Carole Beaulieu du département de biologie de l’Université de Sherbrooke.

Carole Beaulieu du département de biologie de l’Université de Sherbrooke.

Je cède cette semaine mon rôle de blogueur à François-Olivier Dorais qui assiste au 77e congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) à Ottawa.

Faites le test et tapez « chercheurs » ou « professeur » dans Google images. On peut certes douter de la valeur scientifique de ce petit exercice, reste que le résultat est frappant; les photos présentent peu de femmes et des images du scientifique stéréotypé à souhait. Homme sérieux, stoïque, intello, lunatique voire asocial, la représentation du chercheur universitaire reste dans bien des esprits collée à l’image du professeur Tournesol. Et cette perception étriquée qui persiste n’est pas sans conséquences pour la gente féminine qui souhaite paver sa voie dans les milieux scientifiques. Discuter du sujet est d’autant plus pertinent à l’heure où les femmes représentent en effet toujours un faible pourcentage dans le domaine des sciences pures et appliquées.

Le problème de la sous-représentation des femmes en science, un problème de perception et de valeur? C’est ce qu’a suggéré Carole Beaulieu du département de biologie de l’Université de Sherbrooke lors d’une communication sur le sujet hier matin dans le cadre du congrès de l’Acfas. De son avis, la science, depuis les tous premiers développements de l’empirisme et de la science moderne, est, dans sa pratique, à la remorque d’une vision mécanique. À une tradition plus hermétique de la science, prônant une alliance métaphysique entre l’esprit et la matière, on a privilégié une vision mécanique privilégiant une science se voulant neutre, détachée des passions et des émotions donc essentiellement masculine. Un entendement qui s’est par ailleurs cristallisé avec la Révolution industrielle du XIXe siècle où la science fut vite rattachée à la sphère du travail et la femme, reléguée au foyer.

En entretenant ce « mythe de l’objectivité » pour voiler l’incompatibilité des femmes, êtres supposément empreints de passions et d’émotions, avec les sciences, les disciplines scientifiques se sont enlisés dans leur propre faille : « La science est, au contraire, subjective », de dire Mme Beaulieu. Elle est aussi une affaire de passion où le détachement est plus difficile que l’on pense : « demandez à n’importe quel chercheur de vous parler de son sujet de recherche et vous verrez à quel point ça le passionne (…) Il y a un biais personnel. Nos croyances influent sur nos conclusions et c’est d’autant plus marquant selon si l’on est de culture féminine ou masculine », rajoute-t-elle.

Dans ces circonstances, les conditions gagnantes pour une présence féminine accrue dans certaines disciplines scientifiques se résument à un changement dans l’image et la perception que l’on a du chercheur. Celle-ci passe d’une part par une valorisation de l’utilité et de la responsabilité sociale de la science, deux valeurs qui seraient particulièrement chères aux femmes. En témoignent leur implication accrû dans le domaine des sciences de la vie tel la médecine ou la biologie nous rappelle Beaulieu. D’autre part, il faut trouver une façon plus efficace de concilier recherche scientifique et vie privée. Comme le faisait brillamment savoir une étudiante présente dans l’audience, les années séparant l’âge de 25 et 35 ans sont à la fois charnières sur le plan professionnel pour faire ses armes sur la scène universitaire mais aussi du point de vue biologique chez les femmes souhaitant donner naissance. Conséquemment, Mme Beaulieu insiste notamment sur la nécessité de valoriser le travail d’équipe et de collaboration en recherche afin de faciliter le roulement des années sabbatiques mais aussi pour briser le modèle fixiste d’apprentissage et de compétition du milieu universitaire qui, plus souvent qu’autrement, se fait au détriment de la femme.

La séance s’est néanmoins terminée sur une note positive après que deux interventions aient souligné qu’une volonté de changement s’exprimait chez les hommes lesquels, soulignons-le, étaient tout de même représentés au nombre de trois à la séance sur une quinzaine de personnes!

François-Olivier Dorais est un étudiant de 4ème année inscrit au baccalauréat en histoire et en science politique à l’Université d’Ottawa. Il a notamment été journaliste et rédacteur en chef du journal étudiant La Rotonde et anime présentement une émission de radio communautaire sur les ondes de CHUO 89.1 FM.

Professeur Guy Drouin du département de biologie de l’Université d’Ottawa.

Professeur Guy Drouin. Photo : Université d’Ottawa

Je cède cette semaine mon rôle de blogueur à François-Olivier Dorais qui assiste au 77e congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) à Ottawa.

