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Baisse du nombre de femmes à la tête d’équipes sportives universitaires

Le gouvernement fédéral, USports et un groupe de chercheurs espèrent renverser cette tendance.

par TARA SIEBARTH | 05 MAR 20

Depuis toujours, la direction des équipes sportives est une affaire d’hommes, y compris pour les équipes féminines. Lorsque Jenessa Banwell entraînait l’équipe féminine de soccer de l’Université de Toronto en 2011, elle a vite remarqué le faible nombre d’entraîneuses dans ce milieu. Celles qu’elle rencontrait étaient assistantes, comme elle, et les entraîneuses-chefs étaient rarissimes. Se sentant de plus en plus comme la « femme de service », elle a fini par abandonner la profession.

« Je me sentais dominée par tous ces hommes, se rappelle-t-elle. Aucun ne m’a jamais vraiment prise sous son aile et ne m’a dit “je vais te donner l’occasion de diriger l’équipe” ou “aujourd’hui ou cette fin de semaine, c’est toi l’entraîneuse-chef”. Au bout de quelques années, je me suis rendu compte que rien ne changeait et que personne ne m’incitait à aller plus loin ou à accepter plus de responsabilités. »

Mme Banwell demeurait toutefois convaincue que le manque d’entraîneuses à l’université était un problème facile à corriger. D’autres milieux à prédominance masculine (par exemple la médecine et le droit) avaient réussi à augmenter la représentation des femmes, alors pourquoi pas le sport? Elle a décidé d’examiner la question dans le cadre de ses études doctorales à la Faculté de kinésiologie et d’éducation physique de l’Université de Toronto en 2014.

« J’étudie les modes de recrutement des femmes, les façons de favoriser leur avancement dans les milieux sportifs, en particulier à des postes d’entraîneuses, ainsi que leur maintien en poste », explique-t-elle.

Ce problème est préoccupant pour beaucoup, dans le milieu universitaire et ailleurs. À l’heure actuelle, seulement 16 pour cent des entraîneurs au niveau universitaire sont des femmes, un pourcentage qui diminue depuis quelques années.

Selon Lorraine Lafrenière, chef de la direction de l’Association canadienne des entraîneurs, les recherches indiquent que les femmes se disqualifient des offres d’emploi : « Alors que les hommes se disent “je vais apprendre cette facette du travail sur le tas”, les femmes ne se jugent pas suffisamment qualifiées et ne présentent pas leur candidature ». Mme Lafrenière croit aussi que la façon dont les offres d’emploi sont formulées explique en partie le faible nombre de femmes dans la profession. « Elles ne se reconnaissent pas dans le langage utilisé », explique-t-elle.

L’entraîneure de Canada Soccer, Bev Priestman (à droite) et une membre du personnel se préparent pour le Championnat féminin U-17 en 2018. Mme Priestman a ensuite quitté le Canada pour devenir entraîneure-adjointe avec l’équipe féminine anglaise. Photo par Roy K. Miller/ISIPHOTOS.

Mme Lafrenière a fait partie du Groupe de travail sur l’équité des genres dans le sport, créé par Kirsty Duncan alors qu’elle était ministre des Sports (cette fonction n’existe plus dans le gouvernement fédéral actuel). Elle espère que certaines des recommandations du groupe de travail contribueront à améliorer la situation. Entre autres, le groupe recommande d’atteindre l’équité des genres dans le sport à tous les niveaux d’ici 2035, mais aussi d’accroître le nombre d’entraîneuses.


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Alors, par où commencer? En 2018, le groupe de travail a déposé son rapport final à Sport Canada – l’organisme fédéral responsable des sports au pays – et affirme que la mise en oeuvre de certaines recommandations a déjà débuté. Parallèlement, USports (l’organisme qui encadre le sport universitaire au Canada) cherche à créer une initiative comme celle qui existe à l’Association canadienne du sport collégial depuis plusieurs années déjà.

« Nous n’en sommes qu’aux premières étapes, mais nous voulons créer un programme d’apprenties entraîneuses comme celui de l’Association canadienne du sport collégial, afin d’accroître la représentation des femmes et de faciliter le parcours des étudiantes-athlètes qui souhaitent devenir entraîneuses dans notre système », explique David Goldstein, chef des opérations à USports.

Cette nouvelle est encourageante pour Mme Banwell, dont les travaux de recherche indiquent que le mentorat, même effectué par des hommes, bénéficie énormément aux entraîneuses. « Le parrainage est très souvent motivé par les personnes qui ont été sensibilisées au problème et qui comprennent que la sous-représentation des femmes est bien réelle. » Elle ajoute que les hommes ne se rendent pas toujours compte du fait que les femmes sont ignorées ou oubliées lors de la prise de décisions importantes.

« Nous savons que les équipes réussissent mieux lorsque les deux sexes y sont représentés. Les hommes et les femmes ne pensent pas de la même façon et ont des styles de leadership différents. Je crois que les hommes comprendraient un peu mieux la situation s’ils étaient sensibilisés aux obstacles que les femmes doivent surmonter. »

Mme Lafrenière de l’Association canadienne des entraîneurs précise que pour être efficace, le parrainage doit reposer sur une stratégie mûrement réfléchie qui vient compléter le mentorat. « Il ne s’agit pas de cocher simplement une case […], mais plutôt d’élaborer un plan qui place délibérément les femmes dans des postes d’autorité afin que les athlètes, le personnel et les autres entraîneurs les considèrent comme des leaders. »

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