Le coût élevé des études à temps partiel
Ne vous méprenez pas.
par Craig Monk
Des villes universitaires aux campus en milieu urbain, vous les côtoyez nuit et jour. Ils servent le café, font le service aux tables et remplissent les étagères. Ils vérifient votre abonnement au gym pendant que vous attendez, en vêtements de sport. Ils vous informent que votre carte de crédit est refusée, et vous vous demandez s’ils se moquent de vous quand vous avez le dos tourné.
Ce sont vos étudiants.
Travailler pendant ses études est par tradition source de fierté. Les étudiants à temps partiel suivent un ou deux cours, généralement de soir, et occupent un emploi pendant le jour. Bon nombre sont cependant inscrits à temps plein et travaillent dans le commerce de détail au détriment de leurs cours.
Lorsque j’étais au baccalauréat dans les années 1980, j’ai payé mes études en travaillant chez un disquaire, ce qui m’a permis d’éviter les prêts étudiants. Je ne travaillais que 16 heures par semaine pendant l’année scolaire, et à temps plein l’été. De nos jours, les étudiants ne peuvent remplir leurs obligations financières en effectuant trois quarts de travail au salaire minimum, mais ont tout de même besoin d’un revenu d’appoint pour arrondir leur épargne personnelle et l’aide financière gouvernementale. Ils choisissent donc de travailler davantage.
Depuis que j’enseigne, on me demande d’accepter l’idée que les charges réduites de cours sont une bonne chose. Les parents se le répètent entre eux le jour de l’orientation. Selon le règlement universitaire, les étudiants en difficulté sont tenus de suivre moins de cours. Pourtant, de plus en plus d’éléments viennent confirmer que cette façon de faire n’est pas nécessairement la bonne.
Là où j’enseigne, il n’y a pas de différence statistiquement significative entre le rendement des étudiants qui suivent quatre cours et de ceux qui en suivent cinq, mais ceux qui suivent seulement trois cours obtiennent de moins bons résultats. Tandis que les étudiants qui suivent quatre cours le font peut-être parce qu’ils ont besoin de temps d’études supplémentaire pour rivaliser avec ceux qui en suivent cinq, les étudiants qui ont trois cours à l’horaire – mais qui sont considérés à temps plein par les administrateurs des prêts – sont souvent distraits de leurs études par leurs autres activités.
Il y a deux ans, le service de consultation de mon établissement a lancé un projet visant à aider les étudiants en difficulté à choisir leurs cours. Les participants devaient rencontrer à nouveau un conseiller pendant le semestre et assister à des ateliers. Quatre sur cinq ont réussi à améliorer leurs résultats tout en maintenant une pleine charge de cours. Par comparaison, seule la moitié environ de ceux qui ont réduit leur charge de cours sont parvenus à améliorer leurs moyennes. Bien entendu, les participants au projet étaient motivés et, pour diverses raisons, souhaitaient conserver une charge de cinq cours. Il est également légitime de penser qu’un tel encadrement permettrait à n’importe qui de s’améliorer. Il n’en demeure pas moins que la réussite des étudiants qui se sont concentrés sur leurs études vient remettre en question le principe généralement admis selon lequel il est préférable de « prendre son temps ».
Bien qu’une charge de cours réduite permette de réduire les frais de scolarité par semestre et d’aider ainsi les étudiants à payer le loyer, elle entraîne des coûts à long terme pour tous. Les étudiants inscrits à cinq cours par semestre sont en mesure de terminer la plupart des programmes d’études au premier cycle en quatre ans. Les plans d’enchaînement des cours et de dotation en personnel des universités s’appuient sur le principe que les étudiants suivent 10 cours par année, mais ce n’est pas toujours le cas. Ceux qui ont une charge de cours réduite manqueront tôt ou tard un cours essentiel offert seulement à l’automne, et ils demanderont à l’université d’offrir à nouveau le cours au printemps, même si les chiffres ne le justifient pas. Ils peuvent même s’attendre à ce qu’on les dispense de suivre le cours plutôt que d’avoir à attendre le prochain semestre. Ainsi, au risque de voir la réussite des étudiants qui empruntent un parcours ralenti être entravée par la distraction s’ajoute la pression pour diluer le contenu. Les conséquences sur le cheminement professionnel d’un rendement médiocre dans un programme d’études compromis sont de beaucoup supérieures aux avantages que procure un emploi à temps partiel.
Bien qu’il n’existe pas de solution simple à la crise du financement des études, je crois que des mesures musclées sont nécessaires pour corriger la situation. Il faudrait tout d’abord reconnaître que le travail à temps partiel qui oblige les étudiants à réduire leur charge de cours nuit à tout le monde. Il faut également réorganiser les programmes d’études en prévoyant une série de cours interdépendants qui obligerait les étudiants à suivre les programmes en bloc. Les frais de scolarité pourraient également être revus de façon à offrir une mesure qui inciterait les étudiants à suivre cinq cours. Par contre, dans un monde où les étudiants s’attendent à organiser leurs études « à la carte » (suivant le modèle des chaînes de restauration rapide où ils travaillent), quel établissement osera s’y opposer? Une population qui estime que les universités ne sont pas branchées sur la réalité appuiera-t-elle un plan visant à protéger les étudiants de la vraie vie? Et, même si on nous dit que les carrières dans le commerce de détail ne conviennent pas à des diplômés, les entreprises peuvent-elles les regarder partir sans qu’une nouvelle génération soit prête à prendre la relève?
Craig Monk est professeur d’anglais et vice-doyen de la Faculté des arts et sciences à la University of Lethbridge.