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Air Canada interdit les primates destinés à la recherche sur ses vols

La compagnie aérienne s’appuie sur une décision confirmant son droit de refuser de transporter les animaux.

par KAREN BIRCHARD | 16 JAN 13

Alors que les organismes de défense des droits des animaux célèbrent une victoire, les chercheurs canadiens en sciences biomédicales sont déçus et tentent de trouver une solution de rechange. En effet, l’Office des transports du Canada (OTC) a rejeté les objections de l’Université Queen’s et de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) relativement à la décision d’Air Canada de cesser le transport des primates destinés à la recherche.

« Cette décision déçoit beaucoup, affirme Andrew Winterborn, vétérinaire et directeur de la protection des animaux à l’Université Queen’s. Il sera maintenant plus difficile de trouver des primates destinés à la recherche. Nous craignons que cette décision mène à d’autres restrictions », dit-il, faisant remarquer que des compagnies de transport du Royaume-Uni ont récemment mis sur pied une politique pour interdire le transport des animaux destinés à la recherche.

L’ASPC a également affirmé être déçue par la décision, mais tentera de minimiser ses effets en mettant en œuvre des plans de contingence. Elle a cependant refusé de préciser la nature de ces plans pour des raisons de sécurité.

Air Canada était l’une des dernières compagnies aériennes d’importance à transporter des primates destinés à la recherche et était devenue la cible des organismes de défense des droits des animaux qui militent contre l’utilisation des animaux en recherche. Même si elle n’a jamais enfreint les règlements internationaux sur le transport des animaux, l’entreprise a cessé de transporter des primates en décembre 2012. Dans sa décision, l’OTC indique qu’elle accepte l’argument d’Air Canada qui précise que le fait de continuer à transporter des primates destinés à la recherche pouvait avoir un « effet négatif […] sur sa réputation et les ventes aux passagers ». Air Canada s’est dite satisfaite de la décision.

« Cette décision historique confirme le droit d’Air Canada de refuser de transporter des primates vers les laboratoires, ce qui devrait grandement inciter au remplacement des animaux ou à la réduction de leur utilisation », explique Gabriel Wildgen, militant de la Humane Society International/Canada dans une déclaration faite immédiatement après que l’OTC eut rendu sa décision.

La plupart des primates utilisés pour la recherche qu’Air Canada transportait étaient des macaques crabiers de la Chine. La compagnie aérienne a annoncé en novembre 2011 qu’elle souhaitait interdire de tels transports en janvier 2012. L’Université Queen’s et l’ASPC ont déposé une plainte contre le changement proposé par Air Canada auprès de l’OTC, ce qui a reporté sa mise en application. La décision d’appuyer la volonté d’Air Canada a été rendue près d’un an plus tard, le 20 décembre 2012, et Air Canada a mis l’interdiction en application trois jours plus tard.

La compagnie aérienne continuera de transporter des animaux, à l’exclusion des primates destinés à la recherche. L’Université Queen’s soutenait que cette politique était discriminatoire, arbitraire et déraisonnable. Air Canada, qui transporte plus de 32 millions de passagers par année, a affirmé avoir reçu des lettres de 47 000 personnes s’opposant au transport des primates et menaçant de boycotter l’entreprise.

L’OTC a déclaré : « Après avoir examiné les circonstances et les faits pertinents, et après avoir soupesé les divers facteurs et éléments de preuve présentés par les parties dans cette affaire, l’Office conclut que la décision d’Air Canada de ne plus transporter de primates destinés à la recherche constitue une décision opérationnelle légitime et ne soumet aucun trafic à un préjudice ou un désavantage quelconque. »

La décision a surpris de nombreux chercheurs, dont Martin Paré, chercheur en neuroscience à l’Université Queen’s; ses travaux portent sur la schizophrénie et la maladie d’Alzheimer. Selon lui, ce changement pourrait entraver la recherche biomédicale, accroître les coûts de la recherche et nuire au bien-être des animaux, car les modes de transport de remplacement pourraient être plus pénibles pour les animaux que les anciens. Il souligne que cette interdiction a donné aux chercheurs canadiens l’occasion de discuter de divers scénarios, y compris de la création d’un centre d’élevage au Canada, de l’affrètement conjoint d’avions pour le transport des animaux ou de la formation de groupes de militants pour la science qui pourraient sensibiliser la population et réfuter les affirmations des groupes de défense des animaux. « Il se pourrait même qu’une pétition pour le soutien de la recherche biomédicale soit lancée », indique-t-il, soulignant que les installations de recherche sur les animaux sont à la fine pointe au Canada et que le pays est un chef de file mondial en matière de protection des animaux.

M. Paré et d’autres chercheurs affirment utiliser d’autres méthodes de recherche lorsque c’est possible, mais, parfois, l’utilisation des primates est nécessaire, particulièrement en recherche médicale. Ils respectent la règle d’éthique des Trois R du Conseil canadien de protection des animaux (CCPA), qui consiste à remplacer un animal doué de sensation par un système inanimé ou un être non sensible, à réduire le nombre d’animaux utilisés et à raffiner l’expérience pour la rendre plus acceptable sur le plan humain. Selon le CCPA, les chercheurs canadiens ont eu recours à 4 629 primates en 2010.

Les chercheurs canadiens espéraient qu’Air Canada calque ses politiques sur celles d’Air France, qui a refusé de céder aux pétitions, car elle soutient que le chargement d’animaux destinés à la recherche est légal. Air France s’assure que tous les établissements de recherche recevant ses cargaisons animales respectent les règlements internationaux en matière de protection des animaux. Air France mentionne également sur son site Web que la directive de l’Union européenne en matière de recherche sur les animaux précise que « l’utilisation d’animaux vivants demeure nécessaire pour protéger la santé humaine et animale ainsi que l’environnement et que l’utilisation de primates dans les procédures scientifiques reste nécessaire à la recherche biomédicale ».

La British Union for the Abolition of Vivisection a déclaré qu’elle continuera de surveiller le Canada et l’Amérique du Nord dans le cadre de sa campagne pour abolir le transport des singes destinés à la recherche. « Actuellement, seulement un petit nombre de compagnies aériennes continuent d’effectuer ce type de transport, dont Air France, Vietnam Airlines, China Southern Airlines et China Eastern Airlines. Nous devons leur prêter une attention particulière. Nous savons que China Southern Airlines et China Eastern Airlines se rendent toutes deux au Canada. »

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