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De sacrés jurons au Québec

Le chercheur suisse Olivier Bauer, à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, semble affectionner les travers intimes des Québécois.

par JEAN-FRANÇOIS VENNE | 07 NOV 11

Après avoir exploré leur attachement envers leur équipe de hockey dans son ouvrage Une théologie du Canadien de Montréal, voilà qu’il récidive en scrutant leur juron préféré, dans son livre L’hostie, une passion québécoise, qui vient de paraître chez Liber.

« Hostie » serait le juron le plus souvent proféré au Québec, souvent en compagnie d’autres termes liés à la célébration de la communion, tels « calice », « ciboire » ou « tabernacle », une spécificité québécoise qui a surpris M. Bauer à son arrivée. « Je me suis baladé pas mal dans la francophonie, et ces jurons centrés sur l’Eucharistie sont vraiment spécifiques au Québec, note-t-il. Quand on arrive, ça nous frappe tout de suite ! » Le Suisse protestant a été tout aussi étonné de découvrir des retailles d’hosties vendues dans les dépanneurs québécois, et consommées comme de vulgaires croustilles !

M. Bauer présente donc une histoire chronologique de la relation entre les Québécois et l’hostie. Des religieuses mystiques ne se nourrissant quasiment que de ce substitut du corps du Christ, aux légendes voulant que des processions de l’hostie aient suffit à éteindre des incendies, on y découvre toute la puissance que ce symbole a occupé en Nouvelle-France jusqu’au XVIIIe siècle.

Si l’on peut retrouver, dès 1880 à Trois-Rivières, le cas d’un homme traduit en justice pour répondre de ce blasphème, ce n’est vraiment qu’au début du XXe siècle que le terme « hostie » commence à conquérir sa place de juron par excellence. « Avant le XXe siècle, les Catholiques au Québec ne communiaient pas à chaque messe, explique M. Bauer. C’était un geste rare, que l’on accomplissait une ou deux fois par année. C’était très sacré. » L’aspect sacré explique peut- être l’éclosion du terme comme juron.

« Un tel juron est une profanation, mais on ne profane que ce que l’on reconnaît comme sacré, souligne le chercheur. C’est parce que le mot a une valeur profonde que le juron peut avoir cette puissance. » De nos jours, alors que la religion catholique a été délaissée par un grand nombre de Québécois, ce juron démontrerait que les symboles catholiques demeurent imprégnés dans la société québécoise, bien que leur sens premier soit parfois oublié.

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