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Enseignement universitaire à distance : défis et champ des possibles pour le Québec

Maintenant que l’infrastructure technologique est en place, les universités québécoises devraient-elles élargir le spectre de leur clientèle, notamment à l’international?

par MAXIME BILODEAU | 26 NOV 21

Les universités québécoises peuvent se positionner en tant que chefs de file de l’enseignement à distance, mais sous certaines conditions, avance l’Institut économique de Montréal (IEDM) dans une étude publiée à la fin septembre. « Le Québec a une occasion à saisir. Non pas parce que ses institutions d’enseignement supérieur sont mieux placées, mais bien parce que c’est dans son intérêt », nuance Miguel Ouellette, directeur des opérations à l’IEDM et coauteur de la publication.

Le groupe de réflexion aux positions néolibérales fait de la pandémie de COVID-19 le point de départ de sa réflexion. La crise sanitaire a en effet accéléré la mise en place de l’infrastructure technologique nécessaire à l’enseignement à distance et à sa généralisation au Québec. Cela a permis au domaine de l’éducation de combler son « retard relativement à l’évolution vers un environnement axé sur le numérique et la technologie », lit-on dans le document.

L’IEDM note que le maintien de l’enseignement à distance freinerait l’exode marqué des jeunes des régions rurales du Québec qui a cours depuis au moins deux décennies. Le laboratoire d’idées fait aussi valoir que cela permettrait aux établissements d’enseignement supérieur d’accueillir un plus grand nombre d’étudiants sans avoir à augmenter la taille de leurs classes. À la clé : une réduction à long terme des fonds publics investis dans les équipements et les infrastructures sur les campus.

Plus d’étudiants étrangers

Les universités québécoises pourraient même conquérir de nouvelles clientèles grâce à leur bonne réputation à l’international tant en français qu’en anglais. Une autre manière d’alléger le fardeau financier des contribuables québécois, insiste M. Ouellette. « Des étudiants étrangers ont suivi des cours au Québec à distance pendant la pandémie et cela a très bien fonctionné. Pourquoi ne pas continuer dans cette voie? », s’interroge-t-il.

En temps normal, le ministère de l’Enseignement supérieur finance les universités uniquement pour les étudiants internationaux qui viennent étudier au Québec en présentiel. Des assouplissements ont néanmoins été accordés lors de la pandémie pour permettre la scolarisation, à partir de leur pays d’origine, des étudiants internationaux admis et ayant leurs permis d’études. « Cela devrait demeurer ainsi de manière permanente », plaide l’économiste.

L’IEDM fait de la formation de partenariats stratégiques entre les universités québécoises et les intervenants spécialisés dans l’enseignement en ligne la clé du succès de ce projet. « Nous voulons surtout mettre la table pour un réel débat public sur la question auquel toutes les parties prenantes seraient conviées », indique M. Ouellette. Le gouvernement du Québec aurait d’ailleurs contacté l’IEDM pour en savoir plus sur sa position depuis la parution de l’étude.

Et la qualité?

« À défaut d’être nouvelles, les propositions de l’IEDM ont le mérite de faire avancer la réflexion sur la formation à distance et l’intégration du numérique dans l’enseignement supérieur », confirme Martin Maltais, professeur en financement et en politiques d’éducation à l’Université du Québec à Rimouski. Jusqu’en août 2020, il a occupé le poste de directeur de cabinet adjoint de Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur – le ministère a été scindé vers la fin de son mandat. « J’étais aux premières loges de la pandémie dans les universités », raconte-t-il.

Selon lui, plusieurs enjeux devront être abordés de front avant que le Québec ne devienne une véritable référence en la matière. L’un de ceux-ci concerne la qualité de l’apprentissage à distance au niveau universitaire. « Il faut améliorer l’expertise et les compétences des professeurs en formation à distance. Les technologies “wow” sont inutiles si on est incapable de soutenir les étudiants sur le plan socioaffectif et motivationnel, comme c’est trop souvent le cas », déplore M. Maltais.

C’est pour pallier ce manque que la formation J’enseigne à distance de l’Université TÉLUQ a été créée de toute urgence dès le début de la crise sanitaire. Depuis le printemps 2020, ce cours en ligne a été suivi en tout ou en partie par plus de 230 000 utilisateurs dans 182 pays différents, dont environ 85 % proviennent du Canada. Même s’il reste du chemin à faire, cela témoigne d’une réelle avancée sur l’importance d’adapter son enseignement au virtuel, souligne Lucie Laflamme, directrice générale de l’Université TÉLUQ. « Les mentalités ont beaucoup évolué en quelques mois à peine », constate-t-elle.

