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Les universités francophones viennent en aide à celles d’Haïti

Un nouveau plan d’action pour les universités haïtiennes est dévoilé au congrès de l’AUF à Montréal.

par PHILIP FINE | 08 JUIN 10

Le professeur de géographie Jean-Marie Théodat est payé par une université parisienne pour diriger un bureau en Haïti. La mission qu’il gère est encadrée par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), une association internationale située à Montréal qui regroupe plus de 700 universités francophones. Le fait que la Sorbonne paie son salaire de professeur pour son travail auprès de l’AUF n’est qu’un exemple de l’aide qu’apportent les établissements d’éducation postsecondaire francophones à ce pays en reconstruction depuis le tremblement de terre du 12 janvier dernier.

Environ 25 universités canadiennes se sont également montrées généreuses en annulant ou en réduisant considérablement les frais de scolarité des étudiants haïtiens, en envoyant des professeurs bénévoles en Haïti, en recueillant des fonds et en créant des programmes de bourses d’études pour les étudiants de ce pays.

Avant le désastre, Laurier Turgeon, directeur de l’Institut du patrimoine culturel de l’Université Laval, étudiait déjà les archives patrimoniales du pays avec le ministère haïtien de la Culture dans le but de stimuler le tourisme culturel. Trois collègues de son bureau haïtien sont cependant décédés lorsque leur édifice de béton, voisin du tristement célèbre hôtel Montana, s’est effondré.

M. Turgeon envoie maintenant de nouveaux professeurs bénévoles en Haïti. Les cours sont maintenant donnés dans une salle de réception intacte que les professeurs doivent libérer la fin de semaine pour faire place aux réceptions de mariage.

À la fin de mai, les nombreux programmes d’aide offerts par les universités francophones ont été regroupés en un plan d’action cohérent rédigé par M. Théodat et dévoilé à Montréal au cours du congrès de deux jours organisé par l’AUF sur le thème « Reconstruire le système universitaire haïtien ». Le congrès a attiré 115 délégués, dont des représentants d’universités haïtiennes, à l’Université de Montréal.

Le plan d’action recommande la création d’un ministère haïtien de l’Enseignement supérieur et de l’Innovation ainsi que d’un organisme subventionnaire de la recherche. Un projet de campus virtuel, que l’AUF espère mettre sur pied d’ici l’automne et pour lequel elle a besoin de recueillir 1,25 million de dollars, est une autre pièce maîtresse du plan. Le plan comprend également des bourses qui permettraient aux étudiants de terminer leurs études et à de nouveaux professeurs d’être formés.

De plus, 320 000 $ seraient versés afin d’attirer du personnel enseignant bénévole supplémentaire, qui serait principalement constitué de professeurs retraités. Des idées novatrices adaptées au contexte particulier d’Haïti ont été proposées, comme créer des groupes de disciplines spécialisées, subventionner le transport, construire des immeubles écologiques et offrir des cours dans les camps de secours.

Bien que le congrès ait été intitulé « Reconstruire le système universitaire haïtien », le système n’avait toujours pas atteint, de l’avis général, le niveau que la majorité des nations attendent de leurs propres établissements d’enseignement supérieur. « La situation en Haïti était désastreuse avant le tremblement de terre », a déclaré en entrevue George Haddad, directeur de la Division de l’enseignement supérieur de l’UNESCO. À titre d’exemple, le système universitaire haïtien se caractérisait déjà ainsi avant le mois de janvier :

  • un professeur d’université gagnait en moyenne moins d’argent qu’un briqueteur;
  • 11 pour cent des professeurs d’université d’Haïti étaient titulaires d’un doctorat;
  • seuls deux professeurs avaient les qualifications requises pour superviser une thèse de doctorat dans tout le pays;
  • plus de 15 000 Haïtiens étaient inscrits à une université de la République dominicaine;
  • seulement 0,4 pour cent du budget du gouvernement était alloué à l’enseignement supérieur;
  • les diplômes décernés par seulement 47 des 200 établissements d’enseignement supérieur haïtiens étaient approuvés par le gouvernement.

L’AUF a demandé à ses huit universités membres haïtiennes de cerner les disciplines ayant les plus grands besoins de bourses d’études et incite ce groupe souvent divisé à parler d’une seule voix pour ce faire. Bernard Cerquiglini, recteur de l’AUF, a affirmé que l’organisation jumellera des donateurs, parmi lesquels des gouvernements du monde entier qui ont promis neuf milliards de dollars américains pour la reconstruction à court et à long terme et de nombreux autres qui ont offert leur aide au secteur haïtien de l’enseignement supérieur, pour combler les différents besoins de la communauté universitaire du pays.

Yvon Fontaine, président de l’AUF et recteur de l’Université de Moncton, a conjuré les délégués de « ne pas devenir complaisants ». L’AUF prévoit également rédiger un échéancier d’initiatives et convoquera bientôt un comité qui aura entre autres la responsabilité de trouver des donateurs.

L’Association des universités et collèges du Canada (AUCC) et des associations universitaires d’autres pays font pression sur leurs gouvernements respectifs afin qu’ils bonifient leur aide à l’enseignement supérieur en Haïti. L’AUCC a défendu sa position auprès de l’Agence canadienne de développement international, précise Pari Johnston, directrice de la Division des relations internationales de l’Association. Bien que les pays donateurs concentrent en général leur aide dans l’éducation primaire et secondaire, Mme Johnston remarque que « le rôle que jouent les universités dans la formation des professeurs et le renforcement des capacités au sein du ministère de l’Éducation en fait des intervenants importants dans le système éducatif de base d’un pays. »

De nombreux délégués du congrès ont exprimé le souhait que le gouvernement haïtien et le monde entier prennent ce plan d’action au sérieux. Le coordonnateur de l’enseignement supérieur à la Banque mondiale, Jamil Salmi, a pour sa part mentionné aux délégués qu’ils devaient s’assurer que les promesses de dons se traduisent par des contrats : « Il faut agir et s’engager. Avec des signatures. »

Entre-temps, M. Théodat, professeur d’origine haïtienne à la Sorbonne, a confié à Affaires universitaires : « Il a fallu 30 ans et un tremblement de terre pour me ramener en Haïti. » L’une des tâches qu’il s’est lui-même imposées est de reconstruire la maison de sa mère, détruite par le tremblement de terre. Il espère avoir terminé d’ici le 4 août, lorsqu’elle célébrera son 88e anniversaire. Reconstruire le système universitaire haïtien serait un plus grand cadeau encore à offrir au pays meurtri qui l’a accueilli de nouveau.

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