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La Colombie-Britannique offre des manuels de cours de premier cycle gratuitement en ligne

Un organisme gouvernemental recrute des professeurs pour évaluer, et même rédiger des manuels pour les cours les plus populaires.

par ROSANNA TAMBURRI | 22 MAI 13

Les étudiants de niveau postsecondaire de la Colombie-Britannique pourraient profiter d’un léger répit lorsqu’ils achèteront leurs manuels cet automne. Le gouvernement de la province offrira en effet gratuitement en ligne jusqu’à 20 manuels en libre accès pour les cours les plus populaires des première et deuxième années d’études collégiales et universitaires. Il s’agit d’une première au Canada.

Les professeurs n’opteront pas nécessairement pour ces nouveaux manuels, mais les partisans du projet espèrent que les mesures rigoureuses de contrôle de la qualité qui sont appliquées et l’influence des étudiants sauront les convaincre de le faire. Les manuels seront également offerts gratuitement aux établissements, aux professeurs et aux étudiants de partout au Canada.

Le ministère de l’Enseignement supérieur, de l’Innovation et de la Technologie de la Colombie-Britannique a lancé l’initiative en 2012, promettant d’offrir des manuels en libre accès pour les 40 matières les plus populaires. Un million de dollars a été investi dans le projet. L’organisme provincial qui en est responsable, BCcampus, effectue un déploiement par étapes. Il a publié la liste des 40 cours collégiaux et universitaires de première et de deuxième année comptant le plus grand nombre d’inscriptions et pour lesquels il compte offrir des manuels. BCcampus a également recensé 10 manuels en libre accès existants, surtout des ouvrages d’introduction destinés aux cours de première année. L’organisme a lancé un appel de propositions aux professeurs et aux assistants à l’enseignement qui souhaitent évaluer les manuels et leur a fourni les critères d’évaluation pertinents.

Selon Mary Burgess, directrice des services liés aux programmes d’études et à la recherche appliquée à BCcampus, l’organisme a reçu entre 30 et 40 candidatures et choisira quatre évaluateurs par ouvrage numérique. Chaque évaluateur recevra des honoraires de 250 $. BCcampus entend faire évaluer et proposer de 15 à 20 autres manuels en libre accès d’ici l’automne. Mme Burgess affirme que la réaction des professeurs et des administrateurs est largement favorable, mais que certains se sont dit préoccupés par la qualité de certains manuels en libre accès. « Voilà pourquoi nous procédons aux évaluations », explique-t-elle.

La prochaine étape du projet de BCcampus consistera à lancer un appel de propositions en septembre afin de modifier des manuels en libre accès existants. La troisième étape, prévue en décembre, consistera en un appel d’offres pour créer des manuels en libre accès dans les domaines qui en sont encore dépourvus.

Les manuels en libre accès sont habituellement publiés sous une licence ouverte qui permet aux étudiants de les lire en ligne ou de les télécharger gratuitement. Ces ouvrages numériques peuvent être imprimés et reliés pour 30 $, alors que les manuels traditionnels peuvent coûter des centaines de dollars chacun. Le gouvernement de la Colombie-Britannique estime que le projet pourrait faire économiser jusqu’à 1 000 $ par année aux étudiants. Dans le cas de manuels sous licence ouverte Creative Commons, les enseignants peuvent également enrichir ou modifier le contenu des ouvrages.

BCcampus a établi un sous-comité composé de professeurs, de doyens, d’étudiants, de bibliothécaires et d’autres intervenants pour le conseiller au cours du processus. L’organisme entend organiser des ateliers pour expliquer l’initiative aux professeurs, qui ne seront pas tenus d’utiliser les manuels en libre accès. Mme Burgess explique qu’il reviendra aux étudiants de les réclamer. Le projet a déjà récolté l’appui de certains groupes étudiants, même à l’extérieur de la province.

Selon Tony Bates, consultant spécialisé en formation à distance et en technologies éducatives, il s’agit d’une « initiative habile » de la part du gouvernement de la Colombie-Britannique, qui pourrait faire économiser des « sommes importantes » aux étudiants. Cependant, ajoute-t-il, les avantages des manuels en libre accès ne sont pas que monétaires. Ils permettent aux enseignants de choisir une partie de l’ouvrage sans tenir compte du reste et autorisent une utilisation sur mesure. « Ils leur procurent une marge de manœuvre », explique-t-il. On pourrait également ajouter des questionnaires, des vidéos et d’autres ressources multimédias aux manuels.

M. Bates ajoute qu’il a toujours été difficile de convaincre les professeurs d’adopter les ressources éducatives en libres accès, soit parce qu’ils n’en connaissent pas l’existence, soit parce qu’ils sont sceptiques à leur égard. La volonté de BCcampus d’inviter les professeurs à évaluer et à rédiger les manuels devrait favoriser leur utilisation généralisée, surtout si l’organisme parvient à recruter des professeurs des grands établissements d’enseignement. « Si j’enseignais dans un collège et qu’un manuel était approuvé par l’Université Simon Fraser ou l’Université de la Colombie-Britannique, je serais porté à l’utiliser. »

Selon Dianne Crisp, professeure de psychologie à l’Université polytechnique Kwantlen et membre du sous-comité de BCcampus, les manuels en libre accès « font plutôt bonne figure » sur le plan de la qualité par rapport aux manuels traditionnels, mais ils ne proposent pas encore le genre de matériel complémentaire en ligne que certains éditeurs offrent avec leurs ouvrages papier. « Je crois qu’en fin de compte, ils seront largement adoptés par les professeurs ». Elle prédit leur popularité également auprès des étudiants, mais pas seulement pour des raisons de coût : « Les étudiants vivent à l’ère numérique, pas à celle des manuels papier. »

Le projet est calqué sur des initiatives similaires lancées aux États-Unis, entre autres en Californie. En 2012, l’État a adopté un projet de loi visant à créer des manuels sous licence ouverte pour 50 des cours universitaires de troisième année les plus populaires, ainsi qu’une bibliothèque en ligne pour héberger les ouvrages. Un autre projet en cours dans l’État de Washington, http://opencourselibrary.org/, qui a mené à la création de manuels pour 81 cours, a été financé par la Fondation Bill & Melinda Gates et le gouvernement de l’État. On estime que le projet lancé en 2011 a permis aux étudiants d’économiser 5,5 millions de dollars américains. Le projet de la Colombie-Britannique constitue la première grande initiative du genre à être financée par le secteur public au Canada.

BCcampus souhaite que d’autres provinces se joignent au projet. Mme Burgess souligne que les discussions de l’organisme avec l’Alberta ont été « longues et positives », même si la province n’a pas promis d’investir dans le projet. Les manuels seront accessibles aux établissements de toutes les provinces, qu’elles décident de participer ou non. « C’est toute la beauté du libre accès, conclut-elle. Les ressources s’adressent à tout le monde. »

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