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EN MARGE

Les besoins des postdoctorants continuent d’être ignorés

Telle est la conclusion d’un nouveau sondage mené auprès de postdoctorants au Canada.

par LÉO CHARBONNEAU | 4 octobre 2013

L’Association canadienne des stagiaires postdoctoraux (ACSP) a publié plus tôt cette semaine les résultats d’un nouveau sondage mené auprès de postdoctorants, qui porte non seulement sur les caractéristiques démographiques – Qui sont les postdoctorants canadiens? – mais également sur leurs préoccupations. Le résumé du rapport en français est accessible ici. Un article sur le sondage est également publié sur notre site Web.

Il s’agit du deuxième sondage que l’ACSP effectué auprès de postdoctorants. Le premier, datant de 2009, faisait état d’une « crise postdoctorale au Canada ». Le deuxième évite cette conclusion, mais les résultats du sondage indiquent clairement que la situation ne s’est pas beaucoup améliorée.

La précarité ou l’ambiguïté du statut des postdoctorants est l’un des problèmes récurrents. Officiellement, pour l’ACSP, « un stagiaire postdoctoral (postdoctorant) est une personne qui détient depuis peu un doctorat ou un diplôme équivalent de médecine et qui, de manière temporaire, effectue de la recherche mentorée ou suit une formation de chercheur-boursier. »

Cette définition semble limpide, mais dans les faits, la situation d’emploi et le statut administratif des postdoctorants sont loin d’être clairs : ils peuvent être désignés comme employés, étudiants, travailleurs autonomes ou stagiaires. Qui plus est, leur classification au sein d’un établissement ne correspond pas nécessairement aux catégories d’emploi définies par les gouvernements fédéral ou provinciaux. (Soixante-quinze pour cent des participants au sondage ont indiqué qu’ils préféreraient être catégorisés comme employés.)

Cette ambiguïté se reflète dans les avantages sociaux. Seulement une partie des postdoctorants ont accès aux régimes d’assurance maladie ou d’assurance dentaire de leur établissement. Certains sont admissibles à l’assurance-emploi et à un régime de retraite, tandis que d’autres n’ont pas cette chance. Pourtant, selon moi, c’est la confusion qui règne au sein même des postdoctorants qui constitue la plus grande surprise. Vingt-et-un pour cent des participants ont répondu ignorer s’ils ont droit à des vacances payées (question pourtant fondamentale), près du tiers ne savent pas s’ils ont droit à des congés de maladie et près de 40 pour cent ignorent s’ils sont admissibles aux congés parentaux (alors que 35 pour cent d’entre eux ont des enfants à charge).

Les participants au sondage étaient toutefois certains d’une chose : ils souhaitent être mieux rémunérés. Les postdoctorants canadiens ont en moyenne 34 ans et ont déjà fait vraisemblablement au moins 10 ans d’études postsecondaires (du premier cycle universitaire au doctorat). Or, environ les deux tiers d’entre eux gagnent moins de 45 000 $ par année. Ils s’attendent en outre à demeurer longtemps dans ce que l’ACSP appelle « l’immobilisme universitaire », puisque près de la moitié prévoient faire au moins deux stages postdoctoraux.

Le sondage révèle également que les postdoctorants – comme les titulaires de doctorat en général – sont de plus en plus conscients qu’il est peu probable que leur cheminement professionnel les amène à occuper un poste universitaire (même si 80 pour cent d’entre eux répondent qu’ils visaient au départ un poste de chercheur universitaire). Le rapport le souligne sans détour : « À moins d’une réduction importante du nombre de postdoctorants que produit le Canada, ou à moins d’un accroissement important de la demande en professeurs d’université, seule une minorité de postdoctorants obtiendra un poste dans une université. »

Pourtant, la moitié des participants affirment n’avoir aucune perspective de carrière non universitaire, et 87 pour cent d’entre eux indiquent ne pas avoir accès à des services d’orientation professionnelle ou ne pas savoir s’ils y ont droit. Plus de la moitié des postdoctorants ne reçoivent pas non plus de formation en matière de gestion de projet, de résolution de conflits, de gestion de groupe ou de laboratoire, de rédaction ou de propriété intellectuelle. C’est scandaleux, puisque les postdoctorants auraient de toute évidence avantage à élargir leur formation au-delà du cadre universitaire.

Ne vous étonnez pas si tous ces arguments vous semblent familiers : le même débat est en cours depuis maintenant au moins 10 ans dans le cas de la formation au doctorat. Les universités canadiennes offrent de plus en plus d’ateliers de perfectionnement professionnel et d’autres ressources pour aider les étudiants au doctorat à accéder à des carrières universitaires et non universitaires. Entre-temps, comme le fait remarquer le nouveau rapport, les besoins et les préoccupations « des postdoctorants sont, en contrepartie, plutôt ignorés ».

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau
En 2000, Léo Charbonneau est entré au service d’Affaires universitaires comme rédacteur principal et a été nommé rédacteur en chef adjoint trois ans plus tard. Il a travaillé 10 années au Medical Post à titre de chef de la rédaction et réviseur de chroniques à Montréal. C’est lui qui a proposé de rédiger le blogue officiel d’Affaires universitaires, En marge, en partie pour se rapprocher du lectorat.
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