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Le CRIAQ donne des ailes à la recherche aérospatiale du Québec

par MARIE LAMBERT-CHAN | 19 JUILLET 16

L’industrie aérospatiale carbure à l’innovation. Au Canada, environ 20 pour cent de toutes les activités de ce secteur sont dédiées à la recherche et au développement, soit cinq fois plus que dans le domaine manufacturier. Et 70 pour cent de cette R-D est menée au Québec, dans la grande région de Montréal. Pas étonnant que la province qui a vu émerger Bombardier soit aussi celle où est né le Consortium de recherche et d’innovation en aérospatiale au Québec (CRIAQ), une organisation qui a littéralement donné des ailes à la recherche aérospatiale au Québec et même au Canada.

« C’est grâce au CRIAQ si la recherche en aérospatiale a progressé aussi vite dans les dernières années », affirme Fassi Kafyeke, directeur principal des technologies stratégiques et de la conception avancée chez Bombardier Aéronautique.

Les chiffres le confirment. Créé en 2002, le CRIAQ a 128 projets réalisés ou en cours à son actif, d’une valeur totale de 126,7 millions de dollars. Les sujets explorés sont aussi variés qu’essentiels au progrès de l’industrie : étude des matériaux composites, réduction de la pollution par le bruit, création de nouveaux systèmes de contrôle, perfectionnement du bilan environnemental, lutte contre la fatigue des pilotes, amélioration de l’expérience de vol, etc.

« tous travaillent ensemble »

Peu de groupes de recherche peuvent se targuer d’être aussi performants. Quelle est la recette du succès? « Le coup de maître du CRIAQ est d’avoir réussi à mobiliser le milieu aérospatial pour que tous travaillent ensemble », estime Denis Faubert, président-directeur général du CRIAQ. Ainsi, chaque projet est élaboré par au moins deux entreprises et deux établissements de recherche. « En général, il y en a plus », précise M. Faubert, qui ajoute que le consortium réunit aujourd’hui 21 universités et centres de recherche, ainsi que 57 entreprises, dont les incontournables Bombardier Aéronautique, CAE, Bell Helicopter et Pratt & Whitney.

Dans cet écosystème, l’industrie parvient à mieux tirer son épingle du jeu. « Les grandes nations aéronautiques, comme les États-Unis et la France, ont beaucoup plus d’argent que nous à dépenser en R-D, signale M. Kafyeke. La recherche collaborative est la seule façon de leur faire une concurrence honorable à des coûts qu’on peut se permettre. En mettant nos ressources financières en commun, nous en avons plus pour notre argent. » En effet, les entreprises récoltent 1 $ pour chaque 0,25 $ investi, selon les estimations du CRIAQ.

Les universités, les collèges et les centres de recherche y trouvent aussi leur compte, comme des sources de financement supplémentaires, de même qu’un accès privilégié aux besoins de l’industrie. Mais le CRIAQ provoque aussi un effet d’entraînement insoupçonné. « La recherche en collaboration avec le CRIAQ nous a conduits à créer le tout premier programme de génie en aérospatiale au Québec », indique Christophe Guy, directeur général de Polytechnique Montréal. Autre retombée pour l’école de génie : l’obtention de la Chaire industrielle de recherche CRSNG multisectorielle en revêtements et en ingénierie des surfaces, la deuxième plus grande chaire de recherche industrielle au Canada.

Jonathan Doré
Jonathan Doré, qui a terminé le programme génie aérospatial à Polytechnique Montréal, travaille maintenant pour CAE. Photo de Polytechnique Montréal.

Le consortium de recherche contribue aussi à former la relève scientifique. Depuis 14 ans, plus de 900 jeunes chercheurs y sont passés. « C’est une opportunité exceptionnelle pour nous familiariser avec l’industrie et ses standards », déclare Julien Guay, étudiant à la maîtrise en génie aérospatial à Polytechnique Montréal, qui participe à un projet du CRIAQ sur la mécanique des fluides numériques. Les entreprises sont très attentives au travail des futurs ingénieurs. Plusieurs finissent même par les recruter.

Place à l’innovation ouverte

« Contrairement aux autres consortiums de recherche, nous ne faisons pas d’appels de projets. Nous préférons l’innovation ouverte », explique M. Faubert. Concrètement, cela se traduit par un grand forum de la recherche organisé tous les deux ans. Pour sa huitième édition qui a eu lieu en avril dernier, le forum a rassemblé plus de 700 acteurs de la recherche et de l’industrie aérospatiales. Pendant ce véritable happening, des industriels se voient accorder trois minutes pour présenter les enjeux qui les préoccupent. Puis, des chercheurs et des experts industriels les approchent pour qu’ils trouvent une solution ensemble. Et comme cette recherche est au stade précompétitif, personne ne se fait un sang d’encre à l’idée d’éventer des secrets industriels…

Le succès du Forum de la recherche dépasse les frontières canadiennes. Des représentants de neuf pays ont participé à la dernière édition, dont Laurent Manach, directeur du Pôle de compétitivité EMC2 à Nantes, en France. « Le modèle du CRIAQ s’approche de nos pôles de compétitivité français, fait-il remarquer. Mais alors que nous avons besoin de quatre réunions pour attirer 200 personnes chaque fois, le CRIAQ réussit à faire un seul événement avec 700 personnes. Le fait que le consortium soit une référence au Canada et dans le monde est une vraie force d’attractivité. »

Il ne croit pas si bien dire. Le CRIAQ suscite tant d’admiration que le gouvernement canadien s’en est inspiré pour créer son pendant fédéral en 2014, le Consortium en aérospatiale pour la recherche et l’innovation au Canada. Son siège social est à Montréal… et son équipe est celle du CRIAQ. Pourquoi changer une recette gagnante?

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