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Docteur en sciences en moins de dix ans

Les doctorants en sciences terminent leurs études plus rapidement au Canada qu'aux États-Unis

par STEPHEN STRAUSS | 05 NOV 07

Vous étudiez en sciences et souhaitez obtenir votre doctorat rapidement? Inscrivez-vous dans une université canadienne plutôt qu’américaine. Voilà la conclusion passablement surprenante qu’on peut tirer de l’analyse des taux de diplomation au doctorat réalisée par Susan Pfeiffer, doyenne des études supérieures et vice-provost de l’Université de Toronto.

Dans le cadre du Strategic Leaders Global Summit on Graduate Education (sommet mondial des leaders stratégiques sur les études supérieures), qui s’est tenu à Banff en septembre, Mme Pfeiffer a comparé les taux d’obtention d’un doctorat sur dix ans au sein des dix universités canadiennes les plus axées sur la recherche avec un ensemble de données provisoires produites par 28 universités et collèges participant à une étude américaine intitulée « PhD Completion Project ». Des universités privées sélectives comme Princeton, Yale et Cornell ainsi que des universités publiques axées sur la recherche, comme l’Université du Michigan, l’Université de la Californie à Los Angeles et l’Université Purdue, faisaient partie de cette étude.

En examinant les effectifs de 1994 au doctorat, Mme Pfeiffer a découvert que, dix ans plus tard, 62,9 pour cent des doctorants des dix universités canadiennes avaient obtenu leur diplôme, contre 56,7 pour cent au sein des universités américaines qui participent au PhD Completion Project (résultats regroupés pour 1992 à 1994).

Dans le domaine des sciences sociales, les établissements américains sont toutefois légèrement en avance à ce chapitre : tout juste plus de 52 pour cent des candidats au doctorat étudiant au Canada avaient obtenu leur diplôme en 2004, contre 55 pour cent aux États-Unis. Dans le domaine des lettres et des sciences humaines, les résultats sont encore plus serrés lorsqu’on tient compte des données de 1993 et de 1994 au Canada.

Docteur en sciences en moins de dix ans
Proportion de candidats au doctorat qui obtiennent leur diplôme en moins de dix ans

Dans le domaine scientifique, les taux de diplomation présentent de très grands écarts. En 2004, après dix ans d’études au doctorat :

  • près de 75 pour cent des étudiants en sciences de la vie au Canada avaient obtenu leur diplôme, contre 62 pour cent aux États-Unis;
  • environ 71 pour cent des étudiants en science physique et en sciences appliquées au Canada avaient décroché leur doctorat, contre 64 pour cent des étudiants en génie et 55 pour cent des étudiants en sciences physiques et en sciences et mathématiques aux États-Unis.

Selon Mme Pfeiffer, cet écart pourrait s’expliquer par la formation à la maîtrise. « Mon hypothèse est que les taux plus élevés de diplomation au Canada sont attribuables au maintien d’une maîtrise en recherche [menant au doctorat] en tant qu’étape distincte et encouragée » a indiqué Mme Pfeiffer lors du sommet auquel ont participé des représentants de programmes aux cycles supérieurs des États-Unis, d’Australie, de l’Union européenne, du Canada et de la Chine.

« La formation à la maîtrise peut aider les étudiants à déterminer par eux-mêmes s’ils sont aptes à faire un doctorat. »

Les experts américains sont tout à fait d’accord avec cette analyse. « Je crois que Mme Pfeiffer a parfaitement raison au sujet des aspects positifs de la maîtrise au sein du système canadien », affirme Daniel Denecke, directeur des pratiques exemplaires au Council of Graduate Schools des États-Unis, qui supervise le PhD Completion Project. L’organisme prévoit publier les premiers résultats du projet avant la fin de l’année, soit les données sur l’attrition et le taux de diplomation selon le programme.

« Il se peut qu’une part importante des étudiants aux États-Unis souhaitent en fait obtenir une maîtrise, mais doivent s’inscrire à un programme de doctorat pour obtenir ce qu’ils recherchent », explique-t-il, ajoutant que de nombreux établissements n’offrent aucun diplôme de maîtrise axée sur la recherche. Aux États-Unis, il s’agit généralement d’un diplôme professionnel, par exemple la maîtrise en administration des affaires.

Même si l’on tient compte de la durée des études au deuxième cycle, c’est-à-dire rarement plus de deux ans, les étudiants au Canada décrochent leur doctorat plus rapidement que ceux qui poursuivent leurs études aux États-Unis. Des estimations très modérées révèlent que les étudiants passent en moyenne du baccalauréat au doctorat en 7,3 ans au Canada, et en 8,2 ans aux États-Unis, comme l’indique Mme Pfeiffer.

L’écart très important entre les taux d’obtention du diplôme selon la discipline constitue un autre problème. Selon Mme Pfeiffer, cela est attribuable aux disparités quant à l’appui accordé sous forme de conseils et d’aide financière.

« Il est généralement reconnu que les études en lettres et en sciences humaines sont plus individuelles, d’où un plus grand isolement. En outre, les étudiants aux cycles supérieurs dans ce domaine reçoivent un financement moins important; ils sont donc plus susceptibles d’être tentés d’abandonner leur doctorat pour se trouver un travail bien rémunéré », nous explique-t-elle lors d’un entretien.

Des données statistiques révèlent également certaines différences culturelles et économiques considérables entre les deux pays. Selon M. Denecke, les taux de diplomation relativement faibles en biologie et en sciences appliquées pourraient s’expliquer par le fait que certaines entreprises américaines sont tellement avides de nouveaux employés talentueux qu’elles font miroiter des salaires élevés pour attirer les étudiants qui, de ce fait, abandonnent leurs études doctorales.

Lors du sommet mondial de Banff, les participants se sont entendus sur une déclaration de principes destinée à orienter la collaboration sur l’enseignement aux cycles supérieurs. L’un des principes établis consiste à clarifier et à renforcer l’utilité des études à la maîtrise.

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