Des enjeux nombreux

Parmi les autres défis que le Québec devra relever, il y a celui de l’élaboration d’une offre de formation à distance digne de ce nom. « Il faut repenser les parcours afin de répondre aux besoins des étudiants. Prenons l’exemple des cours de méthodologie de recherche, qui sont offerts dans tous les programmes et à tous les niveaux : ils pourraient très bien être déclinés uniquement en ligne ou en bimodal », illustre M. Maltais. Or, cela suppose que les administrations rationalisent leurs processus, ce qui ne sera pas sans susciter une levée de boucliers de la part des syndicats.

Puis, il y a la question de la demande de la formation à distance. « Quels sont les besoins réels de formation? Comment les jeunes, mais aussi les moins jeunes veulent-ils apprendre? Comment interagir de manière adéquate avec eux? », énumère l’expert. Cette question a pour corollaire celle de l’évolution anticipée de l’appétit pour les études de niveau supérieur. « Il faut s’assurer de combler les besoins de la société québécoise avant de s’ouvrir tous azimuts à l’international », met en garde celui qui prévoit une augmentation du nombre de personnes – surtout francophones – susceptibles de fréquenter l’université dans la prochaine décennie au Québec.

Appelé à réagir à l’étude de l’IEDM, le ministère de l’Enseignement supérieur rappelle qu’il déploie déjà de nombreuses initiatives pour soutenir le développement de l’offre de formation à distance et de l’intégration du numérique dans l’enseignement supérieur, comme le projet Campus numérique. « L’un des principes directeurs de Campus numérique est d’améliorer l’accessibilité, la visibilité et la disponibilité de l’offre de formation à distance pour répondre aux besoins des étudiants […] grâce à un répertoire de cours et de programmes », nous a écrit un porte-parole par courriel.

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  1. Denys Lamontagne / 3 December 2021 at 12:02

    En 1996, le Québec avait a peu près tous les atouts pour prendre une place prépondérante dans le domaine à l’échelle mondiale :

    – des institutions publiques expertes du domaine comme la Téluq, la Sofad et le Cemeq, sans compter le Centre collégial de formation à distance, maintenant devenu le Cegep@distance et le CCDMD.

    – plusieurs institutions privées actives dans le domaine comme Teccart, LaSalle et quelques autres de plus petite taille;

    – des initiatives comme l’École éloignée en réseau ou le réseau de formation des réparateurs automobile;

    – une infrastructure technologique qui dès 2000 pouvait rejoindre le monde entier…

    – une réputation enviable dans le domaine.

    Mais il ne l’a pas fait.

    1 er verrou : le mandat «Québec».

    La dynamique de la plupart des institutions publiques est essentiellement régionale.
    En 25 ans d’opération de notre entreprise, une seule institution, l’Université Laval, a pris ouvertement le parti de s’ouvrir à l’international avec la formation à distance, et encore…
    Toutes sont mandatées à s’en tenir au Québec. Normal, elles sont financées pour servir la population, pas pour la population à l’étranger.

    Par exemple, le CCDMD https://www.ccdmd.qc.ca/ – produit depuis toujours des ressources didactiques de qualité mondiale, mais il n’a jamais été autorisé à les mettre en marché à cette échelle.
    Cette attitude de restriction des ambitions est bien implantée auprès de la majorité des administrateurs des institutions publiques.
    Le monde, ce n’est pas dans leur mandat.

    2 ième verrou : les blocages de principe

    Dès 2004, la SOFAD était prête à ouvrir une plate-forme d’enseignement à distance au secondaire.
    Elle n’a jamais pu la mettre en ligne, car cela compétitionnait l’enseignement régulier et ouvrait une boite de pandore que ni le gouvernement, ni les syndicats ne désiraient affronter.
    Cela aura pris un virus pour ouvrir quelques esprits.
    Le même phénomène s’est produit autant dans les universités que dans les collèges. Les enseignants craignent pour leur emploi et c’est plausible.

    Bien avant, la Télé-Université avait eu des succès retentissants avec certaines de ses formations «papier et Télé» dans les années 1980.
    Tellement que les autres universités du Québec se sont liguées pour restreindre son mandat et lui interdire d’offrir ce genre de cours qui leur faisait concurrence.
    L’assemblée nationale en a statué ainsi suite à leurs pressions.

    Ce qui illustre bien l’attitude de restriction de l’innovation qui prévaut dans ces institutions, malgré les apparences.
    Même en 2019, le directeur général de la Téluq a été forcé de démissionner en essayant de moderniser son fonctionnement; cela dérangeait les conventions.
    On parle d’une mentalité institutionnelle.

    Pendant ce temps, l’Ontario a développé ses plateformes et ses pratiques, les États-unis ont lancé au moins trois plates-formes internationales, la France en a fait de même avec F.U.N. France Université Numérique. L’Allemagne, l’Espagne, la Chine en font autant. On compte par dizaines les initiatives Open Course.

    En résumé, si le Québec est un chef de file dans le jeu vidéo mais pas dans la formation à distance, c’est qu’il ne veut y pas toucher.
    Pour qu’il le veuille, il faudra remettre en question certains principes de fonctionnement de son système d’éducation.