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À MON AVIS

Transformer l’attrait de l’ordinateur portable en une expérience favorable en salle de classe

Deck: Il y a moyen de mettre la technologie au service des objectifs.

par PAUL AXELROD | 09 DÉC 15

Après plus de 40 ans passés à l’université, d’abord comme étudiant, puis comme professeur et administrateur, j’ai récemment pris ma retraite. J’en suis maintenant à l’âge où je peux offrir de sages conseils à mes anciens collègues, qui n’ont rien demandé (et qui n’en apprécient sans doute pas la valeur), pour les aider à s’améliorer. Aujourd’hui, penchons-nous sur l’utilisation de la technologie en classe. Devrions-nous y interdire les ordinateurs portables, comme le proposent certains universitaires exaspérés? Je ne pense pas.

Cette idée malavisée se veut noble, mais elle est égoïste. Ce que nous, professeurs, disons à nos étudiants est important. Nous voulons toute leur attention. Facebook et les autres plateformes en ligne constituent une distraction et, bien qu’ils puissent accomplir plusieurs tâches en même temps, les étudiants risquent de rater une information essentielle lorsque leurs esprits s’écartent du sujet.

Mais est-ce bien le cas? Notre peur d’être ignoré témoigne moins de l’effet perturbateur des appareils électroniques que de notre inaptitude à repenser la pertinence du cours magistral. Pour des raisons d’efficacité et de coûts, les universitaires ne peuvent se détacher de ce modèle d’enseignement dépassé. Nos énormes salles de classe doivent se remplir de centaines d’étudiants qui n’ont pas d’autre choix s’ils veulent rencontrer un professeur en chair et en os. Un seul enseignant pour ce cours, voilà la méthode rentable.

Dans notre esprit, on justifie cette façon de faire en traitant les étudiants comme des adultes et en leur donnant le droit de s’absenter. Ce n’est même pas nécessaire d’assister au cours lorsque nos exposés magistraux sont accessibles en ligne. Nous incitons les étudiants à poser des questions, mais habituellement, très peu d’entre eux le font. Et bon nombre d’universités ne proposent plus de tutoriels ou de séminaires en petits groupes comme complément à l’exposé magistral, ce qui confirme le modèle d’enseignement unidimensionnel.

Comprenez-moi bien : je crois que d’excellents exposés magistraux sont utiles et admirables. Les orateurs cultivés et charismatiques assez créatifs pour captiver leurs étudiants chaque semaine sont des héros. Mais soyons francs. Je parle ici d’une minorité. Certains chargés de cours, même s’ils maîtrisent leur contenu, sont de piètres communicateurs. D’autres sont plus aptes à égayer les étudiants qu’à les éclairer. Selon toute vraisemblance, la plupart d’entre eux sont des orateurs moyens et transmettent leurs connaissances dans leur champ d’enseignement de façon respectable, mais quelconque. Il faut, pour bien enseigner, savoir jouer devant un auditoire, mais quand les professeurs en devenir apprennent-ils cet art? Ils apprennent à enseigner par essais et (dans une probablement trop grande mesure) erreurs.

Nous savions tout cela bien avant l’ère de l’Internet et nous le tolérions. Il y avait une manière d’enseigner : les professeurs établissaient quelles étaient les connaissances essentielles et les transmettaient aux étudiants qui les assimilaient, posaient une ou deux questions et répétaient ce qu’ils avaient appris lors de l’examen final. Au mieux, ce système offrait aux étudiants une base de connaissances solide dans un certain domaine. Au pire, il s’agissait d’un marathon ennuyant non seulement pour eux, mais aussi pour les professeurs.

Si cette stratégie d’enseignement à sens unique a encore cours aujourd’hui, elle ne peut plus durer – et les étudiants le savent. Pour la forme, ils répondent aux exigences de l’enseignant, mais des possibilités d’apprentissage se perdent si on ne fait pas preuve de créativité dans l’utilisation des outils d’enseignement.

Les étudiants ont besoin de leurs ordinateurs portables pour prendre des notes et les réorganiser à leur façon. Il semble imprudent et injuste d’interdire ces appareils en classe. On peut se servir des ordinateurs pour afficher des images ou des textes auxquels le professeur fait référence dans son exposé. Les questions envoyées par Twitter peuvent être abordées sans délai ou faire l’objet de discussions en classe pendant les pauses (occasionnelles et nécessaires). Moins linéaire, le cours pourrait gagner en dynamisme et en intérêt. Bien sûr, le professeur doit gérer l’utilisation de la technologie en plus d’instruire, mais on sait qu’elle peut lui être utile pour atteindre ses objectifs d’enseignement. Il faut donc savoir mettre les outils au service de ces objectifs; traiter l’ordinateur portable comme un ami et non pas comme un ennemi.

Pour ce faire, il faut bien comprendre les possibilités qu’offrent ces outils; mieux que la plupart des professeurs, surtout les plus vieux, qui ne sont pas toujours disposés à s’y attarder. Trop peu d’entre eux tirent parti des services de soutien à l’enseignement qu’offrent maintenant la plupart des établissements. Nous ne sommes pas près de dire adieu aux grandes salles de classe – ni aux ordinateurs portables, aux téléphones intelligents et à leurs inévitables successeurs. Si vous n’avez pas encore pris votre retraite, plongez dans ce nouvel univers d’enseignement. Si vous y réussissez, vous éveillerez l’intérêt de vos étudiants, si bien que vous découvrirez que la grande salle de classe est désormais enrichissante et non plus contraignante.

C’est tout pour aujourd’hui. À la prochaine!

Paul Axelrod est professeur émérite à la Faculté d’éducation de l’Université York et co-auteur de Making Policy in Turbulent Times: Challenges and Prospects for Higher Education (McGill-Queen’s University Press, 2013).

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