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Les universités s’interrogent sur leur rôle relativement à la santé mentale des étudiants

Des administrateurs de haut rang de 36 universités ont pris part à un atelier de l’AUCC sur la santé mentale en milieu universitaire.

par Rosanna Tamburri

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Devant les préoccupations grandissantes touchant la santé mentale des étudiants et des autres membres du milieu universitaire, des recteurs ont formé un groupe de travail chargé de s’interroger sur le rôle potentiel des universités en matière de santé mentale sur les campus. La décision de constituer ce groupe de travail a été prise lors de l’atelier consacré à la santé mentale en milieu universitaire, tenu en décembre par l’Association des universités et collèges du Canada (AUCC).

Le groupe de travail, qui compte sept membres, est présidé par le recteur de l’Université Mount Allison, Robert Campbell, et doit trouver des manières d’aider les établissements à composer avec cet enjeu. Le groupe de travail devra présenter dès avril ses recommandations au conseil d’administration et aux membres de l’AUCC.

Jusqu’à récemment, la santé mentale était un sujet « relativement tabou » sur les campus, a indiqué M. Campbell. « Maintenant que ce n’est plus le cas, nous devons déterminer comment aborder ce problème. »

M. Campbell a précisé que le groupe de travail s’emploiera à clarifier les responsabilités des universités en matière de réponse adéquate à tous les problèmes de santé mentale de leurs étudiants, allant de situations stressantes courantes aux pathologies cliniques graves. Selon lui, les universités doivent envisager tout un arsenal de mesures. Les établissements des petites villes aux ressources psychiatriques limitées devront opter pour une stratégie autre que celle des grands établissements urbains, mais tous les établissements doivent examiner leurs politiques et pratiques internes (classes, horaires d’examens, vie en résidence, communications avec les parents) afin de faire en sorte qu’elles n’amplifient pas le problème.

Les recteurs doivent quant à eux apprendre à parler publiquement et ouvertement de santé mentale. « Il faut déstigmatiser la question, l’aborder sans crainte dans nos activités quotidiennes », a souligné M. Campbell, ajoutant que c’est la seule façon d’élaborer une bonne politique. D’après M. Campbell, les universités ne peuvent réussir seules. Elles doivent collaborer avec les parents, les prestataires de soins de santé, les associations pour la santé mentale et même les gouvernements. En tant qu’employeurs, elles doivent de plus voir comment le problème de la santé mentale touche les professeurs et les membres du personnel.

L’atelier de l’AUCC a rassemblé 55 administrateurs de haut rang, dont neuf recteurs, provenant de 36 établissements. Plusieurs orateurs prestigieux y ont pris part, parmi lesquels Michael Wilson, ancien ministre fédéral et président honoraire de la campagne « Transformer des vies » du Centre de toxicomanie et de santé mentale, ainsi que Michael Kirby président de la Commission de la santé mentale du Canada.

Au terme de l’atelier, M. Kirby a déclaré que les universités ont « l’obligation morale » d’agir. La plupart des troubles mentaux surgissent en effet à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, quand bien des jeunes quittent la maison pour la première fois pour entrer à l’université ou au collège. « C’est une période psychologiquement stressante », a-t-il précisé.

Trente-quatre pour cent des participants à un sondage récemment mené dans une grande université canadienne ont avoué avoir été si déprimés qu’ils avaient du mal à fonctionner. Sept pour cent ont même sérieusement envisagé le suicide. « Rien ne me permet de croire que les chiffres puissent être différents ailleurs », a affirmé M. Kirby.

La stigmatisation demeure un problème : 40 pour cent des parents n’avoueraient jamais à quiconque que leur enfant souffre d’une maladie mentale. M. Kirby a ajouté qu’il est difficile de savoir si la maladie mentale progresse chez les étudiants du niveau postsecondaire, car la recherche sur le sujet est encore à ses débuts.

Plusieurs récents suicides d’étudiants sur les campus canadiens ont propulsé les problèmes de santé mentale à la une. « Chaque recteur à qui j’ai parlé reconnaît le problème et souhaite agir », a affirmé M. Kirby. La Commission de la santé mentale collaborent avec plusieurs établissements à mettre en œuvre son programme Premiers soins en santé mentale, destiné à enseigner au personnel universitaire, aux professeurs et aux étudiants des universités comment repérer les signes de maladie mentale et conseiller les étudiants ayant besoin d’aide. Seize collèges et universités ont par ailleurs adhéré à l’initiative Changer les mentalités de la Commission, destinée à réduire la stigmatisation de la maladie mentale. Enfin, M. Kirby a convié les universités à participer, au printemps, à une campagne dans les médias sociaux destinée aux jeunes.

Daniel Woolf, principal de l’Université Queen’s, a souligné que plus de 3 000 professeurs, membres du personnel et étudiants de l’établissement ont reçu une formation pour déceler la souffrance psychologique et venir en aide aux étudiants touchés. Après le suicide d’un étudiant de première année en mars 2010, l’Université Queen’s a instauré la commission du recteur sur la santé mentale (qui doit rendre son rapport au printemps), et embauché une infirmière en santé mentale et des conseillers répartis sur tout le campus.

« Je crois que nous avons atteint un seuil critique », a déclaré M. Woolf, évoquant la prise de mesures similaires par nombre d’universités. « Reste à savoir si nous saurons battre le fer pendant qu’il est chaud », a-t-il conclu.

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