Ce n’est pas un secret de polichinelle, la langue de Shakespeare domine depuis plus d’un demi-siècle le monde des sciences de la vie et du génie. Cette réalité est d’autant plus frappante à la lumière de la conférence qu’a livré ce matin le chercheur et professeur Guy Drouin du département de biologie de l’Université d’Ottawa.

À l’extérieur du Québec, 13 institutions postsecondaires offrent des cours de baccalauréat en français mais l’Université de Moncton est la seule à pouvoir se vanter d’offrir un programme de baccalauréat complet de langue française en sciences. Une statistique percutante si l’on considère que la population francophone en Ontario se chiffre à plus du double de celle du Nouveau-Brunswick. Fait intéressant, à l’Université d’Ottawa, la plus importante institution d’enseignement bilingue en Amérique du Nord, tous les étudiants en sciences, à l’exception de ceux inscrits dans le programme de physique, doivent prendre des cours en anglais dans leur cursus scolaire.

Quels sont donc les obstacles à l’enseignement des sciences en français? M. Drouin s’est penché sur trois facteurs clés dans sa communication. À commencer par la présence d’une culture scientifique anglo-saxonne hégémonique. Cette dernière prend racine jusque dans les expériences de Newton, en passant par la Révolution industrielle anglaise et la période de prospérité économique des États-Unis au sortir de la deuxième Guerre Mondiale. Nos voisins du sud insistent d’ailleurs depuis sur le lien indissociable entre une bonne conjoncture économique et un milieu scientifique effervescent. Les récentes mesures du gouvernement américain en faveur de la recherche scientifique en font état.

Conséquemment, M. Drouin reconnaît comme deuxième obstacle la prédominance de l’anglais dans la littérature scientifique. À l’heure où la reconnaissance d’un universitaire se mesure plus souvent qu’autrement à son rythme de publications et à sa notoriété dans le domaine de la recherche, il n’a souvent d’autres choix que d’adopter la langue des affaires et du savoir, en l’occurrence l’anglais.

« Les tâches d’un scientifique universitaire sont très semblables à celles d’un entrepreneur ayant une PME. Il doit trouver des fonds, engager du personnel et le gérer, être responsable de la sécurité au travail et produire », indique M. Drouin. Dans ces circonstances, on comprend que l’engagement du chercheur pour la francophonie n’est pas un choix rentable. C’est justement là le dernier obstacle à considérer : le domaine scientifique évolue dans une culture entrepreneuriale.

Y a-t-il des solutions pour justement faire de la science en français une affaire capitale ? De l’avis de M. Drouin, le rôle ne revient pas tant aux chercheurs et professeurs qu’aux gestionnaires des universités, aux gouvernements et aux éditeurs. En ce sens, l’alternative passe d’abord par l’offre plus soutenue de programmes de science en français à l’extérieur du Québec. Vient ensuite la nécessité de publier dans un anglais qui soit aisément traduisible dans d’autres langues, un changement qui doit s’opérer d’abord dans les maisons d’éditions.

Cette conférence s’est tenue dans le cadre du colloque intitulé Enseignement des sciences dans divers espaces francophones : obstacles, défis et possibilités d’une science en français au XXIe siècle et au-delà qui se poursuivra tout au long de la journée mardi et mercredi. Avis aux intéressés.

François-Olivier Dorais est un étudiant de 4ème année inscrit au baccalauréat en histoire et en science politique à l’Université d’Ottawa. Il a notamment été journaliste et rédacteur en chef du journal étudiant La Rotonde et anime présentement une émission de radio communautaire sur les ondes de CHUO 89.1 FM.

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Graham Fraser, commissaire aux langues officielles, à l’Université d’Ottawa le 11 mai.

Je cède cette semaine mon rôle de blogueur à François-Olivier Dorais qui assiste au 77e congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) à Ottawa.

La problématique des langues officielles au Canada représente un pan fondamental de l’histoire politique canadienne des dernières décennies. La réalité bilingue et multiculturelle de notre pays ne peut se comprendre en vase clos; elle est bien redevable à un passé marqué par une effervescence politique et idéologique à la fois dans les univesités et dans l’arène politique. Un retour en arrière s’impose. Voilà une part essentielle du message que Graham Fraser, commissaire aux langues officielles du Canada,  est venu transmettre aujourd’hui devant une salle comble composée de chercheurs, d’étudiants et de membres de la communauté. Le commissaire donnait par ailleurs le coup d’envoi au « Midis de l’ACFAS », une série de quatre évènements à grand déploiement qui se dérouleront cette semaine sur le campus de l’Université d’Ottawa.

