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Des chercheurs invitent leurs pairs à occuper une plus grande place dans les médias

À l’Université de Montréal, des chercheurs ont été invités par un groupe d’experts à prendre la parole.

par MÉLANIE MELOCHE-HOLUBOWSKI | 17 JUIN 15

« La communauté scientifique joue un rôle essentiel dans toute société ouverte, car elle accorde plus d’importance à la vérité qu’aux intérêts particuliers. Il est temps pour les chercheurs de prendre davantage part au débat public », déclare Damien Contandriopoulos, professeur à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal.

À la fin de mai, M. Contandriopoulos a réuni autour de ces questions un groupe d’experts auquel ont participé des membres de la communauté scientifique et des journalistes. Le groupe s’est interrogé sur la relation d’interdépendance entre médias et chercheurs et a fait ressortir en quoi la couverture de certains sujets touchant les sciences et la santé peut être tendancieuse. De plus, trop de décisions politiques sont prises sans qu’on tienne compte des données probantes.




« Je suis découragé de voir comment certains groupes de réflexion, qui défendent des intérêts commerciaux particuliers, orientent l’ordre du jour politique en publiant des rapports qui ont pour but d’influencer l’opinion publique », affirme Marc-André Gagnon, professeur et chercheur à la School of Public Policy and Administration de l’Université Carleton. « Mon rôle, en tant que chercheur, est de rapporter les faits et de veiller à ce que les décisions politiques en tiennent compte. »

Trop peu d’études sont médiatisées et la majorité des gens ne lisent pas les revues scientifiques, constate M. Contandriopoulos. Il appartient aux chercheurs de faire connaître leurs travaux et leurs idées au grand public, plutôt que de s’adresser uniquement à un cercle d’initiés.

À l’opposé de la démarche scientifique, l’actualité évolue à toute vitesse, a-t-on souligné au cours de la discussion. À cela s’ajoutent des entreprises et des organisations qui ont tout intérêt à influencer les orientations politiques et des chercheurs qui fuient les caméras : on comprend alors aisément pourquoi les bonnes idées et les études de nombreux scientifiques ne passent pas la rampe.

Les chercheurs n’ont pas nécessairement accès aux mêmes ressources que les lobbyistes pour attirer l’attention. Les membres du groupe d’experts encouragent néanmoins leurs collègues à publier des communiqués de presse, à écrire des textes d’opinion, à discuter sur les réseaux sociaux et à envoyer des courriels aux journalistes et aux journaux locaux.

Marc-André Gagnon obtient de l’aide des services rédactionnels offerts par Evidence Network, un organisme non partisan qui sert de trait d’union entre les experts en santé publique et les médias, et qui est subventionnée par les Instituts de recherche en santé du Canada, Research Manitoba et le George and Fay Yee Centre for Healthcare Innovation. « Ce réseau m’aide à corriger mes textes et dispose des ressources nécessaires pour diffuser mes idées dans tous les grands médias, ce que je ne réussirais pas à faire tout seul. » Les chercheurs peuvent aussi compter sur d’autres ressources comme les services de communications de leurs établissements, qui sont souvent bien disposés à offrir une formation sur les médias et des services d’aide à la rédaction.

Prendre le temps d’expliquer, de façon concrète, en quoi les données probantes ont une incidence dans la vie quotidienne constitue le meilleur moyen d’exercer une influence sur les décideurs et les politiciens, ont souligné les membres du groupe d’experts.

Si faire valoir ses idées dans les médias peut rappeler le combat de David contre Goliath, mais les chercheurs ne doivent pas se décourager. Il ne faut pas hésiter à répéter son message ad nauseam afin de réfuter les informations tendancieuses ou erronées qui circulent.

  1. Contandriopoulos se plaît à comparer l’exercice à une sorte de lutte contre des zombies. « Peu importe le nombre de fois où l’on aura démontré qu’une idée est fausse, elle continuera de reprendre vie. En fait, c’est qu’il y aura toujours, quelque part, un seigneur des zombies qui gagne à la défendre. Même s’il s’agit d’un combat de longue haleine, il est de notre devoir, en tant que chercheurs qui reçoivent des fonds publics, de rétablir la vérité. »

Au Québec, les révélations récentes concernant le réputé journaliste François Bugingo, qui aurait inventé certains faits dans ses reportages, ont suscité une réflexion sur le recours de plus en plus fréquent à des experts pour commenter une foule de sujets. Les membres du groupe d’experts ont conseillé la prudence face aux « experts » prêts à s’exprimer sur tout et n’importe quoi.

« En quoi est-il utile de demander à quelqu’un d’analyser un rapport qu’il n’a pas lu ou de commenter un sujet qui dépasse son domaine de compétence? », s’interroge Marc-André Gagnon.

« Le but n’est pas de voir des chercheurs partout dans les médias, mais plutôt de contribuer à construire un débat public rationnel sur les enjeux sociaux. »

Mélanie Meloche-Holubowski est journaliste-stagiaire à EvidenceNetwork.ca et journaliste à Radio-Canada.

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