Affaires universitaires – le magazine et le site Web – est publié par l’Association des universités et collèges du Canada. Bien que cette relation me donne accès aux travaux de l’Association, je ne sais strictement rien des demandes d’adhésion.

L’AUCC évite soigneusement de divulguer quoi que ce soit sur les établissements qui soumettent une demande d’adhésion. Je suis donc informé de l’ajout d’un nouveau membre en même temps que tout le monde, soit lorsque l’Association émet un communiqué de presse. Par exemple, quand l’AUCC a annoncé en octobre que l’Université mennonite canadienne avait été admise à titre d’établissement membre de l’AUCC (de même que l’Université polytechnique Kwantlen), j’ai dû consulter Internet pour en apprendre davantage.

J’ai donc été étonné de lire la semaine dernière dans le Calgary Herald un article dans lequel le recteur du Collège Mont-Royal de Calgary, David Marshall, annonçait publiquement qu’une délégation officielle de l’AUCC visiterait son collège cette semaine afin de décider d’admettre ou non le Collège au sein de l’Association. Il affirme dans cet article que le Collège est à 99,9 pour cent assuré de devenir une université. Comme si ce n’était pas assez, dans l’éditorial du Calgary Herald, paru deux jours plus tard, on pouvait lire que le processus d’approbation n’était qu’une « formalité ».

Bien que je souhaite au Collège tout le succès possible dans sa démarche, les demandes d’adhésion ne sont pas une mince affaire et je crois qu’un peu de discrétion serait de mise. Que se passerait-t-il si le Collège n’était pas admis? Une situation quelque peu embarrassante.

Puisque le Canada ne possède aucun système d’agrément national, l’adhésion à l’AUCC, conjuguée à une charte provinciale, est souvent considérée comme équivalant à l’agrément. Parmi les critères d’adhésion à l’AUCC, l’établissement doit avoir un conseil d’administration indépendant; ses programmes d’enseignement doivent relever du personnel universitaire; il doit offrir une majorité de programmes de niveau universitaire; il doit être reconnu en matière de travaux d’érudition, d’investigation scientifique et de recherche. Cliquez ici pour consulter l’intégralité des critères d’admissibilité.

L’article de mon blogue précédent portait sur le manque de journalistes scientifiques à temps plein au Canada. J’aimerais poursuivre sur cette lancée en parlant cette fois de ce qui rend un article de recherche intéressant.

Chaque semaine, je lis des dizaines d’articles sur la recherche universitaire affichés sur les sites Web des universités, mentionnés dans des communiqués de presse ou publiés dans des revues spécialisées ou dans d’autres médias. Je dois avouer que bon nombre d’entre eux me laissent complètement indifférent.

Je ne critique absolument pas la qualité de la recherche ni le dévouement ou le professionnalisme des chercheurs. La plupart des chercheurs universitaires que j’ai interviewés au fil des ans sont passionnés par leur travail, et c’est là le défi : communiquer cette passion par l’entremise d’un article.

La plupart des reportages sur la recherche universitaire contiennent de nombreuses précisions, tentent à tout le moins d’expliquer les répercussions – p. ex. pourquoi nous devons faire attention – et reconnaissent consciencieusement la participation de tous les intervenants. C’est bien, mais il ne faut pas perdre de vue qu’un récit – puisque c’est bien ce dont il s’agit ici – doit avant tout être intéressant. Où se situent l’intérêt humain, les enjeux, les pièges, la courbe dramatique de l’histoire?

Qui sont les acteurs? Certains chercheurs ont de la difficulté à parler d’eux-mêmes. Pourtant, il s’agit bien d’une activité humaine, à laquelle participent de vraies personnes! Je veux connaître leur personnalité, ce qui les pousse à passer un nombre incalculable d’heures dans un labo ou sur le terrain, à la quête du savoir.

Revenant au thème de mon dernier blogue, j’ajouterai que les bons journalistes scientifiques chevronnés savent tout cela. Les communicateurs de la recherche peuvent aussi aider les journalistes à déceler les éléments d’une découverte ou d’un résultat scientifique qui permettront d’en faire une histoire captivante.

