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Des maires à la défense des universités de leur ville

Un maire conseille de tenir tête au gouvernement au lieu de se plier à de mauvaises politiques.

par PEGGY BERKOWITZ | 24 AVRIL 13

Au moment où nombre d’universités et de collèges subissent d’importantes compressions budgétaires imprévues imposées par les gouvernements provinciaux, plusieurs se découvrent un allié politique inattendu : leur maire.

Les maires des deux plus grandes villes de l’Alberta ont ainsi pris le parti des établissements postsecondaires après le dépôt du budget provincial, qui prévoit une réduction de plus de sept pour cent des dépenses de fonctionnement des universités. Des maires issus d’autres régions du pays manifestent également leur appui envers les universités.

« J’ai déjà vu ce genre de phénomène, affirme Olivier Marcil, vice-principal aux relations externes de l’Université McGill, mais il est évident que les villes prennent de plus en plus conscience de l’incidence des [universités]. »

En Alberta, où les universités doivent se résoudre à procéder à des mises à pied, à abolir des programmes et à geler les salaires, le maire de Calgary, Naheed Nenshi, a publiquement exhorté le gouvernement provincial à admettre avoir commis une grave erreur en matière de politique publique qui se répercutera sur des générations d’étudiants et sur la collectivité. Ces commentaires font suite à un discours prononcé quelques semaines auparavant par le maire d’Edmonton, Stephen Mandel, qui a soutenu que la décision provinciale de réduire le financement de l’éducation postsecondaire témoignait d’une « pensée à court terme », sans réel sens du leadership.

Dans le budget de l’Alberta, déposé le 7 mars, les dépenses de fonctionnement du secteur de l’éducation postsecondaire ont été réduites de 147 millions de dollars, soit d’environ sept pour cent. La réduction équivaut cependant à neuf pour cent selon les universités, le gouvernement ayant d’abord promis d’augmenter le budget de deux pour cent.

Selon Jim Lightbody, professeur de sciences politiques à l’Université de l’Alberta spécialisé en politique municipale, « pour la première fois depuis très longtemps, un maire a jugé nécessaire de se porter à la défense des universités, d’abord à Edmonton, puis à Calgary. Tout cela parce que le gouvernement provincial, après avoir créé une crise financière artificielle, a cherché des cibles vulnérables pour les compressions, plutôt que de modifier l’aspect du budget qui touche la production de revenus ».

M. Lightbody estime que l’appui d’un maire peut être utile à la cause des universités. « Quelqu’un dont l’intérêt personnel n’est pas en jeu peut s’avérer un lobbyiste des plus efficaces. » Selon lui, l’appui inattendu du maire d’Edmonton a réussi à faire voir le débat sous un autre jour, du moins pour un temps.

À Calgary, le maire Nenshi a non seulement critiqué les coupures en éducation postsecondaire, il a également adressé une lettre à l’Université Mount Royal, l’invitant à « tenir tête au gouvernement provincial au nom des étudiants, des professeurs et de la collectivité, plutôt que de baisser les bras devant les mauvaises politiques gouvernementales. » L’Université Mount Royal, où M. Nenshi a enseigné la gestion avant de se lancer en politique, avait annoncé une suspension des nouvelles inscriptions en 2013-2014 dans huit programmes menant à l’obtention d’un diplôme, d’un certificat ou d’un transfert, afin de pallier en partie les coupures budgétaires.

Hope Henderson, vice-rectrice à l’avancement de l’Université, affirme que la prise de position du maire en faveur des universités est bien accueillie. « Nous lui sommes reconnaissants de son appui. »

D’autres maires canadiens ont également pris la défense des universités de leur ville au cours des derniers mois. « Trop souvent, les gouvernements, les citoyens et les gens d’affaires sont aveuglés par les sommes consacrées aux établissements postsecondaires, sans tenir compte des bénéfices engendrés », soutient Mike Savage, maire d’Halifax, dans un récent article d’opinion. « Aucun des atouts d’Halifax n’a plus d’importance stratégique que ses six universités et son collège communautaire. »

Le maire de Montréal, Michael Applebaum, a déclaré publiquement que le financement des universités doit être suffisant pour assurer leur qualité et leur excellence. M. Marcil, vice-principal à l’Université McGill, souligne que même si l’enseignement supérieur ne relève pas des compétences municipales, les maires reconnaissent de plus en plus l’importance sociale et économique des établissements. « L’Université McGill engendre des retombées de 5,2 milliards de dollars pour la ville — lorsque l’Université est menacée, cela inquiète bien sûr le maire de Montréal. »

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