On ne saurait comprendre les enjeux et les besoins d’aujourd’hui en matière de dualité linguistique sans remonter au tumulte de 1968 où jouaient des coudes les Trudeau, Turner, Pelletier, Stanfield et Lewis en passant par les amendements de 1988 et la jurisprudence contenue notamment dans les arrêts Mahe, Beaulac, Arsenault-Cameron et Solski. « Pour bien comprendre l’avenir du Canada, commençons par comprendre le passé », de dire M. Fraser.

À plus forte raison, on ne saurait comprendre la complexité linguistique, sociale et politique du Canada sans considérer la place qu’ont occupé et qu’occupent toujours les débats parlementaires dans le dossier des langues officielles. Sur cette question, le message de Fraser ést clair : « Loin de moi l’idée de vouloir dicter les sujets de recherche, mais des fois j’ai l’impression que l’on a abandonné l’étude des préoccupations des parlementaires et du rôle du gouvernement en matière de langues officielles. »

Voilà un nouveau défi lancé aux universitaires : l’étude du rôle fondamental des parlementaires dans le dossier linguistique au Canada. Après tout, ils sont à leur façon une vitrine très accessible sur les aspirations, espoirs et délibérations au cœur de celui-ci. Une question très pertinente posée par un membre de l’audience soulevait notamment l’importance de la contribution des comités parlementaires dans l’évolution des débats sur les langues officielles. À commencer par le comité permanent des langues officielles où se tiennent régulièrement délibérations et discussions autour du sujet complexe qui constituent le bilinguisme canadien et son applicabilité.

Espérons que l’appel de Fraser pour une exploration plus poussée de cette thématique dans le domaine de la recherche universitaire portera fruit.

François-Olivier Dorais est un étudiant de 4ème année inscrit au baccalauréat en histoire et en science politique à l’Université d’Ottawa. Il a notamment été journaliste et rédacteur en chef du journal étudiant La Rotonde et anime présentement une émission de radio communautaire sur les ondes de CHUO 89.1 FM.

Le Conseil des sciences, de la technologie et de l’innovation a dévoilé mardi dernier son premier rapport public sur l’état des sciences, de la technologie et de l’innovation au Canada. Le rapport n’accorde aucune note au rendement, mais si on se fie aux commentaires exprimés, nous avons obtenu un C (que je définis comme « moyen, qui répond aux exigences minimales »).

En conférence de presse à Ottawa, Heather Munroe-Blum, principale de l’Université McGill, a utilisé l’expression mid-level performer pour décrire le rendement du Canada, et Peter MacKinnon, recteur de l’Université de la Saskatchewan, fair to middling, autrement dit, un rendement qui se situe dans la bonne moyenne.

Ont aussi pris la parole à cette occasion Howard Alper, président du Conseil et ancien vice-recteur à la recherche à l’Université d’Ottawa, ainsi que le Dr Guy Rouleau, généticien et professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

(Un sommaire du rapport se trouve ici et le rapport intégral, intitulé L’état des lieux en 2008, peut être téléchargé ici.)

Le Conseil des sciences, de la technologie et de l’innovation, qui a été créé en 2007 pour donner des avis au gouvernement fédéral par l’entremise du ministre de l’Industrie, mentionne dans son rapport que le Canada affiche de nombreuses forces, mais aussi des faiblesses.

Howard Alper en parle ainsi : « Il ressort de notre rapport que le Canada s’améliore, mais que d’autres pays le font plus rapidement que lui. Le Canada se place en milieu de peloton et affiche de solides résultats, mais étant donné l’importance de l’innovation pour notre avenir, ce n’est pas suffisant. Nous devons faire preuve de plus d’ambition afin d’honorer les capacités des Canadiens. »

Voici quelques-unes des conclusions du rapport :

  • La recherche effectuée au Canada est de grande qualité et la R-D universitaire canadienne se classe parmi les meilleures, mais trop peu de découvertes sont transformées en produits et services.
  • Le Canada affiche un faible taux d’investissements en R-D en entreprise, un problème qui persiste depuis des décennies; trop peu de découvertes sont transformées en produits et services.
  • On dénote un faible taux de collaboration parmi les entreprises et entre les entreprises et les chercheurs au Canada.
  • Les jeunes Canadiens excellent en mathématiques, en sciences et en lecture, mais ils sont trop peu nombreux à obtenir un diplôme dans ces domaines.

