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POINT DE VUE DE L'ADMINISTRATEUR

La collecte de fonds pour les néophytes

Lorsqu’il s’agit de recueillir des fonds, nous sommes des amateurs.

par DOUG OWRAM | 08 NOV 10

Il me semble prétentieux d’écrire une chronique sur la façon de faire des collectes de fonds. Après tout, les universités peuvent compter sur de nombreux professionnels dont c’est le métier, et une association internationale dicte les pratiques exemplaires dans ce domaine. Toutefois, cette chronique se veut le point de vue d’un administrateur et les universités envoient régulièrement de simples amateurs comme moi dans l’univers étrange des campagnes de financement. Malgré mon ignorance totale du domaine, j’ai trouvé cette tâche plus intéressante et moins intimidante que je ne l’anticipais et j’ai voulu en faire part. Dans la première partie, mon propos portera sur l’essor que connaissent les collectes de fonds dans les universités, et dans ma prochaine chronique, je parlerai de ce qui est important de savoir et ce qui ne l’est pas pour ceux d’entre nous qui ont dû apprendre sur le tas.

À l’exception des experts-conseils en organisation de campagnes de souscription, la responsabilité du financement des universités revient à deux principaux groupes : les recteurs et les doyens. Cette responsabilité est plutôt nouvelle. En effet, jusqu’à il y a une vingtaine d’années, les administrateurs canadiens voyaient à la fois avec envie et mépris les grandes campagnes de « développement » aux États-Unis. Peu de recteurs et encore moins de doyens consacraient du temps à de telles campagnes. Un recteur, aux yeux de qui le financement ne faisait pas partie des principales tâches, a bien résumé l’attitude dominante dans les années 1980 : c’était aux gouvernements d’appuyer les universités adéquatement.

Malheureusement pour nous, la définition des gouvernements du mot « adéquatement » différait de celle des universités. Malgré quelques campagnes réussies dans les années 1980, c’est au cours de la décennie suivante que le vent a réellement tourné. Les gouvernements de partout au pays ont commencé à s’attaquer au déficit croissant, et les universités ont vu leur appui financier réel s’amenuiser.

Le monde universitaire a réagi de deux façons : les frais de scolarité ont augmenté et la philanthropie a soudainement pris de l’importance. Les universités ont progressivement élevé leurs attentes. Des campagnes dont les montants semblaient gigantesques étaient bonifiées d’année en année, jusqu’à ce que la University of Toronto devienne en 2004 la première au Canada à récolter un milliard de dollars au cours d’une campagne. Le rôle des recteurs puis des doyens avait été transformé, pour le meilleur et pour le pire. De plus en plus de leur temps était consacré à gérer, à entretenir des relations et à demander des fonds. Lors de l’embauche de recteurs, les conseils d’administration accordaient de plus d’importance à leur capacité à mener des campagnes de financement. De nos jours, peu de recteurs passent moins du quart de leur temps au financement. En fait, ils y passent souvent beaucoup plus de temps que cela. La presque totalité des doyens considère maintenant que le financement fait partie intégrante de leur travail.

Ce changement a considérablement remodelé l’administration universitaire, ce dont les professeurs ne se rendent pas toujours compte. Lorsque les campagnes de financement occupaient peu de place, quelques employés suffisaient pour organiser une campagne auprès des anciens, accepter les legs et appeler des donateurs potentiels à l’occasion. Avec l’ampleur qu’ont prise les campagnes, deux choses se sont produites.

D’abord, le nombre d’employés chargés des campagnes a augmenté rapidement. Qui dit campagne d’envergure dit équipe d’envergure. Cette situation a créé une petite controverse chez le personnel universitaire, puisque les professeurs voyaient les équipes de financement engager des employés à un rythme dont les départements ne pouvaient que rêver.

Ensuite, les universités se sont mises à accorder de plus en plus d’attention aux anciens. Il y a moins d’une génération, les relations avec les anciens étaient, au mieux, irrégulières. Quelques universités, dont l’Université Queen’s, étaient dotées d’un système bien rodé de relations avec les anciens, un peu comme certaines grandes écoles américaines. Cependant, sans le sentiment d’appartenance créé par le football ni le facteur incitatif d’une campagne de financement à grande échelle, les organisations canadiennes d’anciens étaient souvent composées de bénévoles bien intentionnés sans appui important de leur université. Par conséquent, des centaines de milliers d’anciens ont perdu contact avec leur université.

Ces dernières années, les universités ont appris deux choses : d’abord, elles ne pouvaient tout bonnement pas appeler des anciens qui n’avaient pas eu de leurs nouvelles depuis des années et s’attendre à un appui considérable de leur part. Ensuite, les dirigeants universitaires se sont rapidement rendu compte que, en plus d’être reconnus comme de généreux donateurs, les anciens exerçaient une grande influence qui dépassait ce simple rôle; ils sont des ambassadeurs, des recruteurs, des conseillers et, bien entendu, des donateurs.

Malgré tous ces changements, un fait demeure : les dirigeants universitaires sont des amateurs en ce qui a trait à la collecte de fonds. Ce n’est qu’en raison des postes qu’ils occupent que cette tâche leur est confiée. Comment apprivoiser le monde intimidant des campagnes de financement? Ce sera le sujet de ma prochaine chronique.

Doug Owram est vice-recteur adjoint du campus Okanagan de l’Université de la Colombie-Britannique. Il est aussi historien canadien et membre de la Société royale du Canada.

À PROPOS DOUG OWRAM
Doug Owram is deputy vice-chancellor of UBC Okanagan and a Canadian historian.
COMMENTAIRES
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  1. Guy Labrecque / 9 November 2010 at 3:46 pm

    En effet, les universités sont en mode rattrapage pour la philanthropie, en particulier les universités québécoises. Certaines font beaucoup d’effort pour rejoindre les anciens d’il y a plusieurs années et les problèmes évoqués dans l’article… Pourquoi donner à une université qui ne s’est jamais occupé de nous comme diplômé. Également, souvent, peu d’efforts sont faits auprès des jeunes diplômés avec qui un lien durable pourraît être développé si on s’occupait d’eux. Ceux-ci n’ont pas les revenus de leurs aînés, mais le sentiment d’appartenance ça se développe bien avant l’obtention du diplôme.

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