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La paternité démystifiée

Un nouveau livre rédigé par un professeur de l’UQAM fait le point sur le vécu des pères d’aujourd’hui et l’évolution de leur rôle.

par CATHERINE COUTURIER | 11 MAR 15

Gérald Boutin et Marine de Fréminville font le point sur la paternité dans leur dernier livre, Le père d’aujourd’hui : qui est-il? Pour une paternité revisitée, publié aux Éditions Nouvelles. Forts de leur longue expérience (M. Boutin est professeur associé au département d’éducation et de formation spécialisées de l’Université du Québec à Montréal; Marine de Fréminville est psychologue clinicienne à l’Institut Focusing de New York), les auteurs ont voulu faire entendre le vécu des pères d’aujourd’hui, mais également leur donner quelques pistes de réflexion en retour. Affaires universitaires a rencontré M. Boutin dans son bureau à l’UQAM.

Affaires universitaires: Qu’est-ce que le « nouveau » père?
M. Boutin : L’appellation « nouveau père » fait peur : on met n’importe quoi là-dessous. Nous l’utilisons d’ailleurs entre guillemets dans le livre. Le père nouveau, si on peut jouer sur les mots, est un homme qui vit de nombreuses transformations. Il entend différentes choses sur la paternité, et il cherche sa place, son espace. Le père d’aujourd’hui se rend bien compte qu’il ne peut pas élever ses enfants comme il a été élevé. Les choses ont changé : généralement, les femmes travaillent, et le rôle du père se complexifie. L’autorité se partage, et l’affectivité aussi.

AU : Comment le rôle des pères a-t-il changé?
M. Boutin : Le père est beaucoup plus proactif; on lui demande d’être présent, de partager les tâches domestiques, qu’il n’assumait pas autrefois. Aujourd’hui, on cherche à établir un partage équitable, même si un partage parfait est à peu près impossible. Mais le père joue un rôle plus large que cela : il fait partie de l’éducation de ses enfants, et se soucie de leur avenir. Il se rend aussi compte que le rôle d’éducateur, ce n’est pas seulement de jouer avec son enfant; il faut aussi l’écouter, parler avec lui.

AU : Pourquoi un livre sur les pères aujourd’hui?
M. Boutin : J’avais en tête ce projet de livre depuis plusieurs années. À travers mes différentes recherches, j’avais toujours un passage sur le père. Il y a environ 2 ans, ma coauteure (qui est également ma conjointe dans la vie) et moi avons voulu aller plus loin. Nous observions alors qu’on parlait beaucoup du père en termes très négatifs, alors que je voyais autour de moi des hommes qui vivaient une paternité très positive. J’en avais assez des étiquettes qu’on accolait au père : père manquant, père abuseur, ou le fameux papa-poule. On trouve très peu d’ouvrages qui montrent des pères de façon équilibrée.

Le père d’aujourd’hui a entendu beaucoup de choses sur la paternité, et il devient difficile de s’y retrouver. C’est là que nous avons voulu l’aider : ce livre lui donne un fil conducteur à travers cette littérature. Dans un langage très accessible, il permet de se renseigner sur les recherches en cours, et sur les expériences d’autres hommes.

AU : Vous dites qu’on parle du père en termes négatifs. Parlez-vous des médias, ou de la recherche?
M. Boutin : Autant dans la recherche que dans les médias, où l’on joue beaucoup sur le papa-poule avec beaucoup d’ironie. On parle très peu des pères dans les médias, ou du moins, très peu comme nous avons voulu le faire. Ceux-ci donnent surtout la parole aux gens qui racontent leurs malheurs, véhiculent des idées reçues remises en question par la recherche, ou présentent des recherches sans trop de nuances.

Du côté de la recherche, certains travaux en psychanalyse considèrent les travaux de Freud, qui datent du début du XXe siècle, comme si c’était encore actuel. Il y a sûrement des choses intéressantes, mais ce n’est pas un diktat absolu. D’autres recherches adoptent un point de vue très comportementaliste, qui parfois va trop loin : on énumère des compétences que le père « parfait » doit avoir. Je reste en réaction contre cette vision, que je trouve modélisante.

AU : Le livre se base sur une revue de littérature, mais également sur la parole des pères. Parlez-moi de ces choix méthodologiques.
M. Boutin : Le livre se base d’abord sur une recherche documentaire, qui fait le tour de plus d’une centaine d’ouvrages et de rapports de recherches sur le père. À cela s’ajoute une quinzaine d’entrevues libres avec des pères de tous les âges (de 30 à 50 ans). Marine de Freminville et moi avons deux expériences très longues (de plus de 20 ans). Au fil de nos rencontres en contexte clinique, nous avons accumulé des données; ces notes forment le tissu du livre.

AU : Quels sont les messages pour les pères d’aujourd’hui?
M. Boutin : L’homme doit faire son bout de chemin, prendre la place qui lui revient; il ne faut surtout pas décrocher, ne pas désespérer, quelle que soit la situation. Une autre difficulté reste de savoir accompagner son enfant dans toutes les étapes : les liens s’établissent avec les enfants dès le plus jeune âge, et il est important de les écouter. Et finalement, se garder du temps pour soi. Il y a des pères qui veulent tellement bien faire qu’ils s’usent à la tâche. Et en voulant trop bien faire, ils font moins bien. Dans ces cas-là, il ne faut surtout pas craindre de demander de l’aide.

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