La coupe Vanier échappe à Laval
L’édition papier de décembre du magazine présente un article fascinant – aussi disponible en ligne ici – sur la puissante équipe de football de l’Université Laval, le Rouge et Or. Comme l’explique si bien Mark Cardwell dans cet article de fond, le Rouge et Or a été au sommet du classement du football universitaire canadien pendant cinq ans. Il a remporté cinq fois la Coupe Vanier (l’équivalent universitaire de la Coupe Grey) et tous s’attendaient à ce qu’il soit cette année du championnat disputé ce samedi, 28 novembre.
En outre, comme c’est Québec qui est l’hôte du championnat de la Coupe Vanier cette année, l’équipe aurait pu vivre l’expérience exaltante de remporter cette victoire à domicile, devant un public conquis.
Nick Taylor-Vaisey, un collègue qui a collaboré à Affaires universitaires l’été dernier, et qui a été journaliste sportif lorsqu’il était étudiant, a trouvé l’article très intéressante lorsqu’il a lu l’ébauche au début de l’automne, mais il n’était pas si sûr de la victoire : rien n’est gagné d’avance dans le sport universitaire. Il y a plusieurs bonnes équipes dans la ligue, et il suffit que l’une d’entre elles joue une excellente partie en finales pour que Laval soit éliminé.
Prémonition? Samedi dernier, (malgré un record de 9-1 cette saison, avec des scores écrasants comme 73-7, 50-0 et 63-1), le Rouge et Or a dû s’avouer vaincu devant les Golden Gaels de Queen’s lors du Mitchell Bowl, disputé à Kingston. Une défaite cuisante pour Laval à qui la victoire a échappé de justesse, 33-30.
Ce sont les Dinosaurs de l’Université de Calgary qui affronteront les Golden Gaels à Québec. L’équipe, classée deuxième, a battu le Huskies de l’Université Saint Mary’s 38‑14 lors du Uteck Bowl disputé à Halifax.
Les Québécois se déplaceront-ils pour le match de la Coupe Vanier quand même? « Ce sera difficile, a admis le quart arrière Benoît Groulx au quotidien Globe and Mail, je ne sais même pas si je vais regarder la partie. »
Le Globe and Mail a qualifié la victoire de Queen’s de « triomphe des programmes de football à petit budget au Canada », et j’ajouterais, une défaite contre le destin.
Que vaut un recteur?
Le 6 novembre dernier, le Journal de Montréal a publié un article dans lequel il relate que la principale de l’Université McGill, Heather Munroe-Blum, gagne trois fois plus que le premier ministre du Québec, Jean Charest (587 000 $ pour Mme Munroe-Blum, comparativement à 175 000 $ pour M. Charest. L’article se trouve ici.).
Ces chiffres peuvent toutefois être trompeurs. Dans le cas de Mme Munroe-Blum, le montant comprend le salaire de base de 358 000 $ plus 229 000 $ en avantages, alors que dans le cas de M. Charest, le montant de 175 000 $ représente uniquement son salaire de base. Je suppose qu’il reçoit aussi des avantages; je serais même prêt à parier qu’ils sont plus élevés que ceux que reçoit Mme Munroe-Blum.
Je ne veux pas m’aventurer ici à évaluer lequel des deux vaut le plus cher. Je veux simplement souligner que, dans un marché concurrentiel où on recrute les gens les plus compétents, il serait juste de dire que la valeur de Mme Munroe-Blum équivaut à ce que l’établissement est prêt à lui verser. Autrement dit, elle dispose du salaire et des avantages que l’établissement qu’elle dirige croit qu’elle mérite en fonction de son expérience, de ses connaissance et de son talent.
Bien sûr, il faut tenir compte du fait qu’elle travaille pour un établissement financé par le secteur public, car les contribuables paient une partie de son salaire. Et comme les universités (et les étudiants) éprouvent des difficultés financières, je conviens qu’il peut être problématique de concevoir un salaire si élevé.
Il faut dire que le poste de recteur d’une université de grande taille est très exigeant. Par conséquent, je ne reproche pas aux chefs d’établissement leurs salaires élevés. Comparés à ceux des dirigeants d’entreprises de taille semblable, ces salaires me paraissent somme toute assez raisonnables. (Les revenus de fonctionnement de McGill se chiffraient à 600 millions de dollars en 2008-2009.)
Reste à savoir si les avantages que reçoit un recteur (comme une résidence, une auto) sont excessifs. Je ne le sais pas. Je laisserai donc à d’autres le soin d’en juger.
