Critique: Histoire du snobisme

Seriez-vous snob sans le savoir?

par Yves Laberge

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Dans son excellente Histoire du snobisme, le professeur Frédéric Rouvillois (de l’Université de Paris-V) affirme que le snobisme social existe « dans le rêve d’intégrer ou de se rapprocher des ‘classes supérieures’ ». Mais tout comme les modes, le snobisme se manifeste différemment selon les époques : au 19e siècle, il était caractérisé par l’anglomanie, et plus tard par une sorte de goût prononcé pour « le cosmopolitisme en général ».

L’auteur se penche sur certains cercles sélects, les clubs privés, les associations, les répertoires de célébrités et de gens importants propres au 20e siècle comme le Bottin mondain et le « Who’s Who ».

Les derniers chapitres abordent successivement quelques hauts lieux du snobisme : le golf, les voitures luxueuses, la haute gastronomie (comme la « Nouvelle cuisine ») et bien d’autres mondanités. Les meilleures pages touchent le snobisme des critiques d’art et de cinéma : les snobs s’enthousiasmeraient « pour un cinéma difficile ». Ainsi, l’élitisme pousse les snobs à dédaigner le spectacle populaire offert autrefois par Bourvil, Louis de Funès, et Jean Gabin. Par ce rejet arbitraire de ce que tout le monde aime, « on s’intègre par là même à une caste supérieure ».

Cette étude historique centrée sur la France des deux derniers siècles ne manque pas de rigueur, en dépit d’un humour qui en rend la lecture agréable. On appréciera en outre le style raffiné de son auteur et la diversité de sa documentation.

Frédéric Rouvillois, Histoire du Snobisme, Paris, Flammarion, collection « Au fil de l’histoire », 2008, 408 p. ISBN 978-2-0812-0542-0

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