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Course contre la montre pour assainir l’air à l’intérieur des universités

À l’approche d’un autre hiver en pandémie, de nombreux établissements d’enseignement ont modernisé d’urgence leurs systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation.

par MATTHEW HALLIDAY | 04 NOV 21

En juillet 2020, 239 scientifiques du monde entier ont adressé à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) une lettre ouverte qui a eu l’effet d’une « bombe épidémiologique » : le SARS-CoV-2 se propage par voie aérienne, non seulement par les gouttelettes respiratoires, mais aussi par les aérosols. Or, ces derniers demeurent en suspension dans l’air plus longtemps que les gouttelettes et voyagent sur de plus longues distances.

« Le milieu de la prévention des infections et de l’épidémiologie croyait vraiment que la transmission se faisait par les gouttelettes, indique Colin Furness, épidémiologiste et professeur adjoint à la Faculté de l’information de l’Université de Toronto. Toutefois, les données n’allaient plus en ce sens. » Le nombre d’éclosions dans des lieux intérieurs augmentait trop rapidement pour qu’il ne s’agisse pas d’une transmission par voie aérienne.

Cette constatation a marqué un tournant dans l’étude du nouveau virus mortel et un changement dans les mesures prioritaires de santé publique; la ventilation et la purification de l’air venaient remplacer la désinfection des surfaces et même les deux mètres de distanciation physique, auparavant au sommet des priorités. De nombreuses organisations, comme l’OMS et certains gouvernements provinciaux, ont mis du temps à s’adapter aux nouvelles recommandations. Cependant, un type d’établissements a rapidement agi, souligne M. Furness.

« Les universités ont tendance à faire preuve d’intelligence, indique-t-il. Il y a quelques milliers d’années, elles tiraient mieux leur épingle du jeu que bien d’autres structures organisationnelles, car elles s’adaptaient mieux que quiconque […] Il n’est donc pas étonnant qu’elles agissent en fonction des plus récentes informations. »

Partout au pays, les exemples ne manquent pas. Sur plusieurs campus, la période estivale a été consacrée à la modernisation d’urgence des systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation, à l’installation de l’équipement et à la rénovation des vieux édifices ne possédant pas de système central de chauffage et climatisation, ce qui a demandé de faire preuve d’inventivité.

La plupart des universités se sont tournées vers les directives de la Société américaine des techniciens de chauffage, de réfrigération et de climatisation (ASHRAE) destinées aux gestionnaires d’immeubles nord-américains. En avril 2021, dans une déclaration « sans équivoque », l’ASHRAE a recommandé des changements majeurs aux systèmes des immeubles, à la lumière des données sur la transmission du virus par voie aérienne.

Il est entre autres recommandé d’utiliser des filtres respectant l’indice MERV 13, qui retiennent un pourcentage élevé de particules de la taille du virus. On suggère aussi d’accroître la fréquence du renouvellement d’air pour les pièces occupées et, pour assainir l’air dans les lieux non dotés de systèmes centraux, d’installer des filtres HEPA, qui éliminent les particules aussi petites que celles de 0,3 micron.

« Les directives de l’ASHRAE nous informent beaucoup », affirme Dave McArthur, directeur des installations et des services à l’Université Brock. « Dans les débuts de la pandémie, l’organisme préconisait un apport d’air frais en tout temps, puis il a axé ses recommandations sur le renouvellement d’air, ce qui consiste essentiellement à filtrer et à purifier l’air mécaniquement. »

L’Université Brock vise maintenant à renouveler l’air six fois par période d’une heure. Elle a aussi commencé à effectuer un changement d’air des immeubles et des pièces avant l’arrivée des premiers occupants et après leur départ, plutôt que de simplement éteindre le système de ventilation. Ces mesures s’éloignent des anciennes priorités visant l’efficacité énergétique. « Nous sommes maintenant loin d’être efficaces sur le plan énergétique, indique M. McArthur. Imaginez ce que représente l’entrée d’air frais pour renouveler la totalité de l’air intérieur lorsqu’il fait 30 degrés dehors et que le taux d’humidité est de 90 %. »

Ce n’est pas tout : l’entrée d’air extérieur humide en grande quantité accroît les risques de moisissures et, par conséquence, exigera davantage de maintenance. L’hiver, il faudra aussi chauffer cet air.