Voici les salaires de base des recteurs d’autres grandes universités québécoises, toujours selon le Journal de Montréal :
- Judith Woodsworth, Université Concordia, 350 000 $
- Luc Vinet, Université de Montréal, 339 000 $
- Bruno-Marie Béchard (recteur sortant), Université de Sherbrooke, 278 327 $
- Denis Brière, Université Laval, 270 000 $
- Claude Corbo, Université du Québec à Montréal, 176 871 $
Renouvellement effréné à la tête des universités canadiennes
Il semble y avoir eu une importante rotation à la tête des universités au cours des dernières années. Selon l’information que je reçois de l’Association des universités et collèges du Canada (AUCC), éditeur d’Affaires universitaires, 53 chefs d’établissement (recteurs et principaux) remplissent un premier mandat dans leur actuel établissement et 28 d’entre eux ont été nommés depuis le début de 2008.
Si je vous dis que 96 changements à la direction ont eu lieu au cours des cinq dernières années dans les universités canadiennes, et que 29 établissements n’ont connu aucun changement, les changements sont donc tous survenus dans 65 établissements, puisque l’AUCC compte 94 établissements membres.
Vous me suivez? Quatre-vingt-seize changements à la direction de 65 établissements membres de l’AUCC (universités et collèges universitaires) sont survenus au cours des cinq dernières années.
Pour tout dire, je ne sais pas si une telle succession de recteurs est habituelle ou non; si elle reflète simplement le changement de génération qui s’effectue à la tête des universités canadiennes, ou plutôt la difficulté du rôle que les recteurs sont appelés à jouer aujourd’hui. Un sujet qui a été abordé en 2007 dans l’article « Temps durs pour les recteurs ».
L’AUCC organise, presque annuellement, des ateliers afin de guider les recteurs dans leurs nouvelles fonctions. En janvier 2010, en collaboration avec le Centre for Higher Education Research and Development de la University of Manitoba, elle offrira une version remaniée de ces ateliers, intitulée Programme professionnel pour les recteurs des universités canadiennes.
L’apprentissage en langue seconde : les universités doivent faire plus
Une étude attendue depuis longtemps (du moins par moi) a été rendue publique le 29 octobre par Graham Fraser, commissaire fédéral aux langues officielles. En examinant les possibilités d’apprentissage en langue seconde offertes dans les universités canadiennes, il a conclu qu’elles étaient insuffisantes.
M. Fraser reconnaît que les universités offrent certains cours de langue seconde – que l’on pourrait classer parmi les « services » car on y enseigne aux étudiants les rudiments d’une autre langue, la conversation anglaise, par exemple. Il trouve toutefois qu’il y a un manque flagrant de possibilités d’apprentissage « intensif », pour les étudiants qui souhaitent approfondir leurs connaissances en langue seconde dans une discipline particulière comme le génie, la gestion des affaires ou les soins infirmiers.
Le rapport s’intitule Deux langues, tout un monde de possibilités : L’apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes. L’étude se penche sur 84 universités et « cerne d’importantes lacunes qui empêchent les étudiants de parfaire leurs compétences en langue seconde pendant qu’ils poursuivent leurs études supérieures et se préparent à intégrer le marché du travail ». Outre l’étude, le Commissariat aux langues officielles a publié sur son site Web une carte interactive pour aider les étudiants à repérer les établissements universitaires qui offrent des programmes et des possibilités d’apprentissage intensif de langue.
L’étude a pris forme lorsque M. Fraser et d’autres intervenants se sont rendu compte du fait que, bien que les programmes d’immersion française connaissent une grande popularité auprès des étudiants des niveaux primaire et secondaire, très peu d’entre eux poursuivent leurs études universitaires dans une langue seconde. « La possibilité d’acquérir des compétences en langue seconde et de perfectionner celles-ci doit être offerte au-delà des niveaux primaire et secondaire », explique M. Fraser.
Il existe d’excellents programmes d’apprentissage d’une langue seconde au Canada, comme le régime d’immersion de l’Université d’Ottawa, le programme du Collège Glendon affilié à l’Université York et le Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. Il est toutefois vrai que la plupart des universités ne considèrent pas l’apprentissage d’une langue seconde comme une priorité.
J’ai abordé ce sujet en 2008 dans un article intitulé « Un sujet qui délie les langues ». La deuxième partie de cet article est consacrée à l’apprentissage en langue seconde et cite intégralement les propos de M. Fraser.
M. Fraser, par l’entremise du ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, demande au gouvernement fédéral « de convoquer les représentants des universités, des organisations à caractère éducatif et des gouvernements, ainsi que des spécialistes de l’apprentissage linguistique, afin de discuter des moyens d’améliorer les possibilités d’apprentissage en langue seconde dans les universités et de déterminer l’investissement requis, afin de garantir que les jeunes Canadiens et Canadiennes puissent tirer pleinement profit de la dualité linguistique de notre pays ».