Ces conclusions sont appuyées par une foule de données et de comparaisons avec d’autres pays de l’OCDE dans de nombreux domaines. Quiconque porte un intérêt ou participe aux politiques scientifiques voudra certainement examiner attentivement le rapport de 52 pages, qui n’est peut-être pas idéal comme lecture de chevet, mais qui est plein à craquer de statistiques et d’information.

Lors de la conférence de presse, un journaliste, faisant référence aux récentes critiques concernant le financement de la science au Canada, a demandé au groupe d’experts s’ils pensaient que le gouvernement Harper était dans le coup pour ce qui est de l’importance accordée au financement de la recherche, particulièrement si on le compare au gouvernement Obama. Personne n’a réagi.

« Il ne s’agit pas de politiser les investissements dans la science, a expliqué Mme Munroe-Blum. Le Canada ne peut pas se permettre une politisation de son cadre de travail en matière de sciences, de technologie et d’innovation. »

Le rapport présente une série de recommandations visant à renforcer la position du Canada et énonce entre autres qu’il faudra « concentrer nos efforts en sciences, en technologie et en innovation dans les secteurs de force du Canada afin de faire de notre pays un chef de file mondial ». En octobre dernier, le Conseil a ciblé quatre domaines stratégiques de recherche dans lesquels le Canada bénéficie ou pourrait bénéficier d’un net avantage concurrentiel (consultez les priorités et les sous-priorités ici).

Lorsqu’on lui a demandé si cela signifiait que le Conseil proposait que le financement des organismes subventionnaires cible ces domaines, M. Alper a répondu que « seule une minorité du financement devrait être alloué aux domaines prioritaires, la vaste majorité devrait être accordé à la recherche tout à fait librement ».

Forcé de donner un pourcentage pour ces deux catégories, il a cité en exemple le Japon et l’Australie qui consacrent approximativement 70 pour cent du financement à la recherche fondamentale d’excellence, et 30 pour cent à la recherche ciblée, « des taux qui pourraient être tout à fait appropriés pour le Canada », a ajouté M. Alper.

Le rapport a toutefois une faiblesse : il présente des recommandations plutôt vagues; le Conseil n’établit ni objectif, ni but, ni indicateur pouvant être utilisé pour mesurer le succès. Les membres du Conseil répliquent que ce rapport se veut en quelque sorte un document de base et que des rapports bisannuels seront produits afin de mesurer les progrès accomplis.

La cafétéria sans plateau

Posted on 04/05/2009 by

Il existerait, pour les universités, un moyen simple de réduire le gaspillage alimentaire, d’économiser de l’énergie et même de prévenir le gain de poids traditionnel chez les étudiants (apparemment, ceux-ci prennent près de 10 kilos au cours de leur première année universitaire). Lequel? Selon un article du New York Times, il suffirait d’éliminer les plateaux des cafétérias.

L’article mentionne que nombre de collèges et d’universités des États-Unis se débarrassent peu à peu des plateaux afin de réaliser des économies en eau et en argent, d’éviter le gaspillage alimentaire et de feutrer l’ambiance des cafétérias. Ne disposant plus de plateau pour transporter leur repas, les étudiants pourraient aussi réduire la quantité d’aliments qu’ils engouffrent, minimisant ainsi leur gain de poids.

L’article du New York Times, qui cite un rapport du Sustainable Endowment Institute sur les pratiques de collèges en matière de durabilité, relate que, parmi les 300 collèges et universités suivis, 126 avaient réduit l’utilisation de plateaux. De telles mesures s’inscrivent souvent dans le cadre d’un mouvement environnementaliste qui comprend l’embauche de spécialistes de la durabilité, l’installation de panneaux solaires, le compostage des déchets alimentaires et la sensibilisation des étudiants à l’économie d’énergie.

Au moins une université canadienne peut se vanter d’être avant-gardiste : l’Université Dalhousie s’est débarassée de ses plateaux il y a plus d’un an, en mars 2008. Selon le bureau de la durabilité de l’association étudiante de l’Université Dalhousie, le fournisseur des services alimentaires, Aramark, économise depuis ce temps autour de 4 000 litres d’eau par jour et a vu ses frais d’électricité chuter d’environ 13 000 $ par année.

Vous connaissez d’autres universités qui ont décidé de remiser leurs plateaux? Faites-nous-le savoir.