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Actualités

La TÉLUQ retrouve son indépendance

L’université à distance québécoise retrouve son autonomie et réfléchit à son avenir.

par JEAN-FRANÇOIS VENNE | 26 JAN 12

Pour son 40e anniversaire, la TÉLUQ s’est offerte … un divorce! Fondée en 1972, l’université à distance redevient une composante autonome du réseau des Universités du Québec. Ce réseau a son siège social à Québec, et compte plusieurs campus à Montréal et en région.

En 2005, la TÉLUQ avait signé une entente qui intégrait l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « L’idée était de pouvoir développer plus rapidement la formation à distance, en jumelant l’expertise de la TÉLUQ et les ressources de l’UQAM », rappelle le directeur général de la TÉLUQ, Raymond Duchesne. L’UQAM se voyait devenir une université bimodale, capable d’offrir ses programmes aussi bien à l’interne qu’à distance.

À l’UQAM, le recteur Claude Corbo soutient que la greffe n’a tout simplement jamais pris. « La TÉLUQ a toujours conservé la plus grande partie de son infrastructure administrative et ne souhaitait pas la fusionner avec les services correspondants de l’UQAM, explique-t-il. De plus, l’appétit pour la formation à distance était limité dans plusieurs de nos facultés. Son intégration posait des problèmes d’articulation de nos modes d’organisation pédagogique. Chez nous, les départements sont responsables de l’enseignement, et peu étaient prêts à céder une part de cette responsabilité à la TÉLUQ. »

MM. Corbo et Duchesne soulignent tous deux que l’échec retentissant du projet immobilier de l’Îlot Voyageur, suivi d’une période d’instabilité financière et administrative, a monopolisé l’énergie des administrateurs de l’UQAM, les empêchant de se concentrer sur le dossier complexe de la fusion.

Pour les nombreux professeurs embauchés pendant la fusion, quitter l’UQAM représente un saut dans l’inconnu. Mais plusieurs avaient déchanté d’une association qui donnait peu de résultats. « Certains professeurs étaient frustrés de voir que leurs projets de création de cours ou de programmes se retrouvaient bloqués dans l’administration de l’UQAM, explique Franck Jovanovic, président du syndicat des professeurs de la TÉLUQ. Ils avaient aussi l’impression que les professeurs de l’UQAM étaient plus appuyés dans leurs demandes de financement. »

Quel avenir pour la TÉLUQ? Si l’on en croit la présidente de l’association étudiante, Geneviève Breault, les défis sont nombreux. Dépités de n’avoir jamais été consultés sur la séparation, les étudiants se questionnent maintenant sur la valeur de leurs études et de leur diplôme.

« Il y a encore beaucoup de préjugés contre la formation à distance, rappelle Mme Breault. Certains ont de la difficulté à faire reconnaître leur diplôme auprès des employeurs ou auprès d’autres universités. Les cours doivent aussi être mis à jour. On ne peut plus avoir des cours de communications qui présentent le télécopieur comme l’outil de l’avenir! » Les étudiants aimeraient l’avènement d’un processus d’évaluation des cours, ainsi que l’embauche d’un ombudsman.

Du côté de la direction, on se montre plus optimiste. Le directeur rappelle que la plupart des pays européens et asiatiques ont une grande université nationale à distance. Au cours des prochaines années, la TÉLUQ compte collaborer avec l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, afin d’offrir de la formation au deuxième cycle. Elle souhaite aussi élaborer des programmes aux cycles supérieurs en Technologies de l’information et en Sciences de l’environnement.

Pour M. Jovanovic, le plus grand défi consiste à doter la TÉLUQ d’une image de marque. « Il faut améliorer la visibilité de l’établissement, croit-il. Par exemple, très peu de gens savent que le montant des subventions obtenues, en moyenne, par les professeurs de la TÉLUQ, est parmi les plus élevés au pays. Nos plus récentes innovations dans la prestation de cours en multimédia demeurent peu connues. Il faut vraiment construire l’image de notre université. »

COMMENTAIRES
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  1. Hugues Chicoine / 26 janvier 2012 à 16:40

    Il faut apporter des nuances à propos du discours de l’association étudiante, notamment sur le fait que les étudiants ont effectivement été consultés, deux fois plutôt qu’une, et aussi bien par l’établissement (Le Devoir http://goo.gl/Lweq3) que par l’association étudiante.

    /HCh

  2. Genevieve Breault / 27 janvier 2012 à 16:00

    Il est faux de prétendre que les étudiant-es ont été consultés sur le projet de défusion. Bien que le processus était ouvert à tous, aucun mécanisme n’a été mis en place par la TELUQ pour favoriser leur participation ou encore solliciter leur avis. Par contre, l’AETELUQ a recueilli plus de 350 commentaires d’étudiant-es, dont 84%

    se sont dits en désaccord ou tout à fait en désaccord avec la défusion.

  3. Patrick Guillemet / 29 janvier 2012 à 15:16

    Évolution bien surprenante et désolante, à l’heure où les universités campus se rapprochent des étudiants, où l’Université Laval se développe de façon importante grâce à la formation à distance et où l’Université de Sherbrooke fait intensivement appel aux vidéoconférences dans son campus de Longueuil. Mais dans ce dossier, chaque partie a ses torts. Sous la houlette de Roch Denis, l’UQAM a délégué à la TÉLUQ la responsabilité du développement de la formation à distance et s’est satisfaite d’un projet qui n’était pas très bien ficelé. Quand les choses ont mal tourné à l’UQAM, non seulement Roch Denis a-t-il démissionné, mais un nouveau directeur général est entré en fonction à la TÉLUQ, lequel était hostile au projet de rattachement et s’est montré plutôt indifférent envers à son égard, alors que les objectifs visés n’étaient manifestement pas atteints, puis a durci sa revendication autonomiste. La situation a ainsi dégénéré, alors que ce directeur général se faisait l’apôtre du divorce, dont pâtissent aujourd’hui les étudiants.

    Pour en savoir plus, consulter le site « Vers l’UQAM bimodale » (https://sites.google.com/site/versluqambimodale/)

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