Permettez-moi de citer un exemple tiré d’Affaires universitaires qui, à mon avis, illustre bien mon propos : l’article « Passer le flambeau » de Michael Smith, publié dans le numéro de février 2005 du magazine. Il semble que cet article en ait séduit plusieurs, puisqu’il a remporté la Médaille d’excellence sanofi pasteur en journalisme dans le domaine de la recherche médicale cette année-là. L’article nous avait été proposé par la communicatrice de la recherche Mary Anne Beaudette du bureau de transfert de la technologie de la Queen’s University, PARTEQ Innovations.

Selon vous, qu’est-ce qui rend un article de recherche intéressant? Faites-moi parvenir des exemples; je serai heureux de les présenter à nos lecteurs. Si vous connaissez des sujets de recherche qui n’ont pas encore été couverts, c’est encore mieux! Faites-nous en part et nous tenterons d’en faire de vraies bonnes histoires.

Les bailleurs de fonds (les gouvernements) exercent de plus en plus de pression sur les universités pour qu’elles diffusent les résultats de leurs activités de recherche, et les organismes subventionnaires ont pour leur part commencé à exiger que les bénéficiaires de subventions communiquent leurs découvertes à la population.

Il est donc plutôt ironique, explique le vétéran rédacteur scientifique Peter Calamai, que le nombre de journalistes scientifiques dans les principaux médias ait diminué de façon aussi importante depuis quelques années. Dans un article d’opinion paru dans le numéro du 23 décembre 2008 de Re$earch Money (abonnement requis), M. Calamai souligne que la CBC-TV, le Toronto Star et La Presse n’ont désormais plus à leur service de journaliste à temps plein pour couvrir les sujets scientifiques. Jusqu’à l’an dernier, et pendant des décennies, ce type de journalistes avait occupé une place importante au sein du personnel de ces organisations, rappelle-t-il. (M. Calamai était lui-même le journaliste scientifique au Toronto Star.)

Il poursuit : « Lorsque l’Association canadienne des rédacteurs scientifiques a été fondée en 1971, une trentaine de journalistes au Canada consacraient entièrement leurs reportages à la science, parfois aussi à la médecine. Ils ne sont plus que six à le faire aujourd’hui. »

Le paradoxe est frappant. D’une part, la stratégie fédérale en matière de sciences et de technologie proclame que l’avenir du Canada repose sur l’économie du savoir et que la population doit s’intéresser à la recherche scientifique, tandis que de plus en plus de postes de « diffuseurs de la recherche » sont créés dans les universités, les hôpitaux de recherche, les entreprises et les établissements à vocation scientifique. D’autre part, les personnes les plus aptes à transmettre le message des communicateurs à l’ensemble de la population, à savoir les journalistes scientifiques, sont en train de disparaître.

La situation ne semble pas aussi désastreuse au Québec que dans le reste du Canada, du moins si on en juge par l’abondante couverture médiatique qui accompagne des événements comme le congrès annuel de l’Acfas. Il n’existe pas d’événement comparable au Canada anglais, à l’exception, peut-être, du Congrès des sciences humaines tenu annuellement. Le Canada anglais n’a pas non plus de publication scientifique d’intérêt général, alors que le Québec en compte deux, Québec Science et Découvrir.

M. Calamai propose que soit créé un Centre canadien des médias scientifiques, qui offrirait de l’aide aux journalistes généralistes lorsqu’ils doivent rédiger des articles à teneur scientifique. Le groupe qui appuie la création d’un tel centre a déjà mis sur pied un site Web et invite les experts en science et les journalistes à y jeter un coup d’œil.

Quelle est votre opinion? Que peut-on faire pour améliorer la situation du journalisme scientifique au Canada? (Vous pouvez envoyer vos commentaires en cliquant sur le lien ci-dessous ou en me faisant parvenir un courriel.)