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La conférence eGirls lève le voile sur l’égoportrait, les sextos et l’utilisation des médias sociaux chez les adolescentes

Les adolescentes qui interagissent en ligne sont en quelque sorte « assises sur un baril de poudre ».

par TARA SIEBARTH | 16 AVRIL 14

Comment faire un égoportrait réussi? Quelles sont les règles de publication d’une photo sur Facebook? Puis-je montrer mon décolleté? Si je publie une bonne photo, est-ce que ça fait automatiquement de moi une salope? Est-ce qu’il y a une bonne façon de poser?

Voilà seulement quelques-unes des questions qui trottent dans la tête de la plupart des adolescentes et qui ont servi de point de départ à plusieurs chercheurs canadiens qui s’intéressent à la question de la sensibilisation des jeunes aux cyberpratiques et aux médias sociaux. Un des groupes de recherche, le projet eGirls, a eu l’idée de réunir certains de ces chercheurs lors de la conférence eGirls, eCitizens, organisée récemment à l’Université d’Ottawa. L’objectif de la rencontre était de discuter des recherches en cours, d’entendre le point de vue des adolescentes et de proposer des solutions pour orienter les politiques et l’éducation.

Les deux chercheuses principales, Jane Bailey et Valerie Steeves, ont lancé les discussions en présentant certains de leurs résultats de recherche. Elles ont récemment interviewé 34 adolescentes et jeunes femmes pour savoir ce qu’elles pensent de l’auto-exposition en ligne. La plupart affichaient initialement une réaction positive envers les médias sociaux, mais le processus d’entrevue a rapidement montré que les filles entretiennent une relation très conflictuelle avec ceux-ci.

« Elles disent utiliser les médias sociaux pour diverses raisons : à des fins de création ou de promotion, pour faire de l’activisme politique et pour recueillir de l’information. L’activité de loin la plus courante était cependant la publication de la photo », explique Mme Steeves.

Cette fameuse photo est l’égoportrait, c’est-à-dire une photo qu’une personne prend de son visage ou de son corps (ou des deux) et qu’elle publie en ligne, le plus souvent sur un site de média social comme Facebook. Les participantes au projet eGirls en avaient long à dire sur les règles qui régissent la façon et les raisons de publier un égoportrait. Une d’entre elles a illustré la différence entre une « bonne » et une « mauvaise » photo en traçant une ligne sur sa poitrine avec son doigt, en deçà de laquelle la photo appartient à la deuxième catégorie.

Les filles subissent souvent de la pression de la part de leurs amis et des médias pour publier des photos d’elles-mêmes en ligne, mais elles ne connaissent ou ne comprennent pas les conséquences d’une photo critiquée, transférée ou qui devient virale. Beaucoup de participantes au projet eGirls estiment même que les médias sociaux ajoutent à la pression de se conformer aux normes sociales de beauté et de séduction, en raison de fonctions comme le bouton J’aime de Facebook, selon Mme Bailey. Les adolescentes qui utilisent les médias sociaux sont en quelque sorte « assises sur un baril de poudre ».

Cette impression se dégageait également des trois autres exposés de la journée. Jessica Ringrose, professeure de sociologie du genre et d’éducation à l’Université de Londres, a expliqué que les échanges en ligne peuvent dégénérer en confrontations dans la vie réelle. Certaines participantes à ses projets de recherche ont été agressées physiquement ou harcelées à l’école en raison de contenu qu’elles ont publié en ligne, mais ne pensaient pas pouvoir solliciter l’aide d’un enseignant ou de leurs parents à ce sujet.

Pour tenter de se protéger, certaines filles font ce qu’on pourrait appeler de l’autosurveillance en ne publiant que des photos qui ne dévoilent pas leur visage. Ce phénomène a été présenté par Lara Karaian, professeure adjointe à l’Institut de criminologie et de justice criminelle de l’Université Carleton.

Comme l’a expliqué Mme Karaian, les adolescentes tentent de lutter contre le « modèle de la salope » en ligne, car les jeunes sont peu sensibilisés à cette question, et que les personnes en position d’autorité parlent surtout d’abstinence.

Bon nombre de conférenciers présents étaient d’avis que les responsables de l’élaboration des politiques doivent changer de discours pour mieux sensibiliser les jeunes à l’utilisation des médias sociaux. La plupart des messages véhiculés à l’heure actuelle sont négatifs, avertissant les adolescents qu’ils s’exposent aux cyberprédateurs sexuels et à la cyberintimidation.

Julie Lalonde, activiste sociale et fondatrice de Traçons les limites, estime que les parents doivent s’informer eux aussi, car il arrive souvent qu’ils ne comprennent pas les médias sociaux et tiennent simplement pour acquis que les jeunes d’aujourd’hui sont « mauvais ». Ils ont tendance à ne pas montrer d’ouverture ou à surveiller de trop près les activités en ligne de leurs adolescents, ce qui ne favorise pas l’instauration d’un dialogue ouvert.

« Jamais les jeunes n’ont été aussi surveillés. Il faut toutefois comprendre qu’ils se soucient de leur vie privée. Ils veulent apprendre comment se protéger en ligne. Il faut leur enseigner comment, explique Daphne Guerrero, chef de l’éducation et de la sensibilisation du grand public, Commissariat à la protection de la vie privée du Canada. Nous disons aux jeunes de respecter la vie privée des autres, mais nous devons respecter la leur. »

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