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Imaginer l’université de demain

Après avoir été soumis aux consultations, une nouvelle mouture du document sur l’université du futur a été remis le 1er décembre à la ministre responsable du dossier.

par JEAN-FRANÇOIS VENNE | 04 DÉC 20

Au Québec, le réseau universitaire a récemment fait l’objet d’une consultation visant à définir l’université du futur. Si les avis divergent quant aux chances de succès de l’opération, tous s’entendent sur la pertinence de réfléchir à l’avenir d’établissements confrontés à plusieurs grands enjeux.

« Les universités québécoises sont des créatures autonomes, donc avant d’amorcer un réinvestissement important, nous voulions connaître leurs besoins et savoir dans quelles directions elles souhaitent aller », explique Martin Maltais. Il a été l’un des initiateurs du projet de consultation, alors qu’il agissait comme directeur adjoint à l’enseignement supérieur au cabinet du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec. Il est depuis redevenu professeur en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski.

Il rappelle que le Québec n’a pas mené de réflexion globale sur l’avenir des universités depuis très longtemps. De fait, la dernière grande analyse publique indépendante et systématique de ces établissements remonte à la commission Angers de 1977-1979.

« Le ministre Jean-François Roberge, qui avait à ce moment la responsabilité de l’enseignement supérieur, a donc confié à Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, la mission d’animer un groupe de travail formé de 16 personnes représentant diverses composantes de l’université, du ministère et du milieu entrepreneurial », précise M. Maltais. En septembre 2020, le groupe a produit un document de réflexion et de consultation, qui décrivait les défis qu’affronteront les universités au cours des prochaines années.

Le rapport proposait aussi 10 recommandations pour « assurer les conditions de base de fonctionnement de l’université québécoise du futur ». Elles ont été discutées par une soixantaine d’intervenants, lors de consultations virtuelles (COVID-19 oblige), qui se sont terminées en novembre 2020. Elles touchaient des sujets aussi divers que le financement, la liberté académique, la diversité et la parité hommes/femmes, les synergies entre les universités ainsi qu’avec les Cégeps, l’augmentation de la fréquentation et de la réussite ou encore la collaboration avec la société.

S’adapter à la diversité

« Nous avons constaté beaucoup de consensus sur les enjeux, mais inévitablement des différences apparaissent quant aux solutions qui aideront à les surmonter », soutient Pierre Cossette, président du conseil d’administration du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) et recteur de l’Université de Sherbrooke.

Le BCI a insisté sur l’importance de rehausser le financement et d’en adapter les modalités aux besoins actuels et futurs des établissements. Au Québec, un certain réinvestissement s’est amorcé en 2016-2017, après plusieurs années de sévères compressions. En 2018, le gouvernement a présenté une nouvelle politique québécoise de financement des universités, afin notamment d’augmenter les ressources des établissements en région. Sans proposer de montant précis, le rapport souligne la nécessité d’une importante injection de fonds.

Maryse Lassonde, présidente du Conseil supérieur de l’éducation, soutient que l’accent mis dans la formule de financement actuelle sur le nombre d’étudiants équivalent temps plein place les universités en concurrence les unes avec les autres. « La formule devrait plutôt favoriser l’augmentation des collaborations entre les universités », croit-elle. Tout comme M. Cossette, Mme Lassonde siégeait au groupe de travail sur l’université du futur.

Elle juge que le document de consultation décrivait bien les enjeux des établissements, mais que les recommandations manquaient parfois d’ambition. « Elles semblaient plus chercher à corriger l’université du présent qu’à vraiment élaborer celle du futur », déplore-t-elle. Elle estime que pour inventer l’université du futur, on doit d’abord mieux définir l’étudiant du futur. Le parcours de ceux-ci apparaît de moins en moins linéaire. Les compétences qu’ils ont besoin d’acquérir évoluent, tout comme les modes d’enseignement.

Les populations étudiantes deviennent aussi beaucoup plus diversifiées. L’Union étudiante du Québec (UEQ), qui rassemble plus de 90 000 membres, a souligné cet aspect à plusieurs reprises. « Pour nous, les deux recommandations sur l’accroissement de la fréquentation universitaire et sur la réussite scolaire sont centrales à la mission des universités qui est d’instruire », avance Jade Marcil, présidente de l’UEQ.

L’UEQ a revendiqué la création de milieux sécuritaires et adaptés aux différentes populations d’étudiants. « Les critères d’admission doivent tenir compte des parcours et des profils des gens, afin d’éviter de défavoriser certains groupes, comme les étudiants autochtones, par exemple, affirme Mme Marcil. Cela passe aussi par la reconnaissance des enjeux spécifiques que peuvent vivre certains étudiants et par un financement accru des services qui les soutiennent. »

Protéger la liberté académique

De son côté, Jean Portugais, président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), se dit d’emblée « très déçu » de la formule adoptée. « Le groupe n’était pas assez représentatif et trop peu de temps était alloué pour discuter de thèmes aussi complexes, critique-t-il. Le gouvernement avait une occasion de se faire une tête au sujet d’enjeux considérables et cela aurait mérité d’inviter plus de monde et d’y consacrer plus de temps. »

La notion de liberté académique a particulièrement interpellé la FQPPU. Le document de consultation en fait l’une des trois conditions essentielles de l’accomplissement de la mission universitaire, avec l’autonomie institutionnelle et un financement approprié. La FQPPU réclame que l’État légifère pour protéger la liberté académique. « Les professeurs, étudiants et chercheurs subissent des pressions sociales, économiques et politiques et doivent être protégés, explique M. Portugais. Sans cela, il deviendra difficile pour les universitaires de prendre la parole publiquement pour éclairer les débats et transmettre des connaissances. »

Le 1er décembre, le scientifique en chef du Québec a remis une version modifiée du rapport sur l’université du futur à la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann. Celui-ci comprend notamment deux nouvelles recommandations portant sur le rôle central de ces établissements en innovation et sur leur internationalisation. Le BCI tenait fortement à voir ces deux aspects mieux reconnus dans le document.

M. Cossette attend maintenant de prendre connaissance des résultats de ces consultations. « On ne peut pas définir un seul modèle d’université du futur, rappelle-t-il cependant. On doit préserver l’autonomie et la diversité des établissements, qui constituent des forces du réseau. »

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