Des mesures proactives et ambitieuses

De nombreux autres établissements postsecondaires ont entrepris des démarches similaires. À l’Université Dalhousie, l’équipe responsable des installations a examiné plus de 600 lieux intérieurs cet été pour évaluer comment rendre la filtration de l’air et l’apport d’air frais conformes aux nouvelles normes de sécurité. Pour sa part, l’Université de l’Alberta vise à renouveler l’air de trois à six fois par heure, ce qui devrait réduire de 78 à 95 % le risque de transmission du SARS-COV-2.

À l’Université York, Stewart Dankner, directeur de la gestion immobilière, tente de reproduire le fonctionnement des systèmes des installations médicales du Réseau universitaire de santé de Toronto, où il travaillait jusqu’en juillet 2020. Pour cela, il faut faire fonctionner en tout temps les ventilateurs, remplacer les filtres par des filtres MERV 13 et utiliser des filtres HEPA dans les lieux comme le Glendon Hall, un immeuble construit en 1924 n’ayant pas de système central.

M. Dankner contrôle aussi de près l’humidité. « Le taux d’humidité minimal est maintenu entre 30 et 50 % dans les salles, précise-t-il. Dans l’air humide, le virus demeure moins longtemps en suspension. »

Les objectifs de ventilation de l’Université de Toronto ressemblent à ceux de l’Université York. M. Furness indique que l’établissement souhaite atteindre l’indice MERV 13 à l’échelle du campus (l’ancien indice était MERV 8), accroître les renouvellements d’air et installer des filtres HEPA dans les immeubles sans systèmes centraux. « Nous prenons des mesures proactives et ambitieuses qui vont au-delà des recommandations, » juge-t-il. M. Furness donne un cours en présentiel ce trimestre-ci. Il transporte avec lui un capteur de dioxyde de carbone pour surveiller la qualité de l’air. « Les taux mesurés sont très faibles et ressemblent généralement à ceux de l’air extérieur, indique-t-il. Je ne pourrais pas me sentir plus en sécurité. »

Principe de précaution

La stratégie de certains établissements fait néanmoins sourciller. Michael Arfken, professeur agrégé en psychologie et président de l’Association des professeurs à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, dit tenter depuis cet été de comprendre la stratégie d’amélioration de la ventilation de l’établissement, mais ne pas y être parvenu.

L’Université de l’Île-du-Prince-Édouard a mandaté un consultant pour obtenir un rapport sur la qualité de l’air et la ventilation, mais ne l’a toujours pas diffusé. L’établissement affirme aussi suivre les directives provinciales de santé et sécurité au travail, mais celles-ci n’ont pas été mises à jour selon les pratiques exemplaires liées à la COVID-19.

« En droit, il existe ce qu’on appelle le “principe de précaution”, soutient M. Arfken. Hors de tout doute raisonnable, il faut appliquer ce principe et aller au-delà des normes prévues par la loi. Les experts en qualité de l’air croient d’ailleurs que les normes actuelles ne sont pas suffisantes pour répondre à la nouvelle situation. Les employeurs doivent-ils vraiment attendre que les provinces modifient leurs lois avant de s’adapter à des circonstances qui évoluent continuellement? »

La pandémie de COVID-19 prendra fin un jour, mais les questions sur l’atténuation des risques liés aux maladies virales en général seront toujours là. À l’Université York, M. Dankner croit que les changements au sein de sa profession sont là pour de bon. Il s’attend à ce que des solutions de pointe voient le jour, comme des systèmes équipés de lampes à ultraviolets germicides. Il prévoit aussi un changement de culture global dans son milieu.

« La prévention gagnera en importance, affirme M. Dankner. Des appareils électroniques ou des dispositifs dans les immeubles intelligents permettront de détecter les problèmes de ventilation plus tôt, ou encore des alarmes intégrées aux systèmes portatifs de filtration HEPA indiqueront qu’il faut un nettoyage. Dorénavant, je crois que nous tenterons de prévenir les problèmes plutôt que d’y réagir. »

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