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L'AVENTURE UNIVERSITAIRE

Comment renforcer la résilience des étudiants?

L’échec, une condition essentielle au succès.

par JESSICA RIDDELL | 12 AVRIL 17

Une récente étude laisse entendre que pour réussir, les étudiants doivent apprendre à échouer. En effet, la réaction face à l’échec est un très bon indicateur du succès futur, ce qui explique que les discussions sur l’enseignement supérieur accordent une importance croissante à la notion de résilience et aux qualités qui y sont associées (persistance, efforts, attitude positive, motivation et maîtrise de soi).

Comment pouvons-nous donc renforcer la résilience des étudiants? Pouvons-nous enseigner cette aptitude? Comme professeure de littérature, j’ai récemment pu explorer le thème de la résilience en transformant mon cours sur le roman médiéval en un périple éducatif. En effet, les épopées chevaleresques offrent une trame utile pour comprendre le procédé de l’apprentissage par transformation et présentent l’échec comme une condition indissociable de la réussite.

Ces récits suivent souvent un même scénario où lors d’une fête de village, un chevalier se voit confier une mission. Sans tarder, le héros se lance dans une aventure périlleuse et fertile en rebondissements qui l’amènera à découvrir une facette importante de lui-même. Fort de cette expérience, il retourne parmi les siens, victorieux et heureux de partager ses nouvelles connaissances. Ce scénario présente des similitudes avec l’enseignement et l’apprentissage, où tout commence en classe, par une conversation en groupe. Nous confions alors aux étudiants des tâches qui éveilleront leur curiosité, puis leur demandons de présenter ce qu’ils ont appris à la fin du semestre.

Lorsqu’il a écrit La Reine des fées au 16e siècle, Edmund Spenser s’est servi d’une épopée chevaleresque comme toile de fond pour son œuvre sur la quête de soi. Lorsque s’amorce le récit, le Chevalier à la croix-rouge est comme bon nombre de nos nouveaux étudiants au premier cycle : il n’a aucune expérience, il ignore ce qui l’attend, mais il est courageux et avide d’aventures. Bien qu’il ait fini par tuer le dragon, libérer un royaume d’un tyran et épouser une ravissante princesse, il commet néanmoins un nombre considérable d’erreurs au fil de son épopée. Il tombe dans des embûches, s’éloigne de la vérité, s’égare, sombre dans le désespoir et envisage même le suicide. Pour s’acquitter de sa mission, le chevalier solitaire devra se montrer humble, faire un séjour initiatique dans la maison de la Sainteté (sorte de centre de réadaptation) et accepter que des mentors lui donnent des conseils pour trouver la vérité, la patience et l’espoir; c’est aussi, l’occasion pour le roi Arthur de faire une courte apparition.

Ce parcours allégorique — attentes initiales élevées, échec inévitable, leçon d’humilité, réaffirmation de la mission et, enfin, réussite — caractérise presque tous les parcours d’apprentissage que je connais.

Le Chevalier à la croix-rouge, ainsi que bien d’autres héros médiévaux, nous enseignent que viser la réussite ne signifie pas éviter l’échec à tout prix. Malgré leur force, leur bravoure et leur vertu, presque tous les chevaliers subissent des défaites pendant leurs aventures. Dans certains récits, les épreuves se succèdent même à un rythme effréné. Heureusement, ils finissent par trouver un refuge et obtenir des conseils et du réconfort au moment où ils en ont le plus besoin. Un nain fidèle, un vieux chevalier reclus ou une reine des fées vient alors à la rescousse. Un habile chevalier saura accepter cette aide, et ces conseils providentiels l’animeront d’une détermination renouvelée pour mener à bien sa mission. Voilà l’essence de la résilience dans les récits médiévaux.

Comme professeurs, nous avons le privilège (et la grande responsabilité) d’agir comme les sages reclus et les fidèles nains pour aider les étudiants à devenir plus résilients. Idéalement, nous leur fournissons (ainsi qu’à nos collègues) les ressources nécessaires à leur apprentissage. Nous les soutenons lorsqu’ils se trouvent dans l’erreur, les encourageons lorsque le désespoir les gagne et célébrons avec eux l’atteinte de leurs buts.

Le modèle de gouvernance arthurien porte ses fruits lorsque les membres d’un groupe partagent une vision et sont encouragés à poursuivre des objectifs collectifs et individuels. Les œuvres littéraires arthuriennes et le monde de l’enseignement supérieur ont bien des points en commun. En effet, les victoires découlent souvent d’actions locales et de nombreuses petites quêtes, plutôt que d’une entreprise de grande envergure; certains obstacles, qui semblent insurmontables, exigent de la créativité et de la souplesse; un principe fondamental prévaut : la défense des droits des groupes vulnérables, des marginalisés et sans voix, et la quête de la vérité et de la liberté sous toutes ses formes.

À la fin de La Reine des fées, alors que le Chevalier à la croix-rouge s’apprête à combattre le dragon, Una sa bien-aimée le supplie de puiser dans sa noblesse et son courage pour se dépasser (The sparke of noble courage now awake,/ And strive your excellent selfe to excel, I. xi. 15-16). L’histoire du preux chevalier nous donne une importante leçon de résilience : nous excellons lorsque nous intégrons et même célébrons nos échecs. L’étincelle qui enflamme le Chevalier correspond au moment magique où le savoir et l’expérience se fondent, quand la peur de l’échec disparaît, et que l’on puise dans ses ressources le courage de se réaliser et de se dépasser.

À PROPOS JESSICA RIDDELL
Jessica Riddell
Jessica Riddell est professeure agrégée au département d’anglais de l’Université Bishop’s, ainsi que titulaire de la chaire Stephen A. Jarislowsky pour l’excellence en enseignement au baccalauréat et récipiendaire du Prix national 3M d’excellence en enseignement.
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