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La précision des sondages laisse à désirer

Selon un professeur de l’Université Wilfrid Laurier, la faible qualité des sondages d’opinion nuit aux projections électorales.

par LÉO CHARBONNEAU | 13 AOÛT 15

Barry Kay, membre du Laurier Institute for the Study of Public Opinion and Policy (LISPOP), effectue des projections électorales depuis 35 ans. Il fait toutefois une mise en garde : « Les gens doivent comprendre que je n’ai pas de boule de cristal. Le modèle n’est bon que si les sondages sur lesquels il se base sont précis. Si les sondages sont erronés, le modèle le sera aussi. » Or, selon lui, la précision des sondages se détériore de plus en plus.

Les projections du nombre de sièges étaient un simple gadget au début de la carrière de M. Kay, mais suscitent un intérêt grandissant depuis 10 ans, au détriment des prévisions de popularité des partis. Professeur agrégé de sciences politiques à l’Université Wilfrid Laurier, siège du LISPOP, M. Kay affirme que son modèle a permis de prédire les résultats des 15 dernières élections fédérales à plus ou moins quatre sièges par parti.

Le modèle a cependant connu quelques ratés au provincial : lors des élections de 1990 en Ontario, où les néo-démocrates de Bob Rae ont remporté une majorité, la projection du LISPOP était « très loin du compte ». Lors des dernières élections dans la province, le LISPOP avait projeté 49 sièges pour les libéraux, qui en ont plutôt obtenu 58. Selon M. Kay, les sondages étaient à blâmer : « En combinant les résultats des sondages, les libéraux semblaient avoir une avance de deux à deux points et demi de pourcentage par rapport aux conservateurs, mais en fait c’était près de sept points. La différence était là. »

Pour réaliser ses projections, M. Kay emploie un modèle basé sur les fluctuations régionales (regional swing model). « Lorsque les sondages sont diffusés, je ne porte pas attention aux chiffres nationaux. Je ne tiens compte que des répartitions régionales. » La technique consiste à calculer l’écart entre les résultats des élections précédentes et les résultats agrégés des derniers sondages, région par région, pour ensuite appliquer cette fluctuation à chacune des circonscriptions locales. « Beaucoup d’autres éléments sont pris en compte, mais voilà l’essentiel de la démarche », explique-t-il. Dans son blogue Threehundredeight.com, récemment passé à la CBC sous le nom Poll Tracker, le sondeur Éric Grenier emploie une méthodologie similaire.

Il est presque indéniable que les sondages deviennent moins précis, avance M. Kay. « Je crois que tous les spécialistes des sondages d’opinion publique seraient d’accord. » Pour étayer son propos, M. Kay cite les taux de participation – la proportion des personnes appelées qui répondent à toutes les questions d’un sondage. À ses débuts, dans les années 1970, 70 à 75 pour cent des personnes appelées acceptaient de participer; aujourd’hui, dit-il, c’est tout au plus une personne sur 10.

Les méthodes de sondage ont également changé, passant des entrevues porte-à-porte aux appels téléphoniques sur ligne fixe, puis aux sondages par Internet et aux appels automatisés (ou « systèmes de réponse vocale interactive »). Les deux dernières méthodes sont particulièrement problématiques : puisqu’on ne sait pas qui répond au sondage, impossible de déterminer si certains groupes sont sur- ou sous-représentés parmi les participants. Les sondages téléphoniques existent toujours, mais beaucoup d’électeurs, en particulier les jeunes, ont troqué la ligne téléphonique pour le cellulaire, dont le numéro est difficile à obtenir.

« Nous aimons croire que la technologie progresse dans la plupart des secteurs depuis quelques années, et c’est bien le cas, poursuit M. Kay. Mais en matière de sondages, la situation se détériore, et continuera probablement à empirer dans les années à venir. »

La norme de précision dans le secteur pour la plupart des sondages est de plus ou moins trois points de pourcentage, 19 fois sur 20. Pourtant, deux exercices semblables menés exactement au même moment peuvent donner des résultats très différents, comme l’illustrent bien deux sondages réalisés en juillet. Le premier, un sondage par réponse vocale interactive mené le 21 juillet par Forum Research, donnait 34 pour cent des voix au NPD, 29 pour cent au Parti libéral et 28 pour cent au Parti conservateur, parmi les électeurs ayant arrêté leur choix. Le deuxième, réalisé les 20 et 21 juillet par Mainstreet Research au moyen de la même technologie, donnait 38 pour cent des voix aux conservateurs, 27 pour cent aux néo-démocrates et 28 pour cent aux libéraux, toujours chez les électeurs décidés. Cela correspond à un écart de 10 points pour les conservateurs. « À première vue, ça n’a aucun sens », déplore M. Kay.

Les maisons de sondage pourraient mener des exercices plus précis, dit-il, mais ils coûteraient plus cher à réaliser. « C’est uniquement une question de profit. Moins les entrevues coûtent cher, plus les profits sont importants pour les entreprises concernées. »

Selon les plus récentes projections du LISPOP, publiées le 13 août, le NPD était en avance. Quant à l’issue des élections, M. Kay se permet une seule prédiction : « Ce sera un gouvernement minoritaire. Aucun des partis n’est en territoire majoritaire. »

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