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Des chercheurs canadiens traquent le virus Zika

Des laboratoires de partout au pays se sont mobilisés en réaction à cette urgence mondiale de santé publique.

par TIM LOUGHEED | 06 AVRIL 16
Photo: L’Université Brock
Photo: L’Université Brock

Lorsqu’un virus transmis par les moustiques et pouvant causer des handicaps congénitaux en Amérique latine a commencé à faire la une des journaux cette année, Fiona Hunter, professeure à l’Université Brock, était fin prête à se pencher sur le problème. L’Université Brock venait tout juste de construire un laboratoire à niveau de sécurité 3 pour ses travaux de recherche, faisant de son insectarium l’un des plus technologiquement avancés et sécurisés au pays et où Mme Hunter pouvait isoler et étudier des populations de moustiques porteurs de maladies dangereuses. Comme les chercheurs de son laboratoire étudiaient depuis 15 ans le virus du Nil occidental, le nouveau sujet de recherche a été accueilli avec enthousiasme.

« Le moment était opportun, dit-elle. J’ai un laboratoire plein d’étudiants aux cycles supé-rieurs qui terminent leurs travaux sur le virus du Nil occidental et qui peuvent facilement passer au virus Zika. Nous sommes tous enthousiastes. »

Certains de ces étudiants ont plus qu’un intérêt purement scientifique pour les résultats des travaux. Deux membres du laboratoire proviennent du programme brésilien Science sans frontières, qui a pour but de parfaire la formation des étudiants brésiliens à l’étranger pendant une année. Ces deux étudiants viennent du nord-est du Brésil, une zone très touchée par le virus Zika.

« L’un d’eux a même été infecté par le virus avant de venir au Canada, ajoute Mme Hunter. Ils s’investissent vraiment dans le travail de recherche. »

Le moustique tropical qui transmet principalement le virus Zika porte le nom officiel d’Aedes aegypti. Cette espèce ne pourrait survivre au Canada, mais Mme Hunter indique qu’il ne s’agit pas nécessairement de la seule espèce à pouvoir transmettre le virus. Elle souhaite donc déterminer si nos moustiques pourraient également être porteurs de la maladie — ce qui pourrait changer la donne pour les Canadiens qui, pour l’instant, ne risquent d’être infectés seulement que s’ils voyagent dans un pays touché.

Au début de février, alors que l’OMS déclarait la propagation du virus Zika en Amérique du Sud et en Amérique centrale comme une urgence mondiale de santé publique, Mme Hunter avait déjà demandé à l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) des échantillons du virus pour faire des tests. Elle a commencé par travailler sur des souches prélevées il y a plusieurs années, puis l’ASPC lui fournira de nouveaux échantillons prélevés chez des touristes infectés de retour au Canada.

En mars, Mme Hunter s’est rendue au Brésil pour participer à un sommet où une masse critique d’experts sur l’Aedes aegypti s’était rassemblée afin d’élaborer des stratégies pour enrayer la propagation du virus. Il s’agit de déterminer ce qui a causé cette propagation spectaculaire.

Selon Philippe Lagacé-Wiens, professeur adjoint au département de microbiologie médicale de l’Université du Manitoba, l’ampleur de la propagation est en partie attribuable au fait que le bon moustique s’est pointé au bon endroit. Dr Lagacé-Wiens souligne que le virus Zika est loin d’être un nouveau venu, il a été identifié pour la première fois dans les années 1940 et refait régulièrement surface dans diverses parties du monde. Une vague importante d’infections a d’ailleurs eu lieu en Polynésie française en 2014.

« Lorsqu’on le compare à des virus semblables transmis par le même vecteur, le virus Zika se propage de façon assez prévisible dans le monde », constate le Dr Lagacé-Wiens. Ce dernier, qui travaille aussi dans une clinique de médecine tropicale de Winnipeg, compare la trajectoire mondiale du virus Zika à celle du Chikungunya, un autre virus transporté par le même moustique qui fait son apparition de temps à autre dans divers segments de la population.

Dr Lagacé-Wiens explique que la vague ac-tuelle du virus Zika se distingue des précédentes parce que le virus et l’Aedes aegypti se propagent rapidement dans un continent populeux plutôt que sur une petite île circonscrite du Pacifique Sud. « Cette région est très populeuse. Tout le monde était vulnérable au virus quand il a fait son apparition, déclare-t-il. La pandémie a pro-fité de conditions parfaites. »

Comparativement aux affections potentielle-ment mortelles que sont la dengue, la salmonelle ou la malaria, le virus Zika semble relativement inoffensif : plus de 80 pour cent des personnes infectées ne présentent aucun symptôme, tandis que la plupart des autres sont victimes de douleurs semblables à celles d’un rhume. Le plus troublant de cette maladie, ce sont ses effets possibles pour la femme enceinte dont l’enfant risque de naître avec un cerveau sous-développé ou non développé, une affection nommée microcéphalie.

« Nous cherchons comment le virus Zika agit sur différents types de cellules, ce qui pourrait nous indiquer comment il cause des dommages in utero », explique Thomas Hobman, titulaire de la Chaire de recherche du Canada à l’Université de l’Alberta sur les interactions entre les virus à ARN et les cellules hôtes. M. Hobman dirige un groupe interdisciplinaire qui explore la mécanique biomoléculaire du virus. Ses travaux permettraient de modifier les glycomètres portatifs afin de dépister le virus Zika sur le terrain.

Une telle innovation pourrait considérablement améliorer la capacité des autorités médicales à contrôler la pandémie, car le dépistage actuel nécessite de lourdes ressources hospita-lières.

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