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Des chercheurs révèlent un manque de parité en neuroscience et en psychiatrie

Les différences entre les sexes sont souvent ignorées, et seulement 5 % des études se fondent sur les pratiques exemplaires pour identifier ces différences.

par HANNAH LIDDLE | 27 JUILLET 22

C’est bien connu : les corps féminin et masculin sont fort différents. Il est donc surprenant de constater que l’intégration des femmes aux études cliniques se heurte de longue date à des réticences. Malgré les efforts des grands organismes subventionnaires comme les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) pour corriger cette situation, une étude menée par Liisa Galea à l’Université de la Colombie-Britannique démontre que la recherche en neuroscience et en psychiatrie est encore bien loin d’atteindre la parité en ce qui concerne les sujets étudiés.

Après avoir analysé 3 193 articles publiés dans six grandes revues spécialisées (trois dans chaque discipline) entre 2009 et 2019, le groupe de recherche en santé des femmes de Mme Galea a conclu qu’un peu plus de la moitié des articles seulement concernait des études sur les deux sexes, une augmentation de 30 % par rapport à la décennie précédente. Il n’en demeure pas moins que seulement 17 % des études portaient sur une proportion équilibrée d’hommes et de femmes, et uniquement 5 % d’entre elles s’appuyaient sur les pratiques exemplaires en matière de découverte de différences entre les sexes. L’analyse a en outre permis de conclure que les études portant uniquement sur des hommes étaient huit fois plus nombreuses que celles portant uniquement sur des femmes, qui sont demeurées à un dérisoire 3 % au fil des 10 années étudiées.

Mais pourquoi exclure les femmes?

La sous-représentation des femmes dans les essais cliniques ne date pas d’hier, et est principalement attribuable à la croyance selon laquelle les fluctuations des hormones ovariennes entraînent des variations qui ne peuvent être contrôlées en recherche expérimentale. Des chercheurs cliniques s’appuient encore souvent sur cette croyance pour justifier l’exclusion des sujets féminins, et ce, même si l’on reconnaît désormais que cette exclusion retarde la compréhension de la réponse des femmes aux traitements médicaux. Dans les articles analysés par l’équipe de l’Université de la Colombie-Britannique, une raison similaire était souvent citée pour justifier l’exclusion des femmes, soit une volonté de « réduire la variabilité ».

Selon Mme Galea, professeure en psychologie, neuroscientifique et directrice du groupe de recherche, il est faux de dire que les femmes subissent davantage de fluctuations hormonales que les hommes, et cela ne devrait pas entraver leur contribution aux études cliniques. « Les femmes ont des fluctuations hormonales qui sont mensuelles, alors que celles des hommes sont diurnes, donc quotidiennes! Leurs niveaux de testostérone fluctuent chaque jour », explique-t-elle. Des études montrent également que tant les hommes que les femmes ont des fluctuations quotidiennes de cortisol, et que certains facteurs comme le régime alimentaire et l’âge peuvent influer sur les variations hormonales, quel que soit le sexe des sujets.

Il n’est pas impossible que les chercheurs pensent qu’il suffit d’inclure un nombre d’hommes et de femmes aléatoire pour satisfaire les exigences des organismes subventionnaires, sans pour autant se donner la peine d’analyser les données selon le sexe. Mais c’est un pari dangereux, déplore la professeure.

« Je m’inquiète du fait que les 5 % qui tiennent compte des différences entre les sexes ne le fassent que pour répondre aux critères. »

Enfin, l’inclusion de femmes dans une étude peut se traduire par une augmentation du nombre de sujets de recherche, et donc des coûts. Mme Galea estime qu’il faudra augmenter le financement pour que les chercheurs puissent comprendre comment chacun des sexes répond à la maladie. Elle fait aussi valoir que plus de femmes que d’hommes mènent des études fondées sur le sexe comme il se doit, mais en moyenne, leurs études sont moins financées que celles des hommes.

Pratiques exemplaires

La majorité des études analysées par le groupe de recherche ne s’attardait pas aux données sur le sexe en tant que facteur, et celles qui les ont pris en compte les considéraient comme une covariance ou un biais. Elles retiraient ainsi carrément l’effet du sexe, sans même en étudier l’incidence. À titre d’exemple, une étude pourrait porter sur 18 hommes et deux femmes et que les femmes soient considérées comme une covariance.

Mme Galea avance que les chercheurs ne connaissent peut-être pas les pratiques exemplaires (p. ex., avoir un nombre égal d’hommes et de femmes à l’étude) afin d’analyser les différences entre les sexes puisqu’il n’y a pas de consensus en la matière. Un pas dans la bonne direction serait d’étudier un nombre égal d’hommes et de femmes, et d’utiliser le sexe comme une variable exploratoire de manière à sonder d’éventuelles différences entre les sexes. Les lignes directrices des IRSC proposent en outre que les chercheurs précisent si la condition à l’étude a ou non un taux de prévalence supérieur dans un sexe ou dans l’autre, et que les résultats soient désagrégés par sexe lorsque les deux sexes sont compris dans l’étude.

Si on observe bel et bien une augmentation du nombre d’études qui incluent les deux sexes au fil des 10 dernières années, Mme Gaela estime que les chercheurs doivent aller encore plus loin pour comprendre l’incidence du sexe sur les résultats. À son avis, le tout pourrait avoir de réelles retombées sur la santé des deux sexes.

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