, le Canada fait encore des progrès, quoique plus lentement que par les années passées.

Finalement, le National Post a publié un article d’opinion qui suggère que le gouvernement ne devrait pas financer la recherche et dont les arguments s’inspirent du livre de Terence Kealey, biochimiste et vice-chancelier de l’Université de Buckingham, paru en 2008 et intitulé Sex, Science and Profits. Selon M. Kealey, « la notion voulant que, pour avancer, la science doit être subventionnée par le gouvernement n’est pas simplement erronée, elle est grandement nuisible ».

Selon l’article, « la recherche-développement (R-D) effectuée en entreprise est le moteur de la croissance économique, alors que la R-D financée par le secteur public correspond au contraire à une croissance négative de l’économie, car les projets financés par le gouvernement prennent trop de place par rapport à ceux que finance l’entreprise privée ».

Je suis les dossiers du milieu universitaire depuis une dizaine d’années et cette théorie semble contredire à peu près tout ce que j’ai entendu à ce jour de la part des chefs d’établissement et des chercheurs canadiens.

C’est peut-être la raison pour laquelle la présidente-directrice générale de l’AUCC, Claire Morris, a répondu, dans une lettre ouverte, qu’« il n’a jamais été prouvé, dans ce pays, que le fait de réduire le financement public de la recherche pourrait contribuer à accroître la R-D effectuée au sein du secteur privé » (version française ici).

N’hésitez pas à me faire parvenir votre opinion, que ce soit pour critiquer le point de vue de K. Kealey ou vous porter à